Un chausson avec ça?

Par Eric-Olivier Dallard

D’accord les bureaux de l’hôtel de ville de Sainte-Adèle doivent être bien vides ces jours-ci avec le départ du maire et du directeur général. D’accord ses couloirs doivent être bien silencieux, et les yeux baissés, quand se croisent certains conseillers; lisez le texte de Josée: ils n’ont, selon Latour, ni souhaité ni envisagé la démission du maire quand ils ont annoncé leur défection. Comme mon éditrice, j’ai du mal à le croire, mais si c’est bien le cas les regards ne doivent pas être tellement fiers. D’accord ces mêmes conseillers, sur la foi des conclusions d’une «enquête» toute questionnable, viennent d’accorder 45 000$ au DG comme «prime de départ» pour «toutes les années de service qu’il a consacrées aux intérêts et aux besoins en service de la Ville» (les mots sont tirés de l’entente intervenue entre le Conseil et l’ex-directeur); c’est à vomir de molesse complaisante. L’on n’est pas très loin de l’à-plat-ventrisme du ver de terre. Et de sa viscosité aussi; difficiles à saisir ces bestioles… Vous allez à la pêche? Vous le savez donc: ouais, difficiles à saisir… Et puis une culture, sinon du mensonge certainement du louvoiement, érigée en système de défense, pire: en mode de gestion courante. Et puis les poursuites et mises en demeure qui s’accumulent… Et puis l’eau potable des citoyens…

Et puis l’insupportable mauvaise foi et la puante condescendance, parfois, dans les échan­ges avec les citoyens lors de séances du Conseil, ou dans les échanges de correspondances avec les citoyens (tout pour contrôler l’information: mots creux, concepts arbitrairement triturés jusqu’à être vidés de leur sens, etc… à ce sujet, je meurs d’envie de vous citer quelques perles du greffier de la Ville, Michel Rousseau, qui est aussi avocat de formation, tout comme moi; je vous dirais simplement que, bien qu’ayant pratiqué le droit à la Couronne et au civil pendant quelques années, rarement ai-je vu de tels raisonnements chez mes consoeurs et confrères, pourtant passés «maîtres» dans l’art de ce genre de choses!) J’y reviendrai bientôt. Si votre sens de l’indignation n’est pas trop émoussé (et même s’il l’est!), il trouvera là de quoi s’exercer, croyez-moi… Et puis, et puis, et puis…

Ainsi donc, selon l’hebdo local adélois Le Journal des Pays-d’en-Haut deux citoyens réclament la mise en tutelle de la ville («Ste-Adèle sous tutelle?»). Dans un bon papier sur le sujet, le journaliste Christian Asselin rapporte que «les Adélois Marc Lupien et Béranger Lessard en ont assez de la façon dont est gérée Sainte-Adèle» et que «par la bouche de leur avocat, ils ont demandé à ce que la ville soit mise sous tutelle». C’est clairvoyant de la part de ces citoyens qui ont démontré leur attachement au bien-être de leur municipalité, longtemps seuls à se démener contre une machine asourdissante. Comment, en effet, ne pas y penser, à la tutelle? Nous avions d’ailleurs évoqué cette possibilité dans notre précédente édition.

Pourtant. Le recours à la mise sous tutelle est-il l’unique solution? Car il s’agit là d’un recours exceptionnel et qui doit le demeurer. Sainte-Adèle en est-elle vraiment rendue là? Beaucoup de choses peuvent le laisser croire; l’on n’est plus très loin d’une situation patente de perte de contrôle.

Pourtant. N’oublions pas quand même ces quelques faits: un Conseil, bien que fortement divisé, est en place; la ministre des Affaires municipales et des régions, suite à la démission du maire Jean-Paul Cardinal, vient d’arrêter la date des prochaines élections dans cette municipalité: elles se tiendront le 24 février prochain; le «froid» ne durera pas, l’hiver sera vite passé. En revanche, une mise en tutelle est une blessure, une entaille profonde dans toile politique d’une ville. Mais il est vrai aussi que, la tutelle qu’a déjà vécue Sainte-Adèle il y a quelques années a fait plus de bien que de tort à la ville… Oui, la tutelle est une solution. Très éventuelle. Je répète ma question: n’y a-t-il pas d’autres avenues à considérer, pour le bien de la belle Adèle? Notre journaliste André Bérard a bien résumé le tout sur son blogue: «On ne demande pas une mise en tutelle comme on commande un Big Mac.» Non. Mais, tutelle comme Big Mac, la digestion est la même: pénible. Bien que plusieurs agissements d’élus de cette municipalité aient pu nous mettre en appétit, bien que plusieurs réponses nous laissent sur notre faim… Doit-on vraiment avoir de l’appétit pour cela? Supersize Me?

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