(Photo : Médialo — Louis-Philippe Forest-Gaudet)
Confetti a signé le portrait de Monsieur Houde, 103 ans, après une semaine de retouche, sans effacer l’énergie du premier jet.

Le centenaire et le peintre

Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)

À 103 ans, Jean Houde est devenu le modèle du peintre Confetti, qui l’a peint à main levée en pleine rue Principale de Saint-Sauveur.

Confetti cherchait un visage. Il l’a trouvé dans un restaurant du village, il y a environ un an. Jean Houde déjeunait à quelques tables de lui. « Je l’ai trouvé charismatique, je sentais qu’il y avait du vécu », se souvient l’artiste.

Ce jour-là, le peintre dessinait sa fille. La conversation s’est engagée d’elle-même. Confetti a glissé son envie de faire un portrait, sans plus. L’idée est ensuite restée en veilleuse plusieurs mois.

Puis l’occasion surgit. Le peintre travaille dehors, sur la rue Principale, quand le centenaire passe. « Il traverse la rue, je lui demande est-ce que vous voulez que je vous fasse un portrait. Il dit ben oui. » Un détail l’amuse encore. Monsieur Houde s’excusait de ne pas avoir son partiel. Venez-vous-en, a répondu l’artiste.

Le choix du modèle n’a rien d’anodin. « J’aime des modèles qui m’inspirent », explique Confetti. D’ailleurs, une réflexion lui est venue ce jour-là. « J’ai peut-être quelque chose à apprendre de ce monsieur-là. »

Trente minutes, puis une semaine

La séance se déroule en public, caméra à l’appui. « Moi, je peins à la main levée. Je fais tout à main levée », précise-t-il. Le premier jet vient rapidement. Une demi-heure suffit pour saisir l’essentiel.

« Au début, il y avait moins de détails, mais l’énergie était là », raconte l’artiste.

Monsieur Houde s’apprêtait à rejoindre une soixantaine de proches aux États-Unis. Il voulait des reproductions à leur montrer. Confetti accélère donc, puis reprend l’œuvre une semaine de plus.

« Mon défi, c’était d’aller mettre des détails après, mais pas perdre l’énergie », résume-t-il.

Le portrait tient sur cette tension. Trop de précision tue le souffle. Trop de vitesse rate la ressemblance. Toutefois, l’objectif était ailleurs. « Sa bienveillance. C’est ce que je voulais. »

Confetti travaille devant sa galerie. Les animaux sauvages occupent encore la plus grande part de sa production.

L’humain plutôt que le fauve

L’exercice tranche avec sa production habituelle, faite d’animaux sauvages. Le corps ne travaille pas de la même façon. « Quand je peins des animaux, je suis dans un état d’alerte », compare-t-il. « Quand je fais un portrait, c’est plus calme. »

Le geste devient répétitif, presque méditatif. L’artiste parle d’un travail de tricot, même si la technique demeure exigeante.

Malgré tout, la quête demeure identique d’un sujet à l’autre. Devant un lion comme devant un visage, Confetti dit viser la même chose. « J’essaie de toucher l’humain. » Il admet chercher encore les mots justes pour la nommer.

« J’essaie de toucher l’humain. »

– Confetti

Une toile qui lui reviendra

La rencontre a laissé des traces des deux côtés. Confetti a remarqué un changement chez son modèle dans les semaines suivantes. « Il a délaissé la marchette, il avait juste la petite canne. Il était fier. C’était beau à voir. »

Le portrait est actuellement accroché à la galerie de la rue Principale. Selon l’artiste, des personnes venues du nord du Québec ont fait des heures de route pour le voir. Des adolescents s’arrêtent aussi, après avoir vu la vidéo de la séance sur les réseaux sociaux.

Confetti songe désormais à en tirer des reproductions sur papier, qu’il donnerait gratuitement.

Enfin, la toile changera de mains. L’artiste compte la remettre à Jean Houde. Ce dernier, lui, a résumé l’affaire en trois mots. « J’étais flatté. »

Le violon plutôt que le piano

Le hasard fait bien les choses. Confetti a choisi un modèle qui se définit d’abord par l’art. « Je suis plus artiste qu’assureur », lance Jean Houde.

L’homme a pourtant connu une longue carrière en assurance. Il affirme avoir été premier vendeur d’assurance salaire au Canada en 1972. Il dit avoir privilégié ce produit à l’assurance vie pour une raison simple. Il voulait que les gens profitent de leur vivant.

La musique, elle, est arrivée bien avant. À la maison, le piano revenait aux filles. Alors il a appris le violon. « J’aurais dû apprendre le piano plutôt que le violon », regrette-t-il encore aujourd’hui.

Le chant l’a toujours attiré. Il fréquente d’ailleurs les karaokés du secteur. « J’étais presque tout le temps le plus applaudi », affirme-t-il. Deux raisons l’expliquent selon lui. « Je bouge bien sur scène, j’ai une belle voix aussi. » Il attribue le reste à son âge, qui impressionne le public.

Installé à Saint-Sauveur les années 60, il a aussi bâti. Cinq chalets loués aux skieurs, puis un développement résidentiel qu’il a nommé chemin de la Pente Douce. Ses fils suggéraient plutôt son nom de famille. Il a refusé net.

Aujourd’hui, il marche presque chaque jour jusqu’au centre du village. Il y trouve les conversations qui lui manquent ailleurs. Un projet occupe par ailleurs ses journées. Il écrit ses mémoires. « Je vais le faire parce que j’ai beaucoup de messages à laisser. »


Peindre pour donner

Le portrait de Jean Houde n’est pas la seule œuvre que Confetti réalise sans la vendre. L’artiste peint aussi devant public au profit d’organismes de la région.

  • De 8 à 10 événements par année, selon ses estimations
  • La totalité des sommes remises aux organismes, affirme-t-il
  • Un montant de 6 000 $ récolté lors d’un seul événement récent

« C’est quelque chose que je veux continuer de mettre de l’avant », souligne l’artiste. Il souhaite aussi peindre davantage de gens croisés dans la rue, sans frais. Selon lui, cette avenue lui permet de montrer un côté plus humain de son travail.

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