(Photo : Nordy)
Chaque fleur est minutieusement taillée à la main.
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Cultiver du cannabis à Sainte-Agathe

Par Simon Cordeau

De l’extérieur, le bâtiment est anonyme : il n’y a aucune affiche, aucun logo, ni aucun nom. Rien ne laisse deviner qu’à l’intérieur, des milliers de plants de cannabis sont cultivés. Mais dès qu’on entre dans le petit vestibule, une odeur subtile nous indique que nous sommes au bon endroit. Ça, et les mesures de sécurité. Visite dans les locaux d’Origine Nature, à Sainte-Agathe-des-Monts.

Origine Nature est fondé en 2017, peu de temps avant la légalisation du cannabis récréatif, en 2018. Mais l’entreprise ne commence à vendre ses produits qu’en octobre 2020. Il faut savoir que le processus pour obtenir les permis est long et bureaucratique, et les règles qui encadrent tous les aspects de l’entreprise, de la production au marketing, sont strictes. Très strictes.

« Souvent les gens pensent : on va faire pousser du cannabis et faire plein d’argent. Mais ce n’est pas comme ça. On est une nouvelle industrie. Il y a plein d’imprévus et de choses qu’on ne connaît pas. L’industrie change beaucoup. Ce qui était du cannabis de qualité il y a 2 ans, ce n’est plus la même chose aujourd’hui. […] C’est ce qui rend l’industrie aussi stimulante : c’est son évolution continuelle et rapide », explique David Bow, PDG et fondateur d’Origine Nature.

La jeune entreprise engage déjà 62 employés, la plupart à temps plein, et elle continue de grandir. « On a 25 000 pieds carrés, dont 14 000 pieds carrés de production. Avec la phase 2 que nous sommes en train de construire, ça double notre superficie », continue David.

Pourquoi s’installer ici, dans les Laurentides? « Quand j’ai démarré le projet, j’ai parlé avec 35 villes au Québec. Sainte-Agathe était la plus accommodante et la plus accueillante », explique le PDG.

Alexandre Gauthier est maître cultivateur d’Origine Nature. Crédit : Nordy

Éduquer, mais jamais promouvoir

Dès notre arrivée, nous signons un avis de confidentialité. Ce n’est pas que l’entreprise a des choses à cacher. (Bon, il y a bien quelques secrets qu’elle souhaite protéger dans une industrie naissante et compétitive.) C’est plutôt que toute promotion, directe ou indirecte, de l’usage du cannabis est absolument proscrite par la loi québécoise.

Si l’entreprise déroge aux règles, même une seule fois, la SQDC peut décider de suspendre ses commandes pour quelques mois, voire indéfiniment. Et comme la SQDC est l’unique client de l’entreprise au Québec, on ne prend aucune chance. (NDLR : Exceptionnellement, cet article a dû être approuvé par Origine Nature avant publication.)

Mais tout cela ne dérange pas Dominique Laverdure, la directrice marketing. Selon elle, c’est un compromis acceptable. « On ne veut pas inciter à la consommation, mais plutôt éduquer. » Pour rassurer les craintes autour de la légalisation, les gouvernements ont préféré être plus stricts dès le départ, explique-t-elle, et c’est maintenant à l’industrie de faire ses preuves.

« Au-delà de faire pousser du cannabis, on crée une super belle entreprise, qui crée des bons emplois et qui a des retombées économiques importantes dans la communauté aussi. On aime participer à des projets de recherche et développement, avec Synergie Économique Laurentides par exemple, pour voir comment on peut créer des économies circulaires autour de cette nouvelle industrie-là. On veut penser en amont et faire valoir que notre industrie peut être très porteuse pour le Québec », souligne Dominique.

« On ne laisse rien au hasard »

La cultivation du cannabis, elle, est supervisée encore plus étroitement. Avant d’entrer dans l’aire de production, chaque employé doit changer ses vêtements et ses souliers, et porter des filets pour les cheveux et la barbe, ainsi qu’un masque. Toutes les précautions sont prises pour éviter qu’un pathogène, des insectes nuisibles, voire du pollen étranger puissent contaminer les plantes.

Si les récoltes sont endommagées, les pertes peuvent se chiffrer en centaines de milliers de dollars, explique Alexandre Gauthier, le maître cultivateur. « Tout ce qu’on cultive ici sera consommé ou fumé. Notre responsabilité, c’est de nous assurer que le produit est propre et sécuritaire. C’est pourquoi tous les produits sont testés en laboratoire, selon les normes de Santé Canada, pour les pesticides, les métaux lourds, les moisissures et le compte microbien », ajoute-il.

Après le vestiaire, Alexandre nous guide dans un grand couloir d’un blanc immaculé. De chaque côté, des portes mènent aux différentes salles de cultivation. Avant d’entrer dans une pièce, il faut taper notre carte magnétique. À chaque fois, des odeurs intenses et différentes nous accueillent.

À la main

Tout commence avec les plantes mères. Chacune a un phénotype unique qu’on veut produire à grande échelle. Le phénotype, c’est l’ensemble des traits observables d’un organisme, ou comment son profil génétique s’exprime.

On prend des boutures de la plante mère qu’on replante et qu’on fait grandir. Ce sont des clones, puisqu’ils ont tous le même profil génétique. De cette manière, on peut standardiser la production : les plantes grandiront de la même façon, et les fleurs produites seront identiques.

Les boutures prennent 14 à 16 jours à s’enraciner, puis un autre 10 à 15 jours dans des cubes de laine de roche pour s’acclimater au système hydroponique. Ensuite, les plantes passent à la salle de croissance, où les lumières sont allumées 18 heures par jour, pour leur faire croire que c’est l’été. Après un autre 10 à 14 jours, c’est enfin le moment des fleurs.

Pour ce faire, l’éclairage passe à 12 heures par jour. Pour les plantes, c’est le signe que l’hiver et le temps de se reproduire arrivent. Elles se mettent donc à produire des fleurs riches en THC, la molécule qui crée le buzz propre au cannabis.

« Les plantes vont rester en floraison à peu près 50 à 70 jours, selon la génétique. Tout le long, on va adapter la luminosité, le climat, la température, pour générer des stress, favoriser la croissance ou le développement des fleurs. […] Il y a au-dessus de 20 paramètres critiques qui doivent être surveillés en tout temps », détaille le maître cultivateur. Dans une salle de floraison, il y a environ 150 points de collection pour suivre et gérer ces paramètres en temps réel. « On ne laisse rien au hasard, et on contrôle vraiment tout », répète Alexandre.

Lorsque les fleurs sont arrivées à maturité, on passe à la récolte. C’est une étape délicate. Tout est fait à la main, pour ne pas endommager les trichomes : les petits poils fragiles au bout de la fleur qui sont riches en THC. Puis on les fait sécher de 10 à 14 jours.

« Les terpènes sont tellement volatiles et sensibles à la température qu’on fait très attention pour les conserver. Il s’agit des molécules d’odeurs et de saveurs. Elles sont présentes dans les fruits et les légumes : c’est ce qui leur donne leur goût. Selon moi, les terpènes sont le
plus gros facteur dans l’expérience de consommation du cannabis. Ce n’est pas le taux de THC »
, précise le maître cultivateur.

Ensuite, chaque fleur est taillée, à la main, pour enlever les feuilles. Enfin, on emballe puis on expédie à la SQDC. C’est d’ailleurs la seule façon dont le cannabis peut sortir de l’entreprise. « Moi-même, si je veux goûter mon propre cannabis, je dois aller l’acheter à la SQDC », explique Alexandre en terminant la visite.

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