sur la route de l'inde

Par Eric-Olivier Dallard

À la chasse au Dalaï-Lama

Accès suit les Laurentiens Julie Corbeil et Ugo Monticone dans un périble en Inde de quelques semaines. Retrouvez leurs précédentes chroniques sur www.journalacces.ca.

Fraîchement revenu de sa semaine en Europe comme lauréat du concours Je prends ma place, Ugo arrive avec une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c’est que le Dalaï-Lama est présentement à son domicile-en-exil dans le nord de l’Inde et en tant que chroniqueurs d’Accès Laurentides, nous pourrions tirer quelques ficelles et le rencontrer. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il part dans deux jours pour les États-Unis et le Canada… jusqu’en février.

Pas de temps à perdre. 12 heures de train express et quatre heures d’autobus nous conduisent dans les montagnes à McLeod Ganj, résidence du Dalaï-Lama en exil. Après l’invasion du Tibet par la Chine de Mao Zedong en 1950, le Dalaï-Lama a traversé les Himalayas pour demander l’asile politique en Inde. Mission accomplie. Jusqu’à ce jour, 130 000 Tibétains auront suivi sa trace. Niché au sommet d’une montagne, cet ancien village détruit par un tremblement de terre leur a été légué en attente de la libération de leur pays. Tout le long de notre trajet, l’idée de cette rencontre nous obsède : quelle question poser lors d’un face à face avec le Dalaï-Lama?

Bonjour Monsieur Lama, est-ce que je peux vous appeler Dalaï? Un peu de sérieux. Le secret du bonheur? Cliché… S’il veut retourner au Tibet? Bof. Les Canadiens vont-ils remporter la coupe cette année? «No no, finish. Not possible.» Quoi?!? À notre arrivée au temple, le garde de sécurité nous assure qu’il est trop tard pour rencontrer Sa Sainteté, qu’il part ce soir pour l’Amérique, qu’il a donné ses derniers enseignements ce matin… «No no, finish. Not possible». Toute cette course pour rien. Si près du but. Déprimés, nous nous affalons dans les escaliers du temple. Un petit brouhaha se crée autour de nous. Moines et pèlerins se rassemblent. Un bruit de moteur, des grilles qui s’ouvrent, des militaires qui s’énervent, puis un convoi d’automobiles qui nous frôle. Dans la première voiture, côté passager, un visage rayonnant. Derrière ses fameuses lunettes, il nous envoie la main. L’espace d’un instant, nous l’avons aperçu. D’un simple sourire, il nous a touché. Décide­ment, ce n’est pas pour rien qu’il attire des gens de partout sur la planète. Le coeur léger, remplis d’une énergie nouvelle, nous partons déambuler dans les montagnes boisées autour du temple. Des cris d’enfants qui s’amusent attirent notre attention. Nous traversons des banderoles de prières colorées et parvenons à un immense complexe, le Tibetan Children Village. Ici, près de 10 000 enfants Tibétains vivent et étudient selon leur culture et dans leur langue. Certains sont orphelins, d’autres ont traversé les Himalayas pour fuir la répression chinoise.

Nous nous asseyons parmi eux. Ils nous entourent, curieux. Bien vite l’ambiance tourne au jeu, au rire. Ils rêvent de retourner dans un Tibet libre. Leur culture survit à travers eux, grâce à eux. Dans ces jeunes yeux, brille l’avenir d’un peuple. Nous réalisons alors que nous avons peut-être manqué notre rendez-vous avec le Dalaï-Lama, mais nous avons trouvé le Tibet.

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