(Photo : Gracieuseté - L'Antr'Aidant)
Seuls 4,3 % des personnes proches aidantes ont eu recours à des services de répit au cours de la dernière année.

Plus de 150 000 proches aidants dans les Laurentides : près d’une personne sur deux se reconnaît comme telle

Par Jean-Simon Guay

Les nouvelles données de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) dressent un portrait préoccupant de la proche aidance. Près de 27 % de la population adulte québécoise agit comme personne proche aidante, mais moins d’une personne sur deux se reconnaît dans ce rôle. Une réalité qui résonne particulièrement dans les Laurentides, où L’Antr’Aidant observe une hausse marquée des demandes de soutien depuis trois ans.

Si l’on applique les données de l’ISQ à la population des Laurentides, ce sont environ 150 000 personnes qui accompagnent régulièrement un proche malade, en perte d’autonomie ou vivant avec un handicap.

Pour Julie Gravel, directrice générale de L’Antr’Aidant, ce chiffre est probablement encore sous-estimé. « Dans les Laurentides, on estime à plus de 150 000 le nombre de personnes proches aidantes, et pourtant, moins d’une sur deux se reconnaît comme telle. Notre premier travail, ce n’est pas d’offrir un service, c’est de nommer la réalité pour que les gens puissent enfin s’y reconnaître. »

Une demande qui explose

L’organisme constate que cette prise de conscience se reflète directement dans ses statistiques. Depuis 2023, le nombre de personnes accompagnées par L’Antr’Aidant a doublé. Les appels à sa ligne d’accueil ont augmenté de 118 %, tandis que les interventions psychosociales individuelles ont connu une hausse de 57 % au cours de la dernière année. « Ce ne sont pas des chiffres de croissance, c’est un besoin qui se révèle à mesure que les gens se reconnaissent enfin dans ce rôle », résume Julie Gravel.

Le répit, mais pas seulement

Les données de l’ISQ indiquent que seuls 4,3 % des personnes proches aidantes ont eu recours à des services de répit au cours de la dernière année.

Pour Julie Gravel, ce pourcentage mérite toutefois d’être interprété avec prudence. « On mesure les heures de répit, mais pas ce qui les rend possibles. Avant le répit, il y a l’analyse des besoins, le soutien psychosocial, la formation. C’est ça qui permet à une personne d’accepter de souffler sans culpabilité. Le répit ne se donne jamais isolément. »

Selon elle, les besoins diffèrent grandement selon que l’on accompagne un enfant vivant avec un handicap, un conjoint atteint d’un trouble neurocognitif ou encore un parent hébergé.

Un objectif de 15 millions d’heures de répit

Questionnée à la suite du dévoilement du nouveau Plan d’action gouvernemental pour les personnes proches aidantes 2026-2031, la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Sonia Bélanger, estime que la première étape consiste à mieux faire connaître les ressources disponibles. « C’est important que les personnes proches aidantes puissent se reconnaître comme telles et aller chercher les ressources dont elles ont besoin. Tous n’ont pas besoin de répit. Ça peut être du soutien psychosocial ou simplement de l’information. »

La ministre rappelle toutefois que le gouvernement souhaite également augmenter considérablement les services de répit. « Pour celles et ceux qui ont besoin de répit, on veut que ces services soient mieux connus et que les proches aidants puissent facilement trouver de l’aide. Nous visons être capables de fournir 15 millions d’heures de répit supplémentaires sur la durée du plan d’action. »

Une responsabilité collective

Pour L’Antr’Aidant, la proche aidance dépasse largement le cadre familial. « La proche aidance prend racine dans l’intime, mais ses effets se font sentir bien au-delà des proches et des familles. La reconnaître collectivement, c’est reconnaître sa portée commune et alléger le poids qui repose sur les individus, pour créer les conditions où les personnes proches aidantes vivent mieux, au bénéfice de toute la société », conclut Julie Gravel.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


The reCAPTCHA verification period has expired. Please reload the page.