Violence et réseaux sociaux : Retracer son origine et ses fondements

Par Ève Ménard (journaliste de l'initiative locale)
Violence et réseaux sociaux : Retracer son origine et ses fondements

En route vers les élections municipales

Des élus municipaux choisissent de ne pas briguer un nouveau mandat, épuisés d’encaisser de la haine quotidiennement. François Legault dénonce les « pissous virtuels » qui intimident et insultent sous ses publications. Le ministre Steven Guilbeault s’apprête à déposer un projet de loi fédéral pour encadrer le contenu haineux sur le web.
L’association entre l’intimidation sur les réseaux sociaux et la politique est de plus en plus évidente. Le sujet fait couler beaucoup d’encre et suscite de vives réactions. Dans les prochaines semaines, nous nous intéresserons à ce phénomène et ses impacts sur les êtres humains derrière les politiciens. À l’aube des élections municipales, cette tendance minera-t-elle la démocratie?

Que savons-nous vraiment de l’origine de la violence sur les réseaux sociaux? Comment la comprendre et comment l’expliquer? Pourquoi s’attaquer aussi gratuitement aux politiciens? Nous discutons de ces questions avec Joël Monzée, docteur en neurosciences et fondateur de l’Institut du développement de l’enfant et de la famille.

Les politiciens et leurs électeurs : un rapport parental

« Dans une période comme aujourd’hui, on voit le gouvernement comme papa et maman. Des gens vont demander des règles strictes, alors que d’autres vont se plaindre que papa et maman ont mis des règles trop sévères. Le rapport que nous avons face à l’autorité, qui est un rapport parental, fait en sorte que les gens se sentent prisonniers de quelque chose qu’ils ne contrôlent pas », explique-t-il au sujet de l’origine de la haine surreprésentée sur le web en ce temps de crise. Le public accumule de la colère et de la frustration, et les médias sociaux deviennent un exutoire possible pour s’en libérer.

Au-delà du symptôme, la cause

Bien qu’elles prennent des formes et des proportions différents, ces réactions sont aussi observées chez les enfants, à travers leur rapport concret avec les parents. Joël Monzée donne comme exemple la situation suivante : après s’être fait chicaner pour avoir pris des sucreries, un enfant frappe dans ses Lego. « C’est toujours le même principe : l’enfant se fait chicaner, il absorbe la colère de l’adulte et il la restitue. » Selon l’expert, c’est en partie dans ces fondements éducatifs que se tisserait les racines de l’intimidation.

Joël Monzée est docteur en neurosciences.

Fondamentalement, le docteur en neurosciences croit que nous devrions revoir la manière dont on éduque et qu’on s’adresse aux jeunes, dont l’enfance peut influencer les comportements futurs. Or, il se veut bien clair : cela n’excuse en rien les débordements et ne les justifie pas. « Ça les explique. » C’est aussi ce qui pourrait expliquer le comportement problématique de plusieurs adultes sur les médias sociaux aujourd’hui : peut-être ont-ils vécu de la haine eux-mêmes plus jeunes. On s’est moqué d’eux et la colère s’est accumulée.

Nouvelle tentation, même problème

Maintenant que les débordements sont trop fréquents, et la haine omniprésente, on s’apprête à mieux baliser les plateformes. Cette décision est tout à fait logique pour Joël Monzée qui considère que les réseaux sociaux ou les écrans ne sont pas un nouveau problème, mais plutôt « une nouvelle tentation », à l’image de l’alcool ou de la cigarette.

L’encadrement et la sensibilisation deviennent essentiels chez les jeunes, mais aussi chez les adultes. Le docteur rappelle qu’il y a quelques années, boire au volant était tout à fait normal. Puis, on a réalisé les méfaits d’une telle pratique et les tragédies qu’elle engendrait. Alors qu’a-t-on fait? On s’est mis à sensibiliser la population. Et lorsque ce ne fut pas suffisant, on a décidé de tout simplement interdire l’alcool au volant, ou du moins, de baliser sa consommation.

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Richard Allard
Richard Allard
16 jours

Débattre en privé, c’est énoncer sa pensée. Débattre en public, c’est s’efforcer de voir sa pensée triompher. Comme la très vaste majorité des gens prennent pour modèle les débats publiques, qu’ils n’ont aucune base de connaissance du débat oratoire (qu’est-ce qu’un sophisme?), pas surprenant qu’ils tentent de marquer des points dans des débats alors que leur analyse est déficiente par manque de connaissance des dossiers. Ils confondent opinions et faits. Leur méconnaissance les amène à surestimer leur compétence.
La pratique du débat doit s’apprendre tôt: Paul, tu dois défendre le « pour », Luc, tu dois défendre le « contre »…voici le sujet, vous avez 5 minutes pour vous préparer. C’est ce qui se faisait au collège il y a 1000 ans quand j’étais étudiant. Gare à celui qui apportait des arguments du type « pente glissante » ou qui reprenait un argument de l’adversaire en trahissant le sens.
La difficulté à se ralier en fin de débat est une conséquence malheureuse de l’incompréhension des enjeux, du manque d’écoute, du sentiment d’avoir perdu etc.
Certains tribuns savent ralier des foules entières. D’autres se contentent de gagner une majorité des gens à leur option. Convaincre prend du temps et demande qu’on aie la patience d’attendre que les gens digèrent l’information à prendre en compte. Évidemment, les opposants farouches ou de mauvaise foi utiliseront le temps pour tenter de retarder et de noyer le poisson…
L’agressivité face aux politiciens, les commentaires déplacés, les procès d’intentions perdureront aussi longtemps que les politiciens eux-mêmes alimenteront les conflits plutôt que de chercher le consensus, aussi longtemps que les médias se serviront des écarts parce que « ça fait d’la bonne presse », aussi longtemps qu’on enseignera la philosophie sans l’actualiser.