Sylvie Bernier : « Je n’ai aucune idée que je gagne et j’ai l’air tellement heureuse »

Ève Ménard (initiative de journalisme local)
Sylvie Bernier : « Je n’ai aucune idée que je gagne et j’ai l’air tellement heureuse »
Sylvie Bernier (Photo : Laurence Labat)

Naissance : 31 janvier 1964
Ville natale : Sainte-Foy
Sport : Plongeon
Jeux olympiques : Los Angeles 1984
Médailles : Or

Alors que les Jeux olympiques de Tokyo devaient normalement avoir lieu cet été, nous avons décidé de revisiter, au cours des prochaines semaines, certains souvenirs olympiques avec quelques-uns de nos athlètes québécois.

 

« Ce sont des années et des années à rêver à ça et tout d’un coup quand ça se réalise, ce qu’on vit à l’intérieur de soi c’est très difficile à décrire ».

En 1976, Sylvie Bernier, alors âgée de 12 ans, était dans les estrades aux Jeux olympi-ques de Montréal lors de l’épreuve du 3m au plongeon, compétition qu’elle allait remporter 8 ans plus tard. « De voir les athlètes de partout dans le monde défiler devant moi a été un éveil. C’était très magique et cela a eu un impact énorme pour la suite. »

De grandes ambitions

Deux ans avant les Jeux de 1984, la plongeuse visualise et aspire déjà remporter une médaille d’or à Los Angeles. Avant la compétition, elle sait qu’il s’agira de ses premiers et de ses derniers Jeux olympiques. « Je ne l’ai dit à personne, mais dans mon esprit, c’était clair que je ne ferais pas un autre cycle de 4 ans », raconte-t-elle.

Elle arrive donc à Los Angeles du haut de ses vingt ans, et avec en tête la médaille d’or. Elle adopte une approche très centrée sur sa performance. En effet, consciente qu’elle ne peut pas contrôler les notes octroyées par les juges ou la manière dont performent ses compétitrices, elle approche la compétition d’une manière des plus singulières.

Sylvie Bernier remporte la médaille d’or à seulement 20 ans à Los Angeles.

Dans sa bulle

Après chacune de ses figures, elle ne suit pas son pointage et ne regarde pas les autres athlètes plonger. « Je n’ai aucune idée que depuis la deuxième figure sur dix, je suis en première position. Par contre, je suis très fière de la façon dont je plonge », indique-t-elle. « Je suis vraiment dans ma bulle. J’ai l’impression que je sors de cette concentration quand je sors de l’eau après ma dernière figure. Je prends alors conscience des cris de la foule et de tout
ce qui m’entoure. »

Après son dernier plongeon, une de ses rivales la sert dans ses bras et lui annonce à ce moment-là qu’elle est en première position. Il ne reste maintenant que la dernière plongeuse : une Américaine, grande favorite de la compétition. « Après son plongeon, on a tous appris en même temps par le tableau indicateur que je remportais la médaille d’or. »

À sa sortie de l’eau, l’athlète raconte avoir vécu quelque minutes de « joie indes-criptible » puisqu’elle avait accompli l’objectif qu’elle s’était fixé; réussir dix figures comme elle était capable de le faire. « Elle est là ma victoire. Quand je suis sortie de l’eau et qu’on regarde la vidéo, je salue la foule, mes parents et je me mets à courir sur le bord de la piscine. Je n’ai aucune idée que je gagne et j’ai l’air tellement heureuse. »

Chef de mission

Après les Jeux de 1984, Sylvie Bernier est restée très près de l’univers olympique, agissant en tant que chef de mission, analyste ou journaliste. Il s’agit d’expé-riences qui ont été totalement différentes et dont elle tire les plus nombreux souvenirs. « Comme athlète, à part con-naître ma chambre, la cafétéria et mon lieu d’entrainement, il n’y a pas beaucoup d’autres souvenirs. Sauf peut-être l’entrée dans le stade pour les cérémonies d’ou-verture. C’est un moment d’émotion extrêmement fort, de sentiment d’appar-tenance à une équipe et on sait qu’on va vivre la compétition de notre vie. »

En tant que chef de mission, la responsabi-lité de l’ancienne plongeuse était de s’assurer du bien-être de toute la délé-gation. « C’est vraiment des émotions en montagnes russes puisque dans une journée, tu peux aller voir 10 compétitions différentes, de grandes joies et de grandes peines. Il n’y a pas de juste milieu quand on est aux Jeux olympiques. »

Le plongeon, une façon de s’exprimer

Aujourd’hui, Sylvie Bernier affirme qu’elle n’a eu aucun regret de se retirer aussitôt du sport de haut niveau, mais au fil des ans, elle indique avoir réalisé comment la sensation et la joie que lui procurait ce sport lui ont manquée. « Mon mode d’expression pendant toute mon enfance, mon adolescence et quand j’étais jeune adulte, c’était par le mouvement; je m’exprimais sur le tremplin. J’étais une personne très réservée, je parlais peu et quand je montais sur un tremplin, c’était ma façon à moi de m’exprimer. »

À ce jour, Sylvie Bernier est toujours la seule championne olympique canadienne en plongeon, un accomplis-sement qu’elle souhaiterait bien partager. « Ce serait une grande joie à vivre de pouvoir partager ce podium avec une autre Canadienne. » Elle souligne que nous avons des athlètes extraordinaires et que « rien n’est impossible. »

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