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Espace bleu : Plusieurs candidatures pour les Laurentides

Par France Poirier

Article par Simon Cordeau et France Poirier

L’ancien centre commercial et culturel du Domaine-de-l’Estérel, à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, sera candidat pour accueillir l’Espace bleu des Laurentides. Cette candidature s’ajoute à celle déjà déposée par la Ville de Saint-Jérôme, et une autre se préparerait à Mont-Tremblant.

Avec les 17 Espaces bleus, soit un par région administrative, le gouvernement du Québec souhaite créer un réseau de lieux culturels et patrimoniaux à travers la province. Chacun sera hébergé dans un bâtiment patrimonial et aura un espace muséal, une salle multi-fonctionnelle pour la diffusion culturelle et artistique, et un comptoir alimentaire mettant en valeur la gastronomie locale. Ceux de la Capitale-Nationale et l’Abitibi-Témiscamingue ont déjà été désignés.

Philippe Lupien, professeur à l’École de design de l’UQAM et originaire de Sainte-Adèle, croit que le complexe de villégiature du baron Louis Empain, riche homme d’affaires belge, est parfait pour accueillir l’Espace bleu des Laurentides. La candidature de Sainte-Marguerite est son initiative.

M. Lupien a monté lui-même un dossier de candidature pour le bâtiment, par passion et dans ses temps libres. « À date, l’intérêt est beaucoup plus grand que je ne le croyais originalement. Je m’attendais que ce soit un dossier parmi tant d’autres, mais beaucoup de gens se manifestent pour l’appuyer », s’étonne l’architecte.

Lieu de villégiature

Le maire, Gilles Boucher, croit qu’avoir l’Espace bleu à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson permettrait de faire rayonner son coin de pays. « On construit toujours sur l’axe de l’autoroute. Pourtant, on est juste à 12 km. […] Il ne faut pas toujours que ce soit à Saint-Sauveur et à Sainte-Adèle. Il faut aller dans les autres villes, aussi. Nous, on a le bâtiment parfait, qui s’inscrit vraiment dans la démarche du ministère. »

« Ce qui est intéressant, c’est le lien avec le tourisme, si on regarde ce qui s’est développé là. S’il y a moyen de le récupérer, tant mieux. M. Boucher, est entré en contact avec le propriétaire, et il y aurait de l’intérêt », souligne André Genest, préfet de la MRC des Pays-d’en-Haut.

« Ça peut aider des municipalités qui ne sont pas sur l’axe principal à se développer », ajoute M. Genest. Il rappelle que Sainte-Marguerite et les environs sont depuis longtemps un lieu très prisé par les villégiateurs et les touristes.

Autres candidatures

L’Espace bleu pourrait aussi être dans le vieil hôtel de ville de Saint-Jérôme, bâti en 1874.

« Il y a 250 000 cyclistes et piétons qui passent au kilomètre 0 [à la vieille gare] durant tout l’été. Il y a 25 000 étudiants autour de l’endroit qui va devenir un musée national. […] Ça aurait un rayonnement régional dans toutes les Basses Laurentides », souligne le maire de Saint-Jérôme, Marc Bourcier.

« La MRC des Pays-d’en-Haut passait une résolution en mars en appui avec la candidature de Saint-Jérôme. Les municipalités de Saint-Sauveur, Sainte-Adèle et Morin-Heights ont aussi passé une résolution d’appui à Saint-Jérôme dans leur conseil municipal respectif. Je les en remercie », se réjouit M. Bourcier.

En avril, la MRC des Pays-d’en-Haut a passé une résolution pour appuyer la candidature de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson.

Selon ce qu’a appris André Genest, préfet de la MRC des Pays-d’en-Haut, Mont-Tremblant déposerait aussi une candidature. « De toute façon, c’est le ministère de la Culture qui va faire le choix. C’est intéressant qu’il y ait plus qu’un projet et qu’ils peuvent choisir », constate le préfet.

Histoire

Quand Philippe Lupien commence à étudier l’architecture, dans les années 1980, il s’intéresse d’abord au modernisme. Sa mère lui conseille d’aller voir le bâtiment du baron Empain. Construit en 1936-1937, il s’agit d’un témoin de ce mouvement architectural, en plus d’être le premier centre commercial en Amérique du Nord. « Je suis allé voir ces bâtiments-là, ceux qui restaient. Maintenant, il n’en reste qu’un seul. J’ai été vraiment étonné », raconte M. Lupien avec émotion.

« C’est la preuve d’un patrimoine matériel, à la fois local et international, qui fait appel aux grandes utopies du 20e siècle, mais aussi d’un patrimoine immatériel, celui de la villégiature de la région », explique l’architecte.

Trop souvent, on résume le développement des Laurentides au curé Labelle et à la colonisation, mais il ne s’agit là que d’une très petite partie de l’histoire de la région, souligne M. Lupien. « L’histoire des Laurentides, c’est la villégiature du 20e siècle. Ce sont des Européens qui ont construit cette industrie. »

De Victor Nymark à Émile Cochand, en passant par Jackrabbit et bien sûr le baron Empain, les bâtisseurs des Laurentides viennent de Suisse, de Norvège, de Belgique, de Finlande et d’ailleurs.

« À Sainte-Adèle, quand j’étais petit, il y avait des Européens, des gens de partout. Je pensais que tous les villages au Québec étaient comme ça. En vieillissant, j’ai compris que c’était une particularité des Laurentides, qui a attiré une diaspora de plusieurs pays. Les Laurentides sont devenues une deuxième patrie pour beaucoup », illustre M. Lupien. Selon l’architecte, le complexe du baron Empain en est un témoin éloquent. Même en Europe, les bâtiments du mouvement moderniste sont rares, souligne-t-il.

Rénovations nécessaires

En 2012, on estimait à plus de 10 M$ les coûts pour rénover le bâtiment. En faire un Espace bleu pourrait donc permettre de le sauver. Mais pour M. Lupien, « ce n’est pas juste une question d’argent ». « L’idée, ce n’est pas de sauter sur une enveloppe budgétaire », tient-il à souligner.

La façade du bâtiment est classée patrimoniale, mais pas le manège derrière, explique le maire Boucher. Le propriétaire, Olymbec, souhaiterait y faire un hôtel. « Le ministère a accordé un permis de démolition pour cette partie-là. Moi aussi, j’ai été obligé de le donner. Par contre, si le gouvernement retient la candidature, il y a la possibilité de le sauver, et le projet prendrait toute son envergure », espère M. Boucher.

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