Sonia Bélanger : d’infirmière à ministre de la Santé
Par France Poirier
Malgré un agenda très chargé, la ministre de la Santé Sonia Bélanger tenait à nous accorder cette entrevue en marge de la Journée internationale des droits des femmes. « Je voulais prendre le temps pour inspirer des jeunes femmes », confie Sonia Bélanger.
Un grand défi assumé
Dès l’adolescence, Sonia Bélanger savait qu’elle étudierait en soins infirmiers. Petit à petit, elle a gravi tous les échelons pour devenir PDG du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, poste qu’elle a occupé de 2015 à 2022.
« Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal est le plus grand avec 22 000 employés, un budget à l’époque de 1,5 milliard de dollars. J’étais située dans les quartiers centraux de Montréal avec tout le volet social. Ce n’étaient pas seulement les hôpitaux, les CHSLD, mais aussi tout le volet de l’itinérance, les personnes qui consomment différentes substances, la violence. La réalité sociale était au cœur de ça et j’adorais ce que je faisais », ajoute Sonia Bélanger
Après sept ans, elle se voyait faire autre chose avant de prendre sa retraite, sans trop savoir quoi exactement. Une rencontre avec François Legault l’a convaincue de faire le saut en politique lors de l’élection de 2022.
« Je suis contente de cette décision, je n’ai pas regretté d’avoir fait ce choix et d’ailleurs, je serai candidate aux prochaines élections », ajoute-t-elle.
Lorsqu’elle a commencé sa carrière comme infirmière dans un métier traditionnellement féminin dans les années 80, il y avait peu d’emploi dans le domaine contrairement à aujourd’hui. Puis elle décroche un poste de nuit à l’Hôtel-Dieu de Montréal. « J’ai commencé directement sur le terrain des unités de soins. Rapidement, j’ai décidé d’aller faire un baccalauréat en sciences infirmières en continuant à travailler à temps plein. Et j’ai commencé à graduellement monter les échelons grâce à différentes formations. »
À 28 ans, elle obtient son premier poste de gestion comme infirmière en chef. Elle dirige une cinquantaine de personnes, infirmières et préposés. Elle était la plus jeune de son équipe.
« Je pense que j’avais ça en moi, et mon leadership s’est développé au fur et à mesure en obtenant des postes avec de plus grandes responsabilités. » Elle rappelle que dans les années 80-90, c’était quand même très hiérarchisé. Quand on regardait les équipes de direction, il n’y avait pas de femmes qui étaient directrice générale de centre hospitalier.
Une carrière dans des environnements masculins
Malgré le fait qu’il y avait une majorité, d’infirmières qui étaient des femmes, très peu obtenaient un poste cadre, c’était plutôt les collègues masculins qui les obtenaient.
« J’ai connu l’époque où une femme n’avait pas le droit à l’erreur. Une femme devait avoir un beau c.v. avec beaucoup de réalisations et peu d’erreurs pour accéder à un poste de direction. Je suis fière d’avoir fait ma carrière dans le système de santé, mais pour devenir gestionnaire, quand on est une femme dans une organisation quelconque, il faut avoir une certaine dose de courage, du leadership, de la compétence, mais il faut être capable de prendre sa place », croit-elle.
La phrase qu’elle aime beaucoup et qui la décrit bien selon elle : Être douce avec les personnes, mais ferme sur les résultats. « Oui je suis douce, mais j’ai du caractère. Pour moi, s’occuper des personnes, c’est la part la plus importante en gestion parce que si on ne s’occupe pas bien des gens, ils ne seront pas en mesure de faire leur travail de façon optimale », pense-t-elle.
Femme de carrière et maman
Mère de deux garçons, elle se dit fière parce qu’ils sont beaucoup dans le respect des femmes. « Honnêtement, je suis contente de ça parce que je les entends réagir sur des situations concernant les femmes comme je souhaiterais que tous les hommes réagissent », confie Sonia Bélanger.
Quand on choisit une carrière, il faut donner le temps à celle-ci. Et comme maman, elle a toujours essayé d’équilibrer les deux rôles. « Je ne pouvais pas être bénévole à l’école ou faire des gâteaux un mardi soir, mais je ne manquais pas leur anniversaire. J’étais toujours là la première journée de l’école pour aller les reconduire ainsi que la dernière journée. Je choisissais des moments importants dont ils se souviendront. Je me disais que j’étais en train de passer à côté de quelque chose, mais pour moi le travail c’était tellement important. Je suis à l’aise de le dire parce que pour moi le travail c’était comme un point d’ancrage dans ma vie. Les enfants étaient importants. Mon travail, l’était tout autant différemment. Alors, c’est difficile, quelquefois, les gens vont dire faites un choix, c’est sûr que les enfants, c’est notre priorité et je vous dirais qu’il y a certains moments donnés dans ma vie, ma priorité, c’était le travail, les enfants, puis en troisième le conjoint », confie la ministre avec franchise.
Ministre depuis peu
On sait que madame Bélanger a accepté le poste de ministre de la Santé à la suite du départ de Christian Dubé en décembre dernier et que des élections générales auront lieu en octobre prochain.
Quand on lui demande si elle craint de manquer de temps pour réaliser ce qu’elle veut réaliser ? « Honnêtement, c’est clair que j’aurais aimé avoir plus de temps. Je sais exactement ce qu’il faut faire. Je suis à la bonne place. Je me sens sur mon X. Il y avait une entente quand je suis arrivée avec la FMOQ. Mon objectif c’est de m’assurer que ce qu’il y a dans cette entente, on puisse le livrer. Je vais sortir la politique sur la première ligne donc toute l’organisation de la première ligne, première politique nationale, je devrais faire ça dans les prochaines semaines. Je m’en viens avec un autre projet de loi. Alors je suis en voie d’accélération. Je vais faire le maximum d’ici la fin de mon mandat. »