un talent Monstre

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Par Martine Laval
un talent Monstre

Émile Proulx-Cloutier

Émile Proulx-Cloutier est bien connu pour son rôle de comédien à la télévision, au cinéma et au théâtre. Il est également scénariste, réalisateur, directeur photo et monteur. Comme si ces multiples talents n’étaient pas suffisants, il décide, à 30 ans, de nous en révéler encore quelques-uns. Il vient de lancer le premier disque de ses propres compositions et c’est en tant qu’auteur-compositeur-interprète qu’il nous présente aujourd’hui Aimer les monstres, son premier disque.

 

Auteur-compositeur-interprète alors qu’on vous connaît surtout comme comédien au cinéma, à la télévision et au théâtre… Où dormait ce talent?

En fait j’ai toujours joué de la musique. Dès l’enfance j’ai appris à jouer du piano, j’ai fait partie des Petits Chanteurs du Mont-Royal. Depuis, c’est mon refuge, mon temps à moi. J’adore les mots, raconter des histoires, écrire des scénarios. J’ai toujours un calepin sur lequel je note des idées. Je ne savais simplement pas quelle place donner à la chanson jusqu’à maintenant. J’étais trop occupé. Puis à 26 ans j’ai eu le déclic. Écrire des chansons devenait comme écrire des histoires en format réduit, sur de la musique. Je rassemble donc aujourd’hui plusieurs passions.

 

On vous dit doué, touchant,

en chansons. En quoi l’êtes-vous?

J’éprouve du plaisir à faire voyager les gens. Je me mets dans les bottines du personnage, sans jugement, plutôt que de le regarder de l’extérieur. Mes personnages touchent l’aspect de l’humain : vulnérables, indécis, sensibles, avec leur histoires, leurs peurs, leurs monstres intérieurs à comprendre et à apprivoiser… d’où le titre de mon album : Aimer les monstres

 

Qu’est ce qui anime votre

inspiration?

Je puise dans mon bassin d’émotions. Une de mes chansons, par exemple, est une fable qui m’habitait depuis longtemps, qui a une morale. Une autre se passe dans l’intériorité d’un pré-ado de 12 ans, rencontré lors d’une entrevue. Il m’avait inspiré. Je raconte les choses du point de vue du personnage duquel je parle qu’il soit enfant, adolescent ou adulte. Je vois les événements de son point de vue. Il ne s’agit pas de moi ou de ma vie, mais de ce qui me touche.

 

Vous sentez-vous investi d’une

mission humaine ou sociale à

travers votre art?

J’ai hérité du profond désir de parler aux gens pour les embarquer, les toucher, plus que d’être en posture de sermonner ou d’avoir raison. Je suis plutôt empathique. Je ne me sens pas plus, pas moins que les autres.

 

Jouer de la musique, ou jouer un rôle?

Lorsqu’on écrit des mots, on fait appel à notre propre imaginaire. On se mouille plus. C’est une  mise à nu. Jouer de la fiction nous protège. On est derrière un personnage, même si on l’incarne profondément. Je suis bien dans les deux.

 

Vous avez une liste impressionnante d’honneurs et de reconnaissances!

Recevoir un prix c’est recevoir une poussée pour faire quelques milles de plus. Il facilite l’étape suivante. Il ouvre d’autres portes. Mais concrètement, le bonheur d’un prix dure peu.

 

Embarqué désormais dans le monde de la musique, que devient votre carrière de comédien?

Je suis présentement en tournage pour une série web qui sortira en avril. J’ai deux ou trois projets de longs métrages qui pour l’instant, attendent du financement. J’ai une mise en scène au théâtre, le tournage d’un documentaire en tant que cinéaste… Ça roule. Je continue. L’un n’empêche pas l’autre.

 

Vous êtes le fils de Danielle Proulx et de Raymond Cloutier. Que vous ont-ils légué de leur art?

Mes parents ont un profond respect pour le métier qu’ils pratiquent. Ils ont un amour inconditionnel de la langue. J’ai connu mes parents en posture de travailleurs disciplinés. J’ai appris que ce n’est pas parce qu’on est bon un jour qu’on le sera nécessairement le lendemain. J’ai connu un milieu sain non bercé d’illusions. J’ai eu accès à ce monde de création, accompli avec discipline, courage, persévérance. J’ai investi l’espace sacré des coulisses où  l’on doit prendre toutes les précautions pour se faire invisible.

 

Une des grandes leçons que mon père m’a transmise à l’adolescence  est celle-ci : « Peu importe ce que tu vis et ressens, descends au piano faire quelque chose avec. Sublimer ses émotions en quelque chose porteur de beauté, la création sert à ça.» 

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