Yolo la Pilotte

Par Josée Pilotte
Yolo la Pilotte

J’ai le sentiment que la vie va beaucoup trop vite, que demain déjà Noël arrivera, que bientôt on m’appellera mémé Pilotte sans que je n’ai rien vu passer.

Je tente pourtant tant bien que mal de chasser cette vision apocalyptique, mais l’apparition de poils sous les aisselles de mon petit Lou cet été ne fait qu’aggraver ce sentiment que tout va beaucoup trop vite pour moi.

Et comme si cela ne suffisait pas à briser mon cœur de mère, je me suis lancé tout un défi cet été en allant pédaler les bois de la Californie avec mes hommes. Une Californie que je qualifierais d’extrême autant physiquement que psychologi- quement. Mais aussi une Californie dont les habitants sont tous plus cool les uns que les autres. D’ailleurs je suis certaine que c’est là que tous les hippies du monde entier se donnent rendez-vous pour rêver d’un monde meilleur.

On a donc pédalé la Nor Cal, pédalé des kilomètres et des kilomètres de montagnes, poussant chaque jour un peu plus nos limites.

On a vu des paysages à couper le souffle, on a même réussi à faire un tour d’ambulance et à passer quelques heures dans une salle d’urgence, on s’est perdu très souvent et moi je suis presque devenue folle.

La vraie aventure commence quand tu perds toute notion de confort: se retrouver dans le bois loin de la civilisation dans un endroit rude dans des décors de Far West et de chercheurs d’or, cela a heurté mon côté fifille en «titi» au grand désespoir de mes fils et mon ami Phil qui me croyait presque invincible. Et c’est sans compter le côté désinvolte des Californiens pour qui la notion du temps est parfois aléa- toire. Une “ride” de deux heures pour eux s’avère en réalité une “ride” de 4 heures pour nous. Quand ils disent: «Oui, oui, tourne à droite tu vas voir la trail, it’s easy to find…», toi bien sûr, tu as eu beau regarder mais tu ne vois pas la piste en question, tu décides donc dans cette forêt immense, de tourner à gauche histoire de sauver ta peau… Résultat? Tu t’enfonces, tu te perds et tu rallonges ta “ride” d’une heure.

Comme cette autre fois où on a dû prendre une navette pour nous amener en haut de la montagne à plus de neuf mille pieds d’altitude. Je me faisais brasser dans ce maudit truck, entouré uniquement de testostérone, sur une petite route sinueuse qui me donnait un de ces maux de coeur que je me suis dit: «Tu es folle pour vrai ma vieille!» Non mais, qu’est-ce qu’on ferait pas pour épater la galerie!

Je vous entends déjà me ressasser que c’est le nouveau mal de notre époque, celle de vivre dans une effervescence de sensations extrêmes comme si de vivre notre vie à cent à l’heure nous rendaient tous plus vivants.

C’est probablement vrai. Mais à travers ces défis se révèle aussi notre vraie nature. On apprend à mieux se connaître et à mieux se gérer. J’avoue par moment avoir trouver cela difficile et ce que je voyais de moi me décourageait. Mais vous savez quoi? J’ai appris l’humilité. Et même si j’ai eu peur des ours, où encore de me perdre, de l’altitude, du poison oak, des serpents et je ne sais plus quoi encore, et bien, je l’ai fait!

En tout cas…

Les Californiens, même s’ils sont assis sur la faille de San Andreas qui les menace d’un terrible tremblement de terre à chaque instant, (d’ailleurs nous nous sommes échappés de justesse de celui de Napa), ils sont cool, très cool! No problemo amigo! Yolo (you only live once) comme dit la génération Y.

Alors oui, vivons comme si demain n’existait pas. Amen.

 

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