Un autre chapitre pour Jonathan Roy

Par France Poirier
Un autre chapitre pour Jonathan Roy
(Photo : Guillaume StAmand)

Jonathan Roy présente son cinquième album My Lullaby (Ma berçeuse). L’artiste démontre une belle maturité et une belle assurance. Il a pris sa carrière en main et fait les choses à sa façon et en est très heureux.

« Depuis que je suis jeune, j’ai toujours eu de la difficulté à dormir. Quand j’ai commencé cette nouvelle aventure, j’ai commencé à bien dormir. En écrivant la première chanson pour cet album, Keeping me alive, quelque chose en moi s’est calmé. C’est pour cette raison que j’ai nommé mon album My Lullaby. »

Avec près de 60 millions de vues sur YouTube pour la chanson Keeping me alive, Jonathan est fier, mais ce qui le fait le plus « tripper » c’est de voir le nombre de likes et de messages qu’il reçoit. « Des gens me partagent leurs histoires, leurs moments difficiles. De savoir que ça aide d’autres. C’est ce qu’on veut comme artiste. On veut toucher les gens, on veut qu’ils aiment nos chansons. C’est magnifique que ça traverse les continents, partout sur la planète. Je suis un petit gars de Québec. De voir que c’est vu et entendu partout dans le monde. Je rêve de ça depuis que je fais de la musique. Grâce à ma chaîne YouTube, qui sait j’aurais la possibilité de faire des spectacles à travers le monde. »

L’exil

Il lui aura fallu s’exiler quelques années pour se retrouver et découvrir l’homme qu’il est. « Mon nouveau chapitre a commencé il y a trois ans, alors que je vivais à Toronto. Avec Warner Music Canada, j’avais signé mon premier major, puis j’ai décidé de tout vendre, de m’acheter un van et de partir à l’aventure. »

Il a parcouru les États-Unis, le Mexique, l’Ouest canadien pendant trois ans. « J’avais besoin de me découvrir en tant qu’humain. J’ai pris un pas de recul pour savoir ce que je voulais dans la vie. J’avais un peu perdu l’amour de la musique dans les dernières années avec ce que je vivais », raconte Jonathan. Malgré un grand succès avec la chanson Daniella Denmark, une tournée partout au Canada, il lui manquait quelque chose. « Ça m’a pris ce recul pour savoir ce que je voulais vraiment. Puis, mon équipe à Toronto m’a laissé aller. J’ai mis fin à l’entente avec Corey Hart et je me suis autoproduit et je fais les choses à ma façon. J’avais juste le goût de m’impliquer dans mon affaire et de n’écouter personne, puis de foncer dans ce que je voulais faire. » Ce 5e album, il l’a produit lui-même à sa façon.

Il n’était plus heureux et avait oublié pourquoi il faisait de la musique. « Quand tu travailles avec des grosses machines, les gens te disent on veut cette chanson et toi tu ne veux pas, alors elle ne se retrouve pas sur l’album. Ce sont toutes ces petites choses qui, un certain moment, font que tu ne te reconnais plus dans ta musique. Je m’étais complètement perdu. Moi la raison pourquoi je fais de la musique, c’est en premier pour me faire du bien et ensuite faire du bien aux gens. J’avais perdu ça. J’ai pu recadrer les choses. J’avais mis la musique de côté en partant sur mon road trip, mais au bout d’une semaine je n’étais plus capable. Je voyais que la musique était une façon de m’exprimer. J’ai toujours eu de la difficulté à m’exprimer que ce soit en entrevue ou avec mes proches. Mais quand je fais de la musique, je peux vraiment prendre le temps d’écrire chaque mot vraiment en profondeur. Je ne peux pas enlever ça de ma vie c’est trop important. »

Le nom Roy

« C’est le nom Roy qui m’a mis devant les caméras. Ça m’a ouvert énormément de portes, mais je n’avais rien développé. Ma voix n’était pas là, mon charisme sur scène et mon écriture non plus. Mais les gens de ma génération aimaient ce que je faisais. Je suis allé chercher les outils nécessaires pour devenir ce que je suis aujourd’hui. J’ai eu des mentors extraordinaires. Je pense à Félix Gray quand j’ai fait Don Juan (2012), Corey Hart en est un aussi. Même Richard Samson qui a été mon premier gérant. Ils m’ont tous poussé comme artiste. Aujourd’hui, je m’amuse, je n’ai plus le stress de performer et je fais mon art. Je fais ce que j’aime et les gens décideront après ce qu’ils aiment ou pas. »

Du hockey à la musique

Alors qu’il jouait dans la LHJMQ pour les Remparts de Québec, dirigé par son père Patrick, le jeune gardien de 18 ans s’en était pris au gardien adverse lors d’une bagarre générale contre les Saguenéens de Chicoutimi.

« Je suis entré dans le bureau de mon père et il m’a dit, Jo c’est pas mal terminé le hockey, va falloir que tu retournes à l’école. Et moi j’ai répondu, P’a, j’aimerais ça faire de la musique. Il m’a regardé comme si j’étais fou. Finalement il m’a supporté en me disant go amuses-toi. D’après moi, il s’est dit, tout comme ma mère, il va faire ça un an, puis il va retourner à l’école. Finalement, je fais ça depuis 13 ans et je suis tellement fier. »

Sa vie dans les Laurentides

Depuis un an, Jonathan est propriétaire d’une fermette avec sa femme à Saint-Faustin du Lac-Carré. Ils ont choisi les Laurentides pour se sentir en vacances tous les jours. « Cet endroit-là est parfait pour le lifestyle qu’on a. On est des gens de plein air, on aime la pêche, on aime le hiking. J’ai vécu longtemps dans les villes, mais ce n’est pas moi. J’ai besoin de la forêt, des montagnes, de l’eau, ça m’amène un équilibre incroyable dans ma vie. »

La pandémie ne l’a pas trop affecté et en a profité pour faire des choses qu’il n’avait jamais le temps de faire, mais il avait hâte de refaire des shows. « Je n’ai pas vécu la pandémie comme les gens en ville. Le couvre-feu ne m’a pas dérangé. Je vis sur une terre, on est dans le bois. Je prenais mes marches quand je voulais, même après 20 h. Ça m’a fait du bien prendre du recul avec ma femme. M’occuper de la maison, du terrain. C’est rare avec la musique que j’aie ce temps-là. Ça fait seulement un an qu’on est ici, ça nous a permis d’avancer nos choses. Je voulais travailler mes réseaux sociaux, faire du contenu Web, alors qu’habituellement je n’ai pas ce temps. Le plus difficile a été de ne pas voir la famille, les amis, les restos. Tout ça nous a manqué. Les spectacles me manquent énormément. J’ai hâte de recommencer. »

Ce qui le rend le plus fier

« La vie que je me bâtis avec ma femme, avec la fermette et les animaux. Très fier de l’homme que je deviens, rempli d’amour et de compassion, de patience. Fier du jeune homme de 18 ans qui s’est battu au hockey, qui a fait des niaiseries. Avec toutes les petites erreurs que j’ai faites, j’ai pu évoluer et en apprendre sur moi. Le petit gars qui s’est battu a forgé l’homme que je suis. Longtemps je me suis dit je regrette, je regrette, mais finalement je comprends qu’il fallait que ça m’arrive pour comprendre bien des choses. Il n’y a rien qui n’arrive pour rien. »

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