Un résident de Morin-Heights se bat contre l’AMF et Vincent Lacroix

Par Nathalie Deraspe

David contre Goliath…

Le Dr Wilhem Pellemans n’est pas tendre à l’endroit de l’Autorité des marchés financiers. Que Vincent Lacroix vienne faire des travaux communautaires dans la région ou ailleurs lui importe peu. «Ce n’est qu’un petit bandit qui, grâce à l’incompétence de l’AMF, a pu soustraire 130 M$ à 9200 investisseurs.»

Le porte-étendard du recours collectif accordé en 2006 a bien l’intention de récupérer la totalité des sommes volatilisées et n’hésite pas à éclabousser l’AMF en lui rejetant une bonne part de responsabilités dans le dossier. Mais celui-ci s’impatiente. Ça fera bientôt 3 ans que le résident de Morin-Heights attend une date de procès. Vincent Lacroix a eu le temps de se faire juger, de faire une partie de sa sentence et de sortir de prison avant que les investisseurs n’aient été entendus, dénonce-t-il. Que l’Autorité des marchés financiers soit pointé du doigt au même titre que Vincent Lacroix a peut-être à voir dans la lenteur des procédures.

L’ex-directeur de police Réal Ouimet vient de voir son propre recours collectif rejeté. Celui-ci accusait une autre institution de taille, la Caisse de placements et de dépôts du Québec qui, comme on le sait, était impliquée dans la vente des fonds Évolution et Teraxis à Norbourg. L’ex-policier allègue que la CDP n’a pas rempli son obligation de protéger les épargnants en omettant de vérifier la solvabilité de la transaction.

Comme M. Ouimet est déjà membre du recours Pellemans, la juge Dominique Bélanger a estimé que l’investisseur poursuivait la même finalité et qu’en ce sens, il ne pouvait entreprendre de procédure semblable. La CDP s’en sort donc indemne.
Éthique questionnable

Pourtant, le laxisme dont ont fait preuve la Caisse et de dépôts et placements du Québec et l’Autorité des marchés financiers inquiète. Car il faut bien le dire, ce scandale est digne des meilleurs films d’Hollywood. S’il est vrai que de simples vérifications auraient pu laisser croire que Norbourg n’avait pas les reins assez solides pour se porter acquéreur des fonds Évolution et Teraxis, que penser du fait que Jean Hébert était employé à la commission des valeurs mobilières du Québec, devenue par la suite l’AMF, avant d’entre embauché comme vice-président à la conformité chez Norbourg. Idem pour Éric Asselin qui, avant de devenir le bras droit de Vincent Lacroix, a agi à titre d’enquêteur à la CVMQ et ce, du 13 janvier 1999 au 7 mai 2002. L’homme aurait non seulement bénéficié de généreuses primes de départ, mais il a pu obtenir l’immunité quand il est passé de fraudeur à délateur. (Éric Asselin a lui-même affirmé à la GRC avoir falsifié des revenus et créé de faux documents). Comment expliquer qu’entre 2002 et 2004, des enquêteurs aient sonné l’alarme en vain? Que la Banque Nationale ait fait de même en 2004 sans plus de résultats? Un rapport datant de 2005 aurait même pris le chemin de la déchiqueteuse avant que les détournements dont on faisait état ne soient étalés au grand jour grâce aux révélations ô combien précieuses d’un homme repenti. Toutes les informations étaient déjà disponibles avant qu’Éric Asselin ne se mette à table. Pourquoi avoir attendu tout ce temps à réagir? Pourquoi accorder une immunité si on détient d’ores et déjà toutes les preuves en main?

Retour au bas de laine?
«C’est une suite de négligence et d’erreurs formidables, de dire Wilhem Pellemans. Et le pire, c’est qu’on voit combien il est facile, moyennant de l’argent, de débaucher les gens de l’AMF. Il aura fallu 4 ans à bouger, malgré des signaux évidents et là, au lieu de s’associer, l’AMF continue de se battre contre nous. Cet organisme est presqu’aussi coupable que Vincent Lacroix.»

Jusqu’à présent, 40 M$ ont été récupérés. Il en manque un autre 70 M$, plus les intérêts et les frais juridiques, estimés à 20 M$. Mais le chirurgien plasticien a bon espoir d’écarter le procès. «L’argumentaire de la défense est bien trop faible. Ils vont vouloir négocier, mais ce sera 100% ou rien du tout.»

Pour l’instant, aucune enquête n’est envisagée même si la confiance des investisseurs est à zéro. Pourtant, un nouveau scandale surgit avec l’affaire Earl Jones. «Le gouvernement ne met pas ses culottes. C’est pourtant possible de faire le ménage. Regardez ce qui se passe aux États-Unis…», laisse tomber le Dr Pellemans.

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