Quand les tensions commerciales mondiales frappent les PME d’ici
Par Jean-Simon Guay
Confrontée à l’imprévisibilité des tarifs américains et à un climat économique de plus en plus instable, l’entreprise Multinautic de Saint-Sauveur reçoit une aide fédérale de 455 000 $ pour poursuivre sa croissance et protéger ses activités manufacturières.
Dans une usine de Saint-Sauveur où l’on fabrique des quais, des structures d’aluminium et des composantes expédiées partout au Canada et aux États-Unis, l’incertitude économique mondiale se fait désormais sentir jusque sur le plancher de production.
« Les règles du jeu changent le week-end », résume Louis G. Langelier, président et copropriétaire de Multi Online Distribution, l’entreprise derrière les marques Multinautic et Korto Structures.
Jeudi, le gouvernement fédéral a annoncé une contribution non remboursable de 455 000 $ à l’entreprise des Pays-d’en-Haut afin de l’aider à composer avec les nouveaux tarifs américains touchant l’aluminium et l’acier.
L’annonce a été faite par Carlos Leitão, député de Marc-Aurèle-Fortin et secrétaire parlementaire de la ministre de l’Industrie et ministre responsable de Développement économique Canada (DEC), Mélanie Joly, accompagné du député fédéral des Pays-d’en-Haut, Tim Watchorn.
Ce dernier a souligné l’importance de soutenir les rares entreprises manufacturières d’ici, qu’il considère essentielles à la diversification économique de la région.
« On est surtout connu pour le récréotourisme. Mais on a de belles industries comme Multinautic », a-t-il affirmé.
Une PME face à l’incertitude

Derrière l’annonce politique se cache surtout une réalité beaucoup plus concrète : celle d’une PME manufacturière québécoise qui doit continuellement s’adapter à un environnement commercial devenu imprévisible.
« Avant janvier 2025, une entreprise qui supportait sa propre marque de commerce aux États-Unis était reconnue comme un champion dans son secteur. Depuis 16 mois, ça devient une vulnérabilité », explique M. Langelier.
L’entreprise, fondée en 1996 et établie à Saint-Sauveur depuis 1999, emploie entre 20 et 25 travailleurs en période de pointe. Plus de 85 % de ses ventes sont réalisées à l’extérieur du Québec et environ 36 % de son chiffre d’affaires provient du marché américain.
Chaque semaine, des commandes quittent les Pays-d’en-Haut vers le Maine, l’Ontario, les Maritimes ou l’Ouest canadien. Les produits de l’entreprise — quais prêts à assembler, structures riveraines et accessoires modulaires — sont notamment vendus en ligne par Costco.
Des règles qui changent constamment
Depuis plusieurs mois, la réalité des exportations vers les États-Unis s’est complexifiée. « Un envoi sur deux, il y a une nouveauté », raconte le président de l’entreprise en évoquant les nouvelles exigences douanières, les formulaires de conformité et les changements fréquents dans les règles tarifaires américaines.
Dans certains cas, des cargaisons peuvent demeurer immobilisées plusieurs jours à la frontière pendant que les équipes tentent de comprendre les nouvelles règles.
« Ça amène une lourdeur administrative », admet-il.
Le contexte actuel oblige aussi l’entreprise à demeurer prudente dans ses décisions de croissance et d’embauche.
« Les deux ou trois employés de plus qu’on aimerait avoir pour piloter de nouvelles initiatives, c’est parfois nous qui devons absorber ce travail-là à l’interne », explique M. Langelier.
Miser sur l’agilité
Une pression qui se ressent également dans les équipes. « On doit être encore plus sur notre X », résume Mélanie Schwery, directrice des ventes, rencontrée sur place, qui évoque un besoin constant d’adaptation et d’agilité face aux changements rapides imposés par le climat économique actuel.
Un autre employé résume plus simplement l’état d’esprit dans l’usine : « On est toujours dans le jus. »
Malgré les inquiétudes, l’entreprise souhaite poursuivre sa croissance et moderniser ses installations grâce à l’aide fédérale annoncée jeudi.
L’investissement permettra notamment l’acquisition d’équipements automatisés, incluant des robots de soudure spécialisés pour l’aluminium, ainsi que l’amélioration de plusieurs procédés internes.
Pour Carlos Leitão, le contexte actuel force désormais les entreprises canadiennes à revoir leurs stratégies.
« Le voisin n’est pas fiable », a-t-il lancé en faisant référence aux États-Unis et à l’instabilité des politiques commerciales américaines.
Selon lui, les PME manufacturières canadiennes vivent actuellement une période particulièrement difficile marquée par l’imprévisibilité des tarifs, l’augmentation des coûts énergétiques et les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Malgré tout, chez Multinautic, on préfère parler d’adaptation plutôt que de crise. « Le mot, c’est l’agilité », résume Mme Schwery.