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Par Josée Pilotte

«Kill’em all»

Montréal, au plus fort de la guerre des motards, devise affichée au devant de la Mom’s Machine, une Oldsmobile 1935 sur laquelle le fisc aimerait bien mettre la main ces jours-ci.

Pourquoi je vous parle de ça? Tout simplement parce que ce langage assassin ,à sa place dans une guerre de motards, devient tristement choquant quand il est hurlé à nos enfants. Comme chacun a ses petites histoires de quoi bien remplir une saison complète de Virginie; on appellerait ça: Le sport est une vie dangereuse…
«Strangle him!»

New York, printemps dernier, crié du fond d’un gymnase, au tournoi de judo de mon fils, le plus vieux.

La première fois que j’ai entendu l’un de ses siphonnés d’entraîneurs américains beugler ainsi auprès des jeunes, ça m’en a scié les jambes. Il fallait le voir, le pauvre enfant, les yeux effrayés, ne sachant que faire ou à qui plaire afin d’exécuter sa prise. D’un côté, des parents qui s’époumonnent à crier des injures assasines; de l’autre, l’entraîneur maniaque, «bats-toi ou crève, et comme un homme, ti-gars!»
«J’vais t’péter les dents pis j’vas t’les faire avaler, ma petite tapette»

Quelque part dans les Laurentides, lancé par un coach à un joueur du niveau bantam, entre la deuxième et la troisième période. Pendant ce temps, dans les estrades: «Occupe-toi de ton gars, crisse, pis moi j’vas m’occuper de son père.»

Dans le même «désordre» d’idée, s’élançant depuis la ligne bleue sous l’ordre de son coach, le «goon» va ramasser en traitre, par derrière, le joueur vedette de l’équipe adverse.

Un seul but: l’élimininer: «J’espère que ça fait mal en crisse», d’aboyer l’hystérique maman-à-son-petit-ange!

Le joueur vedette a fini sa chute en ambulance.

Ce n’est pourtant pas à la 102e saison de Lance & Compte…

Motard, coach, parent: même combat?!

Je ne sais pas vous, mais en cette semaine consacrée à la famille, je me questionne sérieusement sur les valeurs que l’on transmet à nos enfants.

Comment peut-on tolérer l’intolérable?

Les cheveux m’en grisonnent… En voulant ainsi jouer sur les instincts primaires des enfants, ne sommes-nous pas en train de banaliser, de valoriser la violence? Sommes-nous à ce point devenus une société qui ferme les yeux sur l’insignifiance des insultes crachées par nous, les adultes blasés de la violence ordinaire? Saoulés par la haine ordinaire? Sommes-nous à ce point aveugles?

Interrogeons-nous sur nos valeurs, sur leur hiérarchie, sur ce que l’on souhaite pour nos enfants. Demandons-nous, si certaines de ces valeurs, justement, ne se heurtent pas trop entre elles, en cette ère-charnière (les accommodements, les migrations, les déplacements de population et le bout du monde qu’amène à notre porte la mondialisation de l’information). Demandons-nous si nous ne sommes pas en train de faire voler en éclats notre faculté d’indignation, simplement par désir acharné de performance.

Heavy? Oui. Mais rien de comparable à cette fureur collective qui sévit nos arenas, nos gymnases. Demain le carré de sable, le parc Ronald McDonald?…

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