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L’aide financière coupée au Book Humanitaire

Par Ève Ménard - Initiative de journalisme local

Depuis le 31 mars dernier, le Book Humanitaire s’est vu forcé, faute de moyens financiers, de fermer ses services de jour et d’ouvrir uniquement le soir et la nuit.

L’aide financière octroyée à l’organisme est passée de 800 000 $ à 100 000 $. Rachel Lapierre, fondatrice du Book Humanitaire, estime que le gouvernement retire actuellement les montants débloqués pendant la pandémie et coupe directement dans le filet social. « Mais ce qu’ils ne réalisent pas, c’est que la misère a triplé en deux ans. Ils nous ramènent au même montant qu’il y a trois ans, mais la réalité n’est plus du tout la même. À l’époque, on s’occupait de 30 personnes en situation d’itinérance, aujourd’hui, on est rendu à 80. »

Des coupures budgétaires importantes

Les services offerts par le Book Humanitaire aident de 60 à 80 personnes chaque nuit. Au total, on estime à environ 150 le nombre de sans-abris dans le grand Saint-Jérôme. Grâce à un réfrigérateur mis à la disposition du public et rempli pendant la journée, le Book Humanitaire nourrit aussi 525 personnes par jour. « La sécurité alimentaire, c’est très inquiétant en ce moment », souligne Rachel Lapierre. Chaque semaine, environ 350 repas sont aussi livrés chez des personnes âgées qui ne sont pas en mesure de se déplacer pour se les procurer.

En une seule journée, Rachel a vu défiler deux personnes qui voulaient se suicider, une autre qui venait de se faire battre et trois sans-abris aux prises avec plusieurs difficultés. « Quand je suis partie de mon bureau, j’étais vidée. Et je me suis dit, ça ne doit pas seulement être sur la rue Brière que ça se passe. C’est inquiétant. Comme société, il faut qu’on se réveille », déplore la fondatrice. Des coupures sont vécues dans bien d’autres organismes de la région, et ailleurs au Québec. On peut facilement penser à la Maison de Sophia, aussi à Saint-Jérôme, qui risque une fermeture imminente. Le refuge Care-Montréal, une ressource en itinérance, a aussi vu le tiers de son aide financière être coupé, indique Rachel Lapierre.

Penser au plus démuni des démunis

En parallèle, l’équipe de la Hutte a pris en charge le centre d’hébergement à l’église Sainte-Paule depuis le 1er avril dernier à Saint-Jérôme, en remplacement de l’organisme Fleur de Macadam. La Hutte travaille principalement en réinsertion sociale et pourra héberger une cinquantaine de personnes chaque nuit. Mais ça laisse tout de même une centaine de personnes sans ressources fixes. Celles qui sont accueillies à la Hutte doivent aussi être stables, ce qui laisse les plus vulnérables dans la rue, précise Rachel Lapierre.

« La Hutte, c’est un super beau projet. Il nous faut de la réinsertion. Le concept est parfait, mais on ne peut pas seulement avoir ce concept. Sinon, la personne qui n’est pas prête, qui n’est pas encore médicamentée convenablement ou qui est en crise, elle n’a rien. » La fondatrice du Book Humanitaire milite pour une offre complémentaire de services et un filet de sécurité complet.

« Il ne faut jamais oublier le plus démuni des démunis. Quand quelqu’un a un accident, tout le monde s’arrête pour l’aider. La santé mentale, c’est la même chose, sauf qu’elle n’est pas visible. Mais il faudrait avoir la même réaction, le même réflexe. »

Naturellement, Rachel Lapierre s’inquiète pour la suite des choses. Mais elle garde toujours espoir et foi en l’humanité. La prochaine étape pour sécuriser les services offerts serait d’acheter une bâtisse dans un lieu qui dérangerait le moins de gens possible. L’occupation des locaux actuels prendra d’ailleurs fin le 1er septembre prochain.

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