(Photo : Marie-Catherine Goudreau)
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Arrivée de l’été : Les employés manquent encore à l’appel

Par Marie-Catherine Goudreau

Diminution des heures d’ouverture, service plus long, réservation plus d’une semaine à l’avance : la réalité a changé dans nos restaurants, notamment en raison de la pénurie de main-d’œuvre qui touche encore le secteur depuis plus de deux ans. Comment se passe la situation sur le terrain à l’arrivée de l’été ? Le Journal en a discuté avec certains acteurs.

Au restaurant Spago à Sainte-Adèle, on a pris la décision de ne pas ouvrir les midis. « Je ne veux pas brûler mes employés, alors on ouvre seulement les soirs. Les gens sont au rendez-vous, mais on est débordés », affirme le propriétaire, Louis Desjardins. Lui-même doit aller donner un coup de main dans les cuisines pour aider son équipe.

« Je ne veux pas retourner à la situation de l’an passé. Et je sens une pression aussi de la part des employés qui se demandent si ça va être comme l’été dernier », souligne-t-il. Selon le propriétaire, les employés ont tellement de choix qu’il faut se démarquer en tant que restaurateur pour les attirer.

Hugues Néron est propriétaire du Saint-Sau Pub Gourmand et de la Microbrasserie Shawbridge. La situation dans ses restaurants est tout autant difficile.

« On espère trouver du personnel pour l’été pour être en mesure de rouvrir nos établissements sept jours sur sept », souligne-t-il. Actuellement, ils doivent réduire leurs heures d’ouverture pour donner une pause à leurs employés et chaque restaurant est fermé une journée par semaine.

Le propriétaire a même procédé à l’embauche d’une directrice des ressources humaines en janvier dernier pour aider avec les employés. « Ça aide d’avoir une personne consacrée à ça », dit-il.

« On n’est pas du genre à s’inquiéter, on est convaincu qu’on va trouver des gens. On va peut-être devoir former des personnes avec moins de qualifications. Il faut s’adapter », souligne Hugues Néron.

« Pas de recettes miracles »

Pour Pierre Urquhart, président de la Chambre de Commerce et de Tourisme de la Vallée de Saint-Sauveur, la situation est la même partout au Québec, et les restaurateurs n’ont pas le choix d’être « imaginatifs ». « Il n’y a pas de recettes miracles. Les jeunes ne sont pas prêts à travailler sept jours par semaine et les restaurateurs doivent s’organiser en conséquence », souligne M. Urquhart.

Le président ne s’inquiète toutefois pas pour l’arrivée de l’été et de la saison touristique. « Ils vont s’organiser et trouver les solutions. C’est une nouvelle réalité et il faut s’adapter », soutient M. Urquhart.

Milieu touristique

À Sainte-Adèle la pénurie de main-d’œuvre affecte surtout milieu touristique. « Les gens ont déjà réservé leur hôtel pour l’été et tout est déjà « booké », mais il manque encore beaucoup d’employés », souligne Sonya Ethier, directrice générale de la Chambre de commerce et de tourisme de Sainte-Adèle.

Pour attirer les travailleurs de l’extérieur, certains hôtels offrent des chambres aux employés. « La pénurie de logements n’aide pas, car les employés ne trouvent pas d’endroits où habiter. C’est donc une solution pour éveiller la curiosité », croit Mme Ethier.

« On essaye de soutenir les entreprises dans leurs projets et de les mettre en contact avec différentes instances comme le Carrefour jeunesse-emploi, le ministère de l’Immigration ou Services Québec », poursuit la directrice.

Changer son modèle d’affaires

Dans le cas de la Brûlerie des Monts à Saint-Sauveur, la pandémie a amené le café à changer son modèle d’affaires, nous explique le propriétaire Howard Sauvé. Avant, les clients pouvaient s’asseoir et avoir un service aux tables. Le café comptait alors une trentaine d’employés. Avec la fermeture des restaurants, la Brûlerie a décidé de se concentrer sur la vente de son café en grain dans les points de vente extérieurs.

Alors que la salle comptait une centaine de places avant, le café accueille main-tenant seulement des clients au deuxième étage et ne fait plus de service aux tables. Ils ont réaménagé le rez-de-chaussée pour en faire un atelier de café.

« C’est certain que les clients habituels sont tristes que ce ne soit plus la même brûlerie, mais on leur explique la situation, toutes les conditions qu’on a dû passer à travers, et les gens comprennent », confie le propriétaire. « La terrasse sera ouverte pour l’été avec la même formule de prêt-à-manger et comptera une centaine de places », souligne M. Sauvé.

Fermeture probable

Pour le restaurant Mikes de Saint-Jérôme, la situation ne s’améliore pas depuis deux ans. Il se trouve toujours en pleine pénurie d’employés. Le propriétaire Normand Vezeau croit d’ailleurs que, dans les semaines qui suivent, l’établissement devra fermer ses portes à nouveau. « On n’arrive pas à trouver du monde. On met des annonces partout pour recruter des gens, mais il n’y a personne qui postule », explique le propriétaire.

M. Vezeau, déclare d’une voix empreinte d’inquiétude qu’il devra probablement fermer son restaurant et qu’il ne pourra le rouvrir que lorsque des gens vont appliquer. « On manque de serveuses, on manque de laveurs de vaisselle, on manque de cuisiniers », souligne-t-il.

Partager sa main-d’œuvre : une solution pour la pénurie

Plusieurs partenaires dans la région se sont rassemblés pour créer le projet Partage Emploi. Celui-ci vise à mettre en place le partage de main-d’œuvre entre les employeurs dans les secteurs à haute saisonnalité. Grâce à ce système, les entreprises exerçant des activités estivales peuvent, par exemple, se jumeler avec des entreprises ayant des activités hivernales.

Pour les entreprises, ce service leur permettra de réduire leurs démarches de recrutement pour des postes saisonniers souvent plus complexes à combler tandis que pour les travailleurs, ce sera l’occasion d’obtenir un revenu stable tout au long de l’année et d’élargir leurs compétences grâce à la formation offerte par les diverses entreprises.

Le démarrage de ce service de Partage emploi a été rendu possible grâce à la collaboration de la Corporation de développement de la MRC des Laurentides, de la MRC des Pays-d’en-Haut, des Chambres de commerce de Saint-Sauveur, Sainte-Adèle, Sainte-Agathe-des-Monts, de Labelle, ainsi que du Grand Mont-Tremblant, de Services Québec Laurentides ainsi de la Société d’aide au développement des collectivités des Laurentides.

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter leur site web : partageemploi.org

 

Pénurie de main-d’œuvre

Photo : Simon Cordeau

 

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