pub de recyclage
|

Al Capone n’a jamais rencontré Eliot Ness

Par Production Accès

La vérité sur le curé Labelle

Pour éviter toute effusion de sang et protéger la vie d’un récent chroniqueur invité, nous tairons son nom, son lieu de résidence, et sa profession de cinéaste…

Permettez que je réécrive ici le scénario qu’il nous a proposé avec pour rôle principal «ce gros imbécile de curé Labelle».

Le devoir de mémoire me conduit à me porter à la défense du curé Antoine Labelle accusé «d’avoir encouragé les québécois à s‘acharner à développer l’agriculture sur des terres de roches».

Le roi du Nord, cela inclut Sainte-Anne-des-Lacs… avait un projet, une vision «des Laurentides dont il rêvait». Pour endiguer l’exode effarant des canadiens français vers la Nouvelle-Angleterre fuyant le chômage indicible et le monopole des anglophones loyalistes et des spéculateurs sur les dernières belles terres dans les Cantons-de-l’Est; pour ce faire il fallait coloniser les Laurentides et c’est le chemin de fer qui le permettrait, selon le modèle américain, il en avait dessiné le tracé: de Montréal à Saint-Jérôme puis s’enfonçant dans les terres jusqu’au Témiscamingue, il rejoindrait l’Ouest francophone avec un embranchement jusqu’au Lac-Saint-Jean, Gatineau, la Baie James. Le projet était audacieux, onéreux, contesté par tous les contestataires de métier, mais Antoine Labelle était un opiniâtre et un charismatique, il arpenta les Laurentides à pied, à cheval, en canot, en carriole, près de quarante-cinq voyages où il repéra les terres fertiles, la proximité de l’eau, toujours dans le dessein du passage de son chemin de fer. Il en parla abondamment, éloquemment, l’homme fascine ses interlocuteurs, mais il se butte à son obstacle majeur, le mur du confort et de l’indifférence… des politiciens; mais voilà qu’en 1872, il a un coup de génie, publiciste avant la lettre, maître en communications, voilà que du haut de sa chaire il sensibilise ses paroissiens aux malheurs des pauvres de Montréal qui meurent de froid devant cet hiver particulièrement rigoureux, car ils n’ont pas de bois de chauffage. Aussitôt dit, aussitôt fait, on organise sous sa direction, près de quatre-vingts chariots, des milliers de cordes de bois, tirés par des centaines de chevaux, qui se dirigent vers Montréal dans un déferlement magnifique au secours des pauvres, l’impact est énorme, le politique cède,Antoine Labelle entre dans la légende. Ce renard de trois cent trente-trois livres jubile, le chemin de fer naîtra quelques années plus tard, non sans qu’il n’ait eu l’ingéniosité de déjouer trois sessions parlementaires qui l’empêchaient de mettre sur pied sa loterie nationale, ancêtre de la loterie volontaire du maire Jean Drapeau… et de réaliser la première souveraineté association, avec l’homme d’affaires sir Hugh Allan…

Avec le chemin de fer, naît l’espoir pour les déshérités, les pauvres, les gens de faillites et les jeunes, la réalité sera rude, impitoyable, mais jamais ils ne se sentiront abandonnés, Antoine Labelle est omniprésent, il encourage, distribue biens, argent, nourriture, outils, il prône non pas une culture de survivance, mais une vison moderne, une agriculture commerciale: ensilage, engrais, mise en valeur, exportation de beurre en Europe.

Ce diable… de curé Labelle va jusqu’à recruter Arthur Buies dont il fait son propagandiste et son secrétaire, alors qu’il est un anticlérical, mais voilà l’ennemi de retour, les compagnies forestières anglophones s’inquiétant du succès de la colonisation et fournissant de 20 à 30 pour cent des caisses électorales s’ingénient à abattre Labelle avant qu’il ne les abatte. Il est seul.

Mais vient à sa rescousse le premier ministre Honoré Mercier, qui le fait sous-ministre de la colonisation et rien de moins que le pape Léon XIII qui l’éloigne des griffes de son évêque, pas mal pour un curé de campagne… Antoine Labelle n’est pas seulement l’homme de la colonisation, il a des visées urbaines et industrielles; promptement se dirige-t-il à Montréal lorsqu’il a vent que le libraire Jean-Baptiste Rolland veut fonder une industrie pour fabriquer son papier, Antoine Labelle le convainc que les pouvoirs d’eau, les chemins qu’il a fait construire, son chemin de fer et la cession de terrains à prix nominal ainsi qu’une exemption de taxes, favoriseront le succès de son industrie papetière, tel sera le cas, et la première année une cinquantaine d’emplois seront créés.

Antoine Labelle de par son initiative et sa persévérance, à réussi l’implantation de son chemin de fer et les terres agricoles y seront exploitées avec succès pendant plusieurs années, malgré qu’elles deviendront beaucoup plus tard improductives, il est vrai. Antoine labelle aurait dit sur son lit de mort, que les Laurentides deviendraient un jour «la Suisse de l’Amérique», cette autre vision se réalisera alors que son train amènera skieurs de fond puis skieurs alpins avec à leur suite, le tourisme que nous connaissons. De nos jours la piste linéaire du P’tit train du Nord, témoigne du passage du train, si vous êtes attentifs parfois en bordure y verrez-vous quelques «dormants». Alors pourquoi ce Al Capone et ce Eliot Ness? Parce que contrairement à ce que la télévision et le cinéma ont inventé et imagé, Eliot Ness ne fut jamais un incorruptible, pas plus qu’il ne fut policier à Chicago, et qu’il mourut, ironiquement, d’alcoolisme.

La principale richesse naturelle du Québec étant les Québécois, il est impératif de défendre ceux qui furent des bâtisseurs, Antoine Labelle, un géant, au propre comme au figuré.

NOUVELLES SUGGÉRÉES

0 Comments

Submit a Comment

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.

Ce site est protégé par reCAPTCHA et les politiques de confidentialité et conditions de service de Google s'appliquent.