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CANNES 2009 – HORREUR ET CHARME – SUSPENSE

Par jacqueline-brodie

Bon sang, mauvais sang … Que de sang dans cette 62e édition !

Mares de sang dans KINATAY, du Philippin Brillante Mendoza qui nous avait infligé l’an dernier Serbis. Ici, horreur totale. D’autant plus que l’histoire est basée sur un fait réel. Un étudiant en criminologie, pour un peu d’argent de poche, accepte d’aider un copain dans «une expédition». Embarquement pour l’enfer en compagnie d’une bande de tueurs. L’expédition: enlèvement d’une prostituée qui ne se passe pas de sa drogue. Avec jubilation, la bande la torturera et la découpera en morceaux. Notre jeune étudiant bien que perturbé – on le serait à moins! – restera passif. Crime et corruption sont les ficelles de ce thriller cauchemardesque. Infinitésimal espoir d’une place pour lui au palmarès.

DANS LA COUR DES GRANDS

Lassés de ce flot sans bon sens, c’est avec ravissement que les festivaliers reçurent BRIGHT STAR. Ravissante, la dernière création de Jane Campion l’est littéralement et atteint la perfection visuelle dans sa reconstitution d’époque, Londres au début du 19e siècle. Nous sommes en plein romantisme et chaque détail de cette brève et passionnée histoire d’amour entre le jeune poète John Keats et sa voisine Fanny Brawne est exquis. Aussi délicieuse et pathétique qu’elle soit, l’œuvre pâtit d’un manque de tension dramatique et de ce feu qui valut à Jane Campion la suprême récompense pour La Leçon de piano en 1993. BRIGHT STAR figure en bonne place dans la courte liste des palmables.

Pas de romantisme avec UN PROPHÈTE du Français Jacques Audiard (Sur mes lèvres; Prix du meilleur scénario en 1996 pour Un héros très discret). Plongée dans les bas-fonds de l’humain avec un jeune Arabe condamné à 6 ans de prison. Fragile, isolé, Il ne sait ni lire ni écrire. Il apprendra tout et vite. Brillamment dirigé et interprété, ce film nous renvoie une impitoyable image de notre société. Dans l’univers clos du milieu carcéral, la domination s’obtient par la force.. Ici on cogne, on saigne l’adversaire, le récalcitrant. Autopsie de mécanismes du pouvoir, jeux des alliances, trahisons, corruption, rivalités de clan, racisme, comment ne pas reconnaître le monde qui est le nôtre dans cette métaphore. Subtil, intense, avec Tahar Rahim, une révélation qui débute au cinéma dans le rôle titre, un PROPHÈTE a toutes les chances d’être parmi les élus du palmarès.

Autre réussite, FISH TANK, de la Britannique Andrea Arnold (Prix du Jury en 2006 pour Red Road). Autre révélation aussi, la jeune Katie Jarvis, découverte dans une gare, se chamaillant avec son petit ami. Véritable miracle que cette inconnue totalement novice joue avec une telle justesse, une telle intensité le rôle de l’adolescente rebelle, trouvant refuge dans le hip hop. Portrait dense, rigoureux et empreint de tendresse d’un milieu urbain défavorisé, d’un foyer où une mère monoparentale vit sa vie entre alcool, drogue et amants de passage, FISH TANK suit le parcours qui mènera la fillette de l’enfance à l’âge adulte. Révolte, amour, fureur, désespoir, espoir, c’est seule qu’elle fera son dur apprentissage de la vie. L’un des favoris de la critique.

Applaudissements soutenus dès la projection de presse matinale (8h30!) L’attachante comédie de Ken Loach LOOKING FOR ERIC a séduit la horde festivalière. À partir d’un thème banal, un postier vieillissant en pleine déprime et en perte d’autorité chez lui – son fils apprenti délinquant fait le recéleur dans la maison familiale – le réalisateur, Palme d’Or 2006 pour Le vent se lève, a concocté un bijou d’humanisme et un modèle de comédie. Fidèle aux préoccupations sociales, nerf de toute son œuvre, Ken Loach nous entraîne, sur le mode football, dans une partie effrénée. Ayant pris pour guru la vedette du ballon Eric Cantonna dont le portrait grandeur nature orne sa chambre, notre héros compte sur son idole pour l’aider à reprendre sa vie en main. Il suffisait d’y croire. Et c’est si brillamment mené que nous y avons tous cru. Au Jury de jouer maintenant.

Par lui vint le choc. C’était prévu. Lars Von Trier et son ANTICHRIST ont secoué le Festival, semant la controverse. Beaucoup sifflé, peu applaudi, le Danois, Palme d’Or 2000 pour Dancer In the Dark s’en rit, allant jusqu’à assurer pince-sans-rire, qu’il est le meilleur cinéaste vivant au monde. Dans une mise en scène remarquable, le diable d’homme exorcise ses démons. Produit de ses deux dernières années de dépression, le film met en scène un couple en deuil de leur petit enfant.. À l’image du bébé se juxtapose en gros plan un pénis copulant. Fécondation, naissance et mort. Duel des géniteurs. Une Charlotte Gainsbourg stupéfiante dans le rôle de l’épouse possédée d’un délire exterminateur castre son époux, se mutile le sexe. Le couple, deux bêtes sauvages qui s’entre-torture. C’est le spectacle que nous offre son horrifique et fascinant ANTICHRIST. Qu’en fera le Jury ?

Fidèle à lui-même, à ses thèmes et à ses interprètes, Pedro Almodovar nous a servi avec ÉTREINTES BRISÉES un de ses mélodrames sublimés dont il a le secret. Comme toujours. Alchimiste habile, le réalisateur espagnol (Prix de la mise en scène en1999 pour Tout sur ma mère; Prix du scénario pour Volver en 2006) réussit à nous charmer à défaut de nous conquérir. Malgré Pénélope Cruz, sa beauté et son talent, il est peu probable que cette histoire d’un scénariste- réalisateur devenu aveugle et du drame qui entoure les circonstances de l’accident convainque le jury.
À 86 ans, absent du Festival depuis 19 ans, Alain Renais a enchanté les festivaliers de la vieille garde avec **LES HERBES FOLLES**. Parcourant avec un art suprême la gamme de l’amour et de l’absurde, ce virtuose tisse une arachnéenne dentelle au centre de laquelle s’agitent ses personnages. Une dentiste , un rêveur, un porte-monnaie volé et retrouvé et nous entrons dans les jeux de l’amour et du hasard. Délice des dialogues doux-amers, ironiques, drôles. S’enchaînent les malentendus, s’effeuillent les illusions et passe la vie. Haute voltige. Marivaux et Ionesco s’y reconnaîtraient. Madame la Présidente succombera-t-elle ?
Électrisant la Croisette, la tornade Tarentino s’est abattue sur le Festival. Avec lui pas de scandale, mais de l’humour au triple galop. C’est avec **INGLORIOUS BASTERDS**, une fable enhaurme, que l’Américain, cinéaste culte d’une génération (Palme d’Or 1994 pour Pulp Fiction) nous est arrivé en compagnie de Brad Pitt . Le thème central du film: vengeance. Dialogues brillants, truffés de références cinéma, rythme percutant, hémoglobine oblige et sus à l’ennemi. Épique retour à la seconde guerre mondiale! C’est à l’extermination – scalp compris – de tous les nazis de France que l’armée particulière de Quentin Tarentino s’est vouée. Fantaisie et rire garantis. Pour les lauriers c’est à voir…
À l’enseigne de la Quinzaine, le cinéma québécois se porte à merveille. **POLYTECHNIQUE** de Denis Villeneuve, très bien accueilli lors de sa présentation, a reçu d’excellentes critiques. Quant à notre prodige Xavier Dolan – 20 ans, un premier film, **J’AI TUÉ MA MÈRE**, sélectionné à Cannes – c’est bien d’un triomphe dont il s’agit. Ovationné pendant 10 minutes à première, il a conquis festivaliers et critiques D’une maîtrise étonnante, avec des dialogues percutants et une interprétation solide, ce duel mère-fils est en lice pour la Caméra d’Or, récompense attribuée au meilleur premier long métrage invité, toutes sections confondues.
****Plus que quelques jours. Suspense! Pronostic d’**Accès**: UN PROPHÈTE**.

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