Trois filles à l’italienne

Par Josée Pilotte
Trois filles à l’italienne

Ça fait des années que l’on en parle. Ça fait des années que l’on en rêve. Ça revient comme une ritournelle à chacun de nos soupers-de-sacoches. Et, comme chaque fois, on sort notre artillerie d’excuses: «Non je ne peux pas because… mon chum, les enfants, ma job, l’argent, le temps…» Ha! le temps, une chance qu’on peut tout lui mettre sur le dos à celui-là.

 

Donc, on remet ça d’année en année, cela fait simplement partie de nos conversations, comme d’autres parlent de leur belle-mère et du tout nouveau rimmel de Chanel, nous on parle du temps que l’on n’a pas et du fun qu’on aurait!

 

La vie, la vie, la vie…

 

La vie: parsemée au rythme de tous ces petits bonheurs mais qui égraine aussi ses petits malheurs.

Et ses grands malheurs parfois.

L’une d’entre nous, vous la connaissez même, Nathalie, cette bonne amie que je vous ai déjà présentée, se bat toujours avec le cancer. Cette fois-ci il pourrait bien ne pas pardonner. Alors vous comprendrez que lors de notre dernier souper-de-sacoches – qui était plus introspectif que les autres – quand nous avons ressorti nos vieilles excuses pour remettre encore à l’an prochain le voyage de filles dont on parle depuis dix ans, Nathalie nous a lancé à la figure: «Hey, les filles! Vous oubliez une chose, on ne peut pas remettre ce voyage ad vitam aeternam, cette fois-ci c’est différent: Je vais mourir.»

 

Les Soul Sisters venaient de frapper un mur, leurs rires insouciants de se fracasser sur le réel… nous n’étions plus immortelles.

 

La vie, la vie, la vie…

 

C’est quand tu es au bord du précipice et que la vie te fait avaler de force l’inacceptable, que l’Essentiel prend tout son sens. Dans notre cas, se retrouver, rire et sourire, partager un moment privilégié, profiter de la vie, profiter du monde: Partir en Italie.

Ce voyage dont on a tant rêvé, fallait-il se retrouver face à la mort prochaine de l’une d’entre nous pour se décider à le vivre.

 

Faut dire que Nathalie a un don pour nous faire oublier son état, le crabe qui la ronge; elle est une vraie Jedi, une force de la nature, une experte en résilience, un modèle de femme comme il s’en fait peu…

 

Pour moi, son amie l’hypocondriaque, elle est aussi une Leçon de Vie, elle m’apprend tous les jours à voyager plus léger.

 

Alors que vous lirez ces lignes, je serai en Italie avec mes deux amies.

Et quand nous aurons regardé le coucher de soleil en Toscane, et quand nous nous serons laissées bercer au rythme de la voix du gondolier à Venise, et quand nous aurons dévalisé les boutiques de Florence, et quand nous aurons écumé toutes les piazzetta de Rome…

Quand comme des folles nous aurons ri toutes les larmes de notre corps, quand nous aurons levé notre verre à l’amitié, quand nous aurons refait le monde pour une millième fois; et bien je suis certaine qu’on se dira encore:

 

Non mais quelle est belle la vie!

 

 

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