(Photo : Courtoisie)
Kim Thúy sera à l’UQO, campus de Saint-Jérôme pour présenter sa conférence.
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En discussion avec Kim Thúy

Par France Poirier

Auteure, animatrice, conférencière, Kim Thúy porte en elle un parcours inspirant. Dans le cadre de ses conférences offertes au grand public et à sa communauté universitaire, l‘UQO la reçoit le 7 novembre à 19 h à la cafétéria.

Elle raconte son cheminement, de son enfance au Vietnam à son arrivée avec sa famille « boat people ». Son lâcher-prise lui a permis de passer à travers les différents moments difficiles de sa vie. Elle veut aussi parler du travail invisible dans les universités qui permet d’éduquer. Elle pense qu’il n’y a rien de plus précieux que l’éducation. « Si on n’a plus accès à l’éducation, je crois que la société se meurt. Ça permet de devenir des humains plus empathiques, plus ouverts. »  

Qu’est-ce qu’on peut apprendre de vous ?

Je ne sais pas si on peut apprendre quelque chose de moi. Je veux partager mon point de vue, ma vision de la vie en général. Dans la culture occidentale, on souligne plus le côté visible des choses et on oublie l’importance du côté invisible. Alors qu’en Asie, on valorise la force de l’invisible et la beauté de l’invisibilité. Je vais partager ce que je connais.

Quel mot vous définit ?

Je dirais discipline, pour la beauté. Pour la beauté des choses de la vie. Il faut une discipline pour voir le beau plutôt que le laid et l’horreur. On a souvent tendance à regarder le moins beau. La beauté est ce qui nous sauvera des épreuves et des défis.

Ce qui vous fait plaisir ?

Me réveiller et voir l’eau couler dans le robinet, je suis dans la félicité. J’ai connu ce que c’est de manquer d’eau dans les camps de réfugiés. Aujourd’hui, même quand je n’ai pas le goût de me lever, il suffit d’ouvrir le robinet et je n’en reviens pas d’avoir cette eau qui arrive jusqu’à nous. Et ce matin (lundi), voir la neige tomber sur les fleurs dans le jardin de ma mère et voir ces petites tiges de roses qui résistent, ça me fascine.

Ce qui vous choque ?

Notre nature humaine, notre condition humaine. On ne changera pas. On sera toujours extrêmement bons et extrêmement mauvais. On doit se battre tous les jours pour donner de la place aux deux côtés. J’ai vu le film sur l’abbé Pierre et à la fin de sa vie l’homme disait : “ J’ai échoué, je n’ai pas réussi à changer le monde.” Son frère lui dit : “ Tu as réussi une chose. Tu as réussi à aimer malgré nos failles.” C’est la seule exigence qu’on devrait se donner : de continuer à aimer malgré notre nature.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Tout. Les gens qui se battent envers et contre tout pour réussir. Je suis fascinée par tout ce qui nous entoure. Un arbre devant chez nous a la moitié de ses feuilles qui sont devenues jaunes et l’autre moitié sont restées vertes. Je me demande comment ça se peut. Je regarde les choses autour de moi et je me questionne sur comment c’est fait et ça m’inspire. Il ne m’en faut pas beaucoup pour être heureuse à cause de mon passé. Je suis fière de ça. 


Conférence Kim Thúy 

Pour participer à la conférence, vous devez vous inscrire sur le site de l’UQO.

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1 Comment

  1. Denis Beaulé

    Vraiment fameux que madame Thúy nous rappelle ici, comme en les Karamazov, que sera-ce la beauté qui nous sauvera. Après quoi, ajoute-t-elle l’amour, qui devrait être la seule exigence qu’s’assigne-t-on.
    Amour, beauté, y aurait-il plus hautes valeurs pour notre humanité terrestre ?

    Je n’ai jamais oublié sa lecture d’événements on ne peut plus tragiques et cruels, tels ceux illustrés, l’un par la photo de la petite fille nue pendant la guerre du Vietnam; puis l’autre, par celle du petit Alan Kurdi, l’enfant réfugié syrien retrouvé mort sur une plage turque.
    https://l-express.ca/kim-thuy-conjugue-beaute-avec-cruaute/
    Lectures en lesquelles, elle, y perçoit-elle toujours ce par quoi de tels documents viendraient tellement nous « chercher » : leur beauté, d’abord – (aux abords de cruauté).

    J’ignore si, un jour, pourra-t-on trouver de la… beauté en ces images, toutes plus macabres et insupportables les unes que les autres, provenant en ce moment de Gaza. En tout cas, pour l’instant, c’est surtout leur horreur qu’évoquent-elles et, corollairement, celle… d’humains provoquant tout cela. Le mal, le laid, l’extrême méchanceté, s’avèrent-ils, vraiment, inévitables, forcément récurrents; ou un bon jour, pourrait-on en être… las et cesser… ?…

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