Zigzaguer entre les roches

Par Benoit Simard
Zigzaguer entre les roches
Benoît Simard

À la fin juillet 2004, le Belge Filip Meirhaeghe annonce son retrait du sport. «.. Je me suis dopé, je me suis fais prendre, je suis seul responsable: game over…». Quoique ce fût en flamand, et traduit librement, ce sont les mots qu’il avait utilisés à l’époque.

 

À ce moment, il se trouvait encore des gens pour admirer son courage d’admettre sa faute, et le fait qu’il ne s’était pas défilé, en ne niant pas le résultat de l’agence anti-dopage.

Ce qui était le plus choquant, c’est que bien que le contrôle positif ait eu lieu plusieurs jours avant la Coupe du monde du Mont-Sainte-Anne (quelques mois avant son méa culpa), il en avait consciemment pris le départ, sachant fort bien que les dés étaient pipés, et qu’il serait un jour ou l’autre disqualifié. Il remporta la dite course, raflant honneurs, bourses et fleurs… en plus de subtiliser la minute de gloire des athlètes dans son sillage.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, deux mois après son contrôle positif – mais avant que les résultats ne soient révélés au public- Filip faisait la fête en compagnie de ses collègues athlètes, comme si de rien n’était. C’était à Calgary en Alberta, nous y étions avec les membres de l’équipe du Québec. Il fêtait, car il avait remporté la course du jour, dans des conditions d’apocalypse divine, dominant à nouveau ses rivaux.

En bonus pour cette anecdote, je me souviens encore des minutes avant le départ. Nous effectuions notre échauffement sous des tentes dans le stationnement du site olympique. Essentiellement, c’est une petite butte à peine plus haute que Les Sommets Saint Sauveur, au milieu d’un environnement plutôt plat, d’où l’on peut voir des kilomètres à la ronde. Cela a bien changé depuis.

Les moments de fébrilité avant les courses sont toujours excitants. Chacun regarde les pneus et la pression d’air que les autres utilisent, les concurrents s’analysent des pieds à la tête. Le parcours d’un sol presque argileux, était sec et dur. Le ciel était sans un nuage, 25 degrés, l’atmosphère humide. La plupart avaient choisi des pneus lisses et roulants, pour optimiser la vitesse et la légèreté.

Le vent s’était levé soudainement, les habitués de la place avait immédiatement annoncé un orage à venir, du genre «courez vite aux abris». –«Voyons donc», avons-nous pensé, «il fait beau et on ne voit que du bleu à perte de vue». Comme de fait, dans la demi-heure qui suivit, la température baissa de 10 degrés. Pluie à torrent, tonnerre assourdissant et éclairs remplacèrent la douceur d’antan.

Quelque part vers la mi-course, les conditions s’étaient tellement dégradées qu’il y avait plusieurs sections inondées et carrément impraticable. Au bas de la montagne ruisselait plus d’une dizaine de centimètres d’eau. Sur une centaine de participants, moins de 30 purent compléter la course au complet. Dire que nous n’avions pas cru les avertissements de indigènes, et conservé nos pneus pour terrain sec. Les licornes avaient cédé aux dauphins, sans attendre l’arc-en-ciel.

Retour à l’actualité de 2020. Peu importe le média, on a affaire à un pot pourri, mélange de contestation des recommandations (faite par des gens qui s’y connaissent quand même un peu plus que nous), de dénonciations graves suivies d’excuses lamentables du genre : – «…pardon si j’ai blessé des gens de par mes comportements inacceptables (mais tolérés et acceptés par mon entourage), je me retire 27et je vais chercher l’aide des professionnels, ciao bye…». Le monde change hein?

Parfois, le plus dangereux n’est pas l’événement, le geste ou le virus, mais bien la désensibilisation qui s’installe. Le doute et l’ignorance ne font pas si bon ménage. En compétition, ou dans la pratique d’un sport extrême, habituellement, le danger n’est pas le saut ou le passage risqué, mais la perte du doute raisonnable, combiné à l’assurance de la bêtise. Un peu à la manière de ces vedettes qui se croient affranchies des règles de la bienséance.

Je vous propose de sortir dehors au plus vite, pour vous pomper l’hypophyse, question d’éviter l’essoufflement. Un coup revigoré, vous serez bons pour plus que dix minutes de sport en continu, et prêts à affronter les côtes de la vie. Zigzag zigzag les amis.

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