Vingt minutes, pas plus

Par Mimi Legault
Vingt minutes, pas plus

La chronique à Mimi

par Mimi legault mimilego@cgocable.ca
J’ai un dada, une manie si vous voulez. Je vous regarde vivre. Des fois, c’est des vieux, d’autres ce sont des couples. Sont drôles les couples à regarder. Mes préférés, ce sont les parents avec les enfants. Alors là, je me marre la plupart du temps.
Il m’arrive aussi de sacrer contre eux. Et la semaine dernière, trois cas, coup sur coup, sont venus frapper à ma porte. Façon de parler. Il faut avoir l’œil vif pour saisir la scène. Ça ne dure pas longtemps, moins qu’une petite demi-heure. Du cinéma maison sans le pop-corn.
Scène un. Déjeuner au resto. À côté de ma table, un papa avec sa fille (environ 10 ans). L’homme mangeait ses œufs brouillés avec beaucoup de ketchup et la petite tentait de se débattre avec deux énormes crêpes.
Durant tout le temps qu’a duré leur repas, un silence de moine s’est établi. Le regard de l’enfant qui fixait son père ne m’a pas échappé : « dis quelque chose, papa. Parle-moi ». Lui aussi avait une fixation sur ses saucisses trop cuites, sur sa cuiller qu’il tournait sans cesse dans son café. Des fois, il relevait la tête pour jeter un œil autour de lui. C’est à ce moment qu’il a aperçu un ami qu’il a invité à sa table. Ils ont parlé de hockey, de chars. Des choses importantes comme ça. Puis ils ont pris congé l’un de l’autre. À la fin, il a daigné regarder sa petite : « alors, tu viens Marie »? Dans ses yeux un chagrin d’enfant gros comme un fleuve pollué. Ça m’a chaviré.
Scène deux. Une autre fois au resto. Une femme entre accompagnée de sa mère. À la table, elle demande où est Patrick. (nom fictif). Dehors, répond la maman, il boude. Il refuse d’entrer. « C’est toujours la même chose avec lui, va le chercher, répond la mamie ». Maman revient avec fiston content-content. Elle lui a négocié un sac de bonbons qu’il tient comme un trophée. 7 ans qu’il a. Nonnnnn, il ne veut pas déjeuner. Non bon, il refuse d’enlever son manteau. Et là, les deux femmes se mettent à parler de lui comme s’il n’était pas là. « Yé pas un cadeau c’t’enfant-là. » « Mais c’est toi qui l’élève comme ça ».
Alors le garçon se met à crier : chus pas un cadeau, chus pas un cadeau! Il jette son sac vide par terre, met de l’eau dans le sucrier, fout son doigt dans le café de mère-grand, ouvre un à un les petits contenants de lait. Les deux femmes se mettent à rire. Le petit roi aussi rigole dans son royaume de rien du tout. Un rien aussi gros que le fleuve Machin. Chavirée? Même pas. J’avais plutôt le feu au derrière et la tristesse par devant.
Scène trois. Une clinique dentaire. Papa se pointe avec son jeune fils. Dix ans, max. Cellulaire à la main, il discute affaires. Quelques instants plus tard, le cell se remet à sonner. Après un court échange, il ferme son appareil, se retourne vers son fils et lui dit : « allez Philippe, raconte-moi ta journée ». Le petit se met à parler comme si on venait de changer ses batteries. Ils rient, sont complices ces deux là. Le père se penche et embrasse fiston. Ils sont seuls au monde mais quelle belle solitude! Je cherche le regard de l’enfant et lorsque nos yeux se rencontrent, il a un sourire large comme le fleuve St-Laurent. Je suis comment dire… chavirée.
Je ne me souviens plus qui a écrit ces mots mais ils témoignent bien de la manière d’éduquer.
« Élever des enfants, c’est comme tenir une barre de savon mouillée. Si vous la serrez trop, elle jaillit comme une balle. Si vous ne la serrez pas assez, elle vous glisse des mains. Ce qu’il faut, c’est une prise à la fois douce et ferme ».
Au fond, l’enfant ne demande qu’à connaître les limites déterminées par l’adulte. Pas facile d’être parent, j’en conviens. C’est parfois synonyme de cordon ombilical, cordons de la bourse, cordon-bleu.
Il y a des leçons à tirer dans l’observation de l’être humain. Primo, l’arbre suit ses racines.
Secondo, le « non » est un joli mot mais il faut être le premier à le prononcer.
Tertio, votre travail peut attendre pendant que vous montrez un arc-en-ciel à votre enfant.
À vous d’en trouver d’autres, pourquoi pas?

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