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La chambre 369

Par Production Accès

À l’automne 1913, paraît à Montréal un nouveau quotidien indépendant… mais plus près des conservateurs que des libéraux alors au pouvoir depuis seize ans.

Le Montreal Daily mail news dont le Président directeur général est E. Nichols (ne pas confondre avec vous savez qui…) tandis que le rédacteur en chef est un monsieur Brenton A. MacNab.

Quoi de plus intéressant pour lancer un nouveau quotidien, qu’un scandale, une affaire de pots-de-vin et de corruption politique?

Et si le journal tendait un piège, pour faire la démonstration aux lecteurs, tout en s’assurant l’exclusivité de la primeur, de la vénalité de ses élus politiques? La mise en scène de ce piège à politiciens coïncidait avec une vague de rumeurs et de doutes qui circulaient depuis un bon moment sur l’intégrité du gouvernement de sir Lomer Gouin. Magouilles, grenouilles et vadrouilles n’avaient pourtant pas de prise sur la réputation du gouvernement qui s’abritait derrière un surplus budgétaire appréciable.

La direction du journal devant ces rumeurs véridiques mais presque impossible à prouver, décida d’investir une forte somme et de se servir d’une nouvelle technologie dans un but précis, appâter les politiciens qui siégeaient sur le comité des bills privés à Québec et les dénoncer.

Voilà que l’on remarque bientôt dans la capitale deux hommes d’affaires américains, qui dépensent outrageusement leur argent, cigares au bec, affichant le mauvais goût d’un trop plein d’argent.

Mais ces Américains ont ceci de bien particulier, ce sont de faux hommes d’affaires, ils sont des détectives privés engagés par le journal. La raison de leur présence est de promouvoir la Montreal Fair Association of Canada, filiale canadienne de leur entreprise d’expositions et d’événements publics dont ils veulent obtenir un passe droit leur garantissant d’être exemptés des contraintes législatives de la province sur le jeu, les courses et le commerce de l’alcool. Leur mascarade en hommes d’affaires importants leur vaut une première rencontre privée dans une chambre d’hôtel (ne pas confondre avec la chambre d’hôtel de Brian Mulroney …) soit la chambre 369, du Château Frontenac, où ils y rencontrent le député de Soulanges et président du comité permanent des bills privés Joseph-Octave Mousseau.

Les demandes sont importantes, mais l’épaisseur de la liasse d’argent présentée a tôt fait de contourner les scrupules et de pouvoir informer les autres députés impliqués du sérieux… de ces hommes d’affaires.

Mais il y a un os, le député Mousseau ignore qu’au moment des conversations et de la remise d’argent, il y a des micros Marconi (et non pas des micros Arcuso…) dissimulés dans la pièce et qui ont capté les conversations grâce à un appareil appelé «détectaphone» et que dans une chambre voisine, des sténographes assermentés, récepteurs aux oreilles, transcrivent mot à mot toutes les conversations.

Le piège à politiciens fonctionne à merveille alors que le député Mousseau parraine lui-même le bill privé 158 créant la Montreal Fair Association of Canada suivi d’une étude au comité des bills privés,puis au Conseil législatif où il est étudié par l’Honorable… Achille Bergevin, une troisième lecture et le bill est adopté sans coup férir le 16 janvier 1914. Coup de théâtre quelques jours plus tard alors que le Montreal Daily mail news annonce qu’il publiera le mardi 20 janvier, des révélations prouvant la corruption politique à Québec. Après que le journal eut publié deux articles, sous le titre Evidence of corruption, avec force détails les noms des députés corrompus, ils sont trois, les sommes d’argent versées, (environ 50 000$ de notre époque), la crise éclate et la vermine s’affole, un antidote est proposé pour remédier à ces mensonges…

Les accusateurs devront «comparaître» devant la Chambre «pour exposer les raisons qui les ont poussés à la publication de ces articles» puisqu’ils «constituent une grave violation des privilèges de la Chambre». Les députés parlent de «conspiration» et veulent savoir «qui est au fond de l’affaire» plutôt que de connaître «le fond de l’affaire…» Le premier ministre Gouin, dont son associé légal, Louis-Philippe Bérard conseiller législatif pour la division de Lanaudière, du bureau Gouin, Lemieux,Bérard et Perrault avocats, 11 Place d’Armes à Montréal, avait reçu 3000$ dans la chambre 369 du Château Frontenac par David W Hyland, détective privé, le jeudi 4 décembre 1913 à 6h05, déclare, indigné du procédé, «avec des paroles émues…», qu’il s’agit d’une machination…

Les séances du comité parlementaire sont des plus virulentes et même verra t-on le procureur Charles Lanctôt, impliqué dans l’affaire, s’en prendre physiquement au journaliste Brenton A. MacNab. Quelques démissions plus tard et l’arrivée providentielle de la Grande guerre 14-18, éclipsent le scandale. Tenez bien votre journal en mains (propres… ), l’affaire fut si bien oubliée, que le gouvernement libéral conservera très longtemps ses confortables majorités parlementaires et l’un des démissionnaires, l’Honorable… Achille Bergevin, reviendra en politique et se fera élire à nouveau dans Beauharnois en 1919. Quant à Joseph-Octave Mousseau il poursuivit sa carrière d’avocat,évoluant avec aisance dans les milieux financiers… et s’éteignit paisiblement à l’âge de 90 ans en 1965.

Au moment de terminer cet article, j’apprends, «que l’ensemble du réseau téléphonique de la ville de Montréal est instable et comporte un risque de panne majeure tant l’implantation d’un nouveau système par Telus est chaotique» et que «le vérificateur a aussi trouvé des problèmes dans le processus d’appel d’offres qui a mené au choix de Telus»…

Après le «détectaphone» puis le «portable» de Benoît Labonté, aurons-nous le «Telus Tremblay»?

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