sur la route des indes

Par Eric-Olivier Dallard

une acre

Accès suit les Laurentiens Julie Corbeil et Ugo Monticone dans un périble en Inde de quelques semaines. Retrouvez leurs précédentes chroniques sur www.journalacces.ca.

Alors qu’Ugo quitte l’Inde pour un stage d’une semaine en France (gagnant du concours Je prends ma place), Julie continue son périple indien dans les hautes montagnes de l’Himalaya.

Six heures du matin. Des centaines d’Indiens motivés se retrouvent dans le village de Gaurikund, point de départ du yatra (pèlerinage) qui les mènera au Temple de Kedarnath à 3600 mètres d’altitude. 14 kilomètres à parcourir. Huit heures de marche. Mon premier pèlerinage!

Certains marcheront, mais la majorité parcouront les 14 kilomètres à dos de poney. D’autres même, se feront monter dans une chaise longue soutenue par quatre porteurs. Mais cette dernière option est visiblement réservée aux plus riches. Le pèlerinage doit être réalisé au moins une fois l’an par les Hindous. Leurs motivations différent : implorer les Dieux de réaliser un vœu ou encore simplement accroître son mérite spirituel. Pour ma part, je viens me mettre au défi.

Je décide donc que mon moyen de transport se trouve au bout de mes jambes. Gratuits et fiables, mes pieds se portent volontaires pour cette sainte ascension.

Horse m’am? Horse?

Non merci.

J’imagine qu’ils ne comprennent pas mon entêtement à monter à pied avec un sac de 10 kilos sur les épaules. Je veux mériter d’arriver au bout de cette épreuve.

Quelques quatre heures plus tard, j’arrive à mi-chemin. Étourdie par l’altitude et le soleil plombant, mon pas est moins assuré. Je suis dans une autre dimension. Réflexion sur ma vie. Confrontation avec moi-même. C’est donc ça que les Indiens vont chercher à travers leurs milliers de lieux de pèlerinage.

Je rejoins péniblement un kiosque de thé et m’affale sur une chaise de jardin. Je commande un chai qu’on m’apporte aussitôt. Lorsque j’attrappe le verre, il me brûle les doigts. Mais la brûlure est rassurante, voire agréable. Je réalise alors qu’au cours des derniers mètres d’ascension, la température a baissé de cinq degrés. J’ouvre mon sac à dos (devenu malgré lui mon pire ennemi) et prends un châle pour me couvrir le cou. Je repars après avoir réglé la note. Un autre 15 cents bien investi. Une énergie inattendue s’empare soudainement de mon corps. Serait-ce l’effet du sucre dans le thé, la force surnaturelle des montagnes ou la pancarte qui m’annonce qu’il ne reste que 3,5 kilomètres à parcourir?

Peu importe. J’avance.

Horse mam? Horse?

J’ai peut-être repris des forces, mais les poneys sont tentants. Deux dollars pour se faire conduire au but ultime. Hmmm… Non. Je dois MÉ-RI-TER d’arriver en haut!

Maintenant, il ne doit pas faire plus de cinq degrés. J’enfile un polar.

Plus qu’un kilomètre. À la vue de l’enseigne, j’ai l’impression qu’on vient de m’accrocher un boulet à la jambe. Le plus long kilomètre de ma vie.

J’aperçois enfin le fameux temple hindou de Kedarnath au pied d’un majestueux glacier. Le village en labyrinthe qui abrite ce lieu mythique charme dès le premier coup d’œil. Pourtant, je comprends aussitôt que ce n’est pas cela que je suis venue chercher. En fait, le quatorzième kilomètre de cette vertigineuse ascension ne m’a jamais intéressé. Ce sont plutôt les 13 précédents qui m’ont permis de plonger au plus profond de moi-même et de me dépasser.
À la tombée du jour, une magnifique cérémonie illumine le temple où se retrouve tous les pèlerins. Je ne sais pas si c’est la fatigue ou l’émotion d’être réunie avec tous ces gens qui ont traverser la même épreuve que moi, mais je ne peux m’arrêter de pleurer.

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