Nuit des sans-abri : voir les humains derrière la crise
Par Jean-Simon Guay
Un bon repas, de l’intimité, un peu d’acceptation. Les réponses de personnes en situation d’itinérance, suspendues à une corde à linge, rappelaient des besoins fondamentaux lors de la Nuit des sans-abri des Pays-d’en-Haut, le 16 octobre, au Café communautaire l’Entre-Gens, à Sainte-Adèle.
Citoyens, organismes communautaires et élus se sont retrouvés pour cette soirée de sensibilisation consacrée aux réalités des personnes qui vivent sans logement stable.
Dans un retour publié sur Instagram, Éliane Gagnon rapporte certaines des réponses présentées sur la corde à linge. À la question « Qu’aimeriez-vous que les gens comprennent de votre parcours ? », une personne répondait : « Qu’on n’est pas tous à la rue à cause de la consommation. » À celle demandant ce que la communauté pourrait faire différemment, la réponse tenait en deux mots : « Nous accepter. »
Mme Gagnon souligne également les témoignages d’Océane et de Mélanie sur ce que la Station Soberlab, une maison d’accueil, a changé dans leur vie.
Une solidarité qui marque
Présente à la soirée, la préfète de la MRC des Pays-d’en-Haut, Catherine Hamé, retient avant tout la mobilisation des organismes.
« C’est la solidarité du milieu communautaire qui était présent là. […] C’était magnifique », témoigne-t-elle.
Elle décrit un événement émouvant, à l’image des besoins qu’elle observe sur le territoire. Pour elle, la réponse à l’itinérance commence par la reconnaissance des personnes qui la vivent.
« Il faut s’assurer de voir les humains qui vivent ça. »
La préfète évoque des parcours marqués notamment par des problèmes de santé mentale, un deuil ou d’autres épreuves pouvant contribuer à la précarité résidentielle. Elle rappelle aussi que les personnes concernées ont des liens avec leur communauté, qu’il importe de préserver.
Des attentes envers le nouveau gouvernement
Catherine Hamé a également salué la présence du nouveau député péquiste de Bertrand, Alexandre Girard-Duchaine, qui a pris la parole durant la soirée. Selon elle, la lutte contre l’itinérance constitue une priorité du nouveau gouvernement, un engagement que le député avait aussi exprimé pendant la campagne électorale.
Leurs échanges n’ont toutefois pas porté sur des mesures précises, indique la préfète. Elle espère maintenant voir des propositions se traduire rapidement en résultats et entend faire connaître les besoins du territoire.
« Moi, c’est sûr que je vais être au rendez-vous pour les soutenir », affirme-t-elle.
Parmi les besoins qu’elle souhaite soulever figure le soutien financier aux municipalités qui accueillent une ressource en itinérance. Selon elle, son implantation doit s’accompagner de moyens pour soutenir notamment les communications, la formation des employés et le travail de rue.
Sainte-Adèle réclame 100 000 $ à la MRC
La question du partage des responsabilités prend une dimension concrète à Sainte-Adèle. Le conseil municipal a adopté, le 19 octobre, une résolution demandant à la MRC des Pays-d’en-Haut de rembourser 100 000 $ à la Ville pour des frais indirects liés à la présence d’une ressource en itinérance sur son territoire.
La mairesse Nadine Brière soutient que Sainte-Adèle assume actuellement seule ces coûts, alors que l’itinérance constitue, selon elle, un enjeu régional.
« La cohabitation n’est pas facile, on en a parlé souvent, mais elle a aussi un coût », avait-elle indiqué à <@Ri>Accès<@$p> avant la séance.
Elle estime que la réponse doit dépasser les limites de Sainte-Adèle. « Pour régler l’itinérance, on doit travailler à tisser un filet de sécurité suffisant et Sainte-Adèle ne peut pas y arriver seule. »
Agir ensemble
Au-delà de la sensibilisation, Catherine Hamé souhaite une meilleure coordination entre les gouvernements. Dans son intervention devant les participants, elle a insisté sur la responsabilité de chaque palier pour lever les obstacles qui relèvent de ses pouvoirs.
« Si chacun tire la couverte de son bord, on va juste serrer le nœud plus fort », résume-t-elle en entrevue.
Selon elle, les solutions doivent comprendre à la fois du logement et de l’accompagnement, notamment en santé mentale et en dépendance.
À l’approche de l’hiver, les échanges de vendredi ont ainsi ramené la discussion à sa dimension humaine : pouvoir manger, se protéger du froid et trouver sa place dans la communauté.