Des matraques dans les roues

Des matraques dans les roues
Josée Pilotte
Actualité

Espace griffé

Par JOSÉE PILOTTE

Allez, installez-vous confortablement et laissez-vous aller pour un instant. Je vous invite quelques minutes dans ma tête… Êtes-vous prêt? On part.

Je mouline dans un rang, y’a pas un chat. Le soleil me fait plisser des yeux tellement il sourit. Moi aussi d’ailleurs.

Je respire à fond. Ça sent bon. Ça sent l’été.

Je mouline, je mouline, sans croiser personne. La sainte paix.

Si, je croise une chèvre qui me bêle à tue-tête pendant que je crache tous les saints de la terre en montant cette foutue côte. À chaque coup de pédale, j’ai l’impression de me rapprocher un peu plus de l’enfer tellement cette montée me semble interminable.

Allez hop! en danseuse maintenant, je donne tout ce qui me reste pour arriver en haut. À bien y penser, elle a plutôt fait sa fanfaronne, la chèvre à monsieur Séguin, en me voyant tout à l’heure. Je lui fais donc le plus beau et long doigt d’honneur que la terre a porté, arrivée en haut.

Bon, je respire à nouveau, car tout ce qui monte redescend! Enfin du vent. Ça fait du bien. Ça mérite une bonne gorgée d’eau…

Oups! je vois au loin un arrêt communément appelé un « stop » en bon français. Là, il faut que j’anticipe : je déclippe ma chaussure de ma pédale droite d’abord, je freine lentement et puis fermement afin d’immobiliser totalement mon bécycle.

Et là, seulement là, à ce moment bien précis, je me mets à compter : mille et un, mille et deux, mille et trois, en n’oubliant pas de tourner la tête à droite puis la tête à gauche. Enfin, je me donne une petite poussée avec mon pied à terre, que je reclippe immédiatement sur ma pédale, avant de repartir.

Et puis, je me félicite pour la bonne citoyenne que je suis.

Bon, okay, me croyez-vous vraiment si je dis que cela s’est passé comme ça? J’espère que non, car mon petit côté délinquant me pousse à brûler mes « stops » plutôt qu’à gentiment les compter comme le veut la loi.

Bon, je sais, nul n’est supposé ignorer la loi, me direz-vous, mais quand même. Des lois faites à Ottawa ou à Québec, appliquées mur à mur, ç’a ses limites. Il y a une réalité sur le terrain. On ne peut pas s’attendre à ce que les cyclistes marquent leur arrêt à chaque intersection, ce n’est pas réaliste.

Et puis, entre vous et moi, c’est qui le tata qui va faire son arrêt complet dans un petit chemin de campagne?

Et comprenez-moi bien, je ne dis pas que les cyclistes ont tous les droits et qu’ils doivent rouler comme si les routes leur appartenaient, loin de là. Mais à mon avis, les textos au volant sont l’ennemi public numéro un à abattre en premier!

Tout ça pour dire que je vous ai fait ce long préambule qui s’inspire d’un fait vécu par des dizaines de cyclistes en l’espace de quelques heures. Voilà donc ce qui s’est passé le samedi 16 juin, à l’angle des rues Saint-Pierre et de l’Église dans le village de Saint-Sauveur.

Un gentil policier de la SQ, qui a probablement reçu l’ordre de son gentil patron, s’est posté à cette intersection pour distribuer des tickets aux cyclistes qui ne faisaient pas leur arrêt complet.

Et combien, la contravention, selon vous? Cent vingt-sept beaux dollars. Rien de moins.

Alors si tout comme moi vous avez entendu parler du projet de loi 165, mais que tout comme moi, ça vous a passé par-dessus le casque, gare à vous!

Car non seulement ils nous flanquent des contraventions salées de 127 $ pour un arrêt non fait, mais en plus votre vélo et vous doivent être réfléchissants comme une luciole en pleine nuit sur la route.

Dois-je donc vous dire que si vous n’avez pas toute l’artillerie nécessaire pour aller rouler sur nos belles routes du Québec, ne sortez pas de chez vous, car il vous en coûtera peut-être le prix de votre vélo en contravention, certains poussant le zèle jusqu’à additionner les amendes en fonction de chacun des éléments manquants sur votre vélo ou votre personne. On en est rendu là. À tout réglementer exagérément.

Cela dit, je comprends le fond de la démarche, soit celle de la sécurité. Mais je ne connais aucun cycliste qui se lève le matin en se disant : tiens donc, je vais aller me tuer sur la route aujourd’hui.

Je cherche encore la logique au fait qu’un policier de la SQ se flanque à une intersection dans un village sans histoires pour distribuer des contraventions comme des petits pains un samedi matin.

C’est quoi le but, la morale de tout ça? Yo no se…

Comme le chantait Yves Montand, la bicyclette, c’est la liberté.

Quand on partait de bon matin

Quand on partait sur les chemins

À bicyclette

Nous étions quelques bons copains

Y avait Fernand y avait Firminttttt

Y avait Francis et Sébastien

Et puis Paulette

On était tous amoureux d’elle

On se sentait pousser des ailes

À bicyclette

Sur les petits chemins de terre

On a souvent vécu l’enfer

Pour ne pas mettre pied à terre

Devant Paulette

Oh! boy, que dire de plus…

Voir les commentaires (3)

3 Comments

  1. Chris Schlachter

    3 juillet 2018 à 20 h 37 min

    C’est scandaleux ça. Je n’en reviens tout simplement pas.

  2. Benoit Bergeron

    6 juillet 2018 à 12 h 01 min

    chère Josée,
    Comme tu as bien écris ton texte!!! il fait réfléchir et c’est ton but, bravo!
    On vit aujourd’hui dans les extrêmes (faire tous ses arrêts obligatoires ou rouler à fond la caisse, enfin, en descendant l’autre versant de cette foutue côte).
    Faire tous ces arrêts obligatoires sinon on devra déclarer faillite à coup de 127 $ est certes inquiétant (en enrichissant pour notre gouvernement) mais, voilà, cette histoire m’interpelle à plusieurs égard:
    Primo,
    je suis cycliste et j’ai revu le film de ma rando de fin de journée (SSo 364-Morin Heights-SSo rue de l’Église) que je fais régulièrement pour réaliser que je descend ‘à fond la caisse’ la rue de l’Église, dépassant même les voitures, regardant à gauche et à droite à la rue St-Pierre en passant par-dessus l’arrêt obligatoire
    MAIS
    est-ce que j’arriverais à m’immobiliser à temps si une voiture se plaçait devant moi à la dernière seconde (ne m’ayant pas vu)???
    secundo,
    127 $ versus une jambe dans le plâtre, des côtes ‘fêllées’ et une commotion cérébrale, pour le moins, ou plus fatal, finir dans un fauteuil roulant me couterait beaucoup plus que 127 $ en qualité de vie future, en salaire perdu ET nous coûterait, à tous, les frais de mon hospitalisation beaucoup plus important (qu’on ne peut évaluer mais aux USA, surement dans les 25-30,000 $.
    Tertio,
    bien que le cellulaire au volant est indubitablement une arme fatale destructrice de cycliste, les policiers font leur job comme nous faisons tous le nôtre, soit celle de nous protéger contre nous-même (des êtres cyclistes émotifs en quête de liberté et de jouissance extrême … de vitesse, performance, etc)
    Quarto,
    j’ai déjà descendu à fonds la caisse une côte, à mon adolescence (il y a quand même plus de 40 ans !!! bon, tu reconnais maintenant mes tempes grises), avec mon Norstar Attala 10 vitesses flambant neuf, pour le ‘scrapper’ sur une aile et pare-brise de chauffeur de taxi m’ayant coupé mon chemin à la dernière seconde. Et hop, 700$ chez le yable; 12 heures à l’hopital mais que des égratignures, ouffff!!!
    Coup donc, j’ai pas compris ???
    chanceux que je suis de pouvoir vous écrire aujourd’hui malgré nombre d’événements évités !!!
    127 piastres, ‘viande à chien’ comme dirait notre patriarche laurentien, c’est rien si c’est ce que ça prend de nos gouvernements pour changer nos comportements frivoles, volages, irresponsables……

    Je ne verrai plus jamais la petite côte ‘de L’Église’ de la même façon depuis que je t’ai lue; merci Josée, tu es très efficace

    ps: j’avoue, quand même, que mon beau-fils est policier SQ, donc, j’ai un penchant défensif pour leur rôle essentiel. Mais il fait régulièrement des patrouilles ‘cellulaire au volant’ et autres délits importants (car il y en a des milliers à surveiller).

    Bonne randonnée … un tantinet plus sécuritaire à tous

  3. Alain Daviault

    8 juillet 2018 à 8 h 06 min

    À chacun sa sécurité mais, le code de la route existe-t-il seulement pour les piétons et automobilistes. Dans la situation actuelle qui semble outrager certains cyclistes,je suis stupéfait de voir comment ils ne sont pas respectueux de leur propre environnement en terme de sécurité. Les policiers de la SQ appliquant cette mesure corrective et non pas oppressive, ont raison de voir à modifier nos comportements de cyclistes, tout comme les adultes cherchant à modifier le comportement des enfants afin de respecter les normes. En somme, Mme Pilotte,effectuer un arrêt c’est de réfléchir à sa sécurité et celle des autres.

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