Vox pot devant la succursale de Mirabel

Par Journal Accès
Vox pot devant la succursale de Mirabel

Vente de cannabis

Véronique Piché

À Mirabel, c’est quelque 200 personnes qui attendaient en file pour entrer dans la succursale de la Société québécoise du cannabis. Devant les portes, des gens acceptent de témoigner.

« Ma mamie vient de m’appeler. Elle dit que je suis folle d’attendre au frette de même! », dit une jeune femme de 24 ans, la tuque enfoncée jusqu’aux oreilles. En ce jour premier de la légalisation du cannabis au Canada, il fait plutôt froid. Le vent siffle et transporte des effluves de pot. Aucun policier en vue. Et cette longue file d’attente se prolonge jusque sur le trottoir du boulevard Curé-Labelle. Le cliquetis des caméras se fait entendre devant les portes. Un gardien de sécurité barbu et sérieux explique à la foule « les ordres » qu’il a reçues. Au départ, il laissera entrer une quinzaine de clients. Ensuite, 10 autre personnes pourront passer, pour un total de vingt-cinq. Pas de journalistes sans accréditation. Le gardien arbore parfois un sourire. Il est 10h00.

Sentiment de fraternité

Les premiers clients à franchir le seuil de la porte attendaient là depuis 7 h 30 du matin. Assez longtemps pour faire connaissance et sympathiser. Une dizaine de minutes plus tard, ils ressortent avec leur premier achat légal de cannabis en main. Certains acceptent de nous parler, mais la plupart refusent de se faire prendre en photo. Ils ne désirent pas être identifiés.

Un client portant une chemise-à-carreaux inspecte son achat sous nos yeux : le produit est « perfect ». Selon un autre client, le personnel semble ne pas bien connaître ce qu’il vend : « Tu le vois sur leur visage. […] Ça prend une base, me semble! » Interrogé par une journaliste de Gatineau sur la valeur de son achat sur le marché noir, il répond que ce serait moins cher. En d’autres termes, pas de quoi changer ses habitudes d’approvisionnement. Mais le petit récipient de la SQDC, il va le garder pour transporter le cannabis qu’il achètera la prochaine fois, ailleurs.

Pour un autre client qui avait dit à la blague qu’il voulait seulement entrer pour se procurer un dépliant, l’expérience était « vraiment bien ». Parce que c’était propre et que le personnel donnait de bonnes explications. « C’est comme un magasin de bonbons! », ajoute son ami.

Tout se déroule dans le calme et la cordialité. Les clients entrent et sortent. Certains lèvent les bras au-dessus de leur tête, leur sac de papier brun – sans logo – porté en triomphe. D’autres, affublés d’un énigmatique sourire, percent la petite foule puis quittent les lieux, sans tambour ni trompette.

Pour les munchies ?

À la droite de la succursale, une pizzeria. Le propriétaire, tout de blanc vêtu, observe l’événement. Comme plusieurs, cellulaire en main, il filme et prend des photos. L’homme raconte que des membres de la SQDC l’ont rencontré, avant de signer son bail. On lui aurait dit que son chiffre d’affaire allait augmenter à cause du va-et-vient. Et bien, l’achalandage de cette première journée semble leur donner raison. Une dame, qui ne fait pas la queue et observe, explique qu’elle a fait le chemin depuis Hawkesbury en Ontario. « Parce que chez nous, dit-elle, Rob Ford, il les a enlevé les succursales, et c’est juste de la vente en ligne. » Mais elle voulait voir ce qui allait se passer sur le terrain. « J’ai investi dans des actions, alors je voulais m’assurer que le monde allait être au rendez-vous. » Elle est souriante et satisfaite devant cet engouement.

Vers 11 h 30, la file d’attente est aussi longue qu’à l’ouverture. De nouveaux venus ne cessent d’arriver. Certains font part de leurs craintes de découvrir des tablettes vides et les mots « rupture de stocks » inquiètent. Le gardien de sécurité, toujours le même, nous dit que si cette éventualité se présentait, il fermerait tout simplement les portes. C’est prévu ainsi. En attendant, les discussions se poursuivent dans les rangs et les gens fraternisent en ce jour particulier.

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