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(Photo : Julien Faugère)
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Le paradis retrouvé de Robert Lalonde

Par Simon Cordeau

Dans son dernier livre, La reconstruction du paradis, Robert Lalonde raconte l’incendie qui a emporté sa maison, ses 4 000 livres et son jardin minutieusement entretenu, et dans lequel sa conjointe et lui ont failli laisser leur vie. J’ai discuté avec lui du poids du passé, de résilience, de recommencement, d’écriture et de poésie.

L’auteur dit être surpris, mais très content, que le récit personnel de cette perte tragique ait trouvé un tel écho auprès des lecteurs. « C’est la troisième fois qu’on le réimprime. Ça veut dire que les gens s’en emparent », se réjouit-il. Il croyait que le journal qu’il a commencé à tenir après l’incendie, le 26 décembre 2018, était trop intime pour intéresser un large public. Pourtant, les thèmes abordés résonnent avec force durant cette pandémie qui nous demande bien de
la résilience.

« À tout désir de renaissance, même secret, malheur est bon. »

M. Lalonde a vu l’incendie comme une opportunité de faire table rase. « Ç’a été surtout une grande surprise. Au lieu d’être uniquement un drame, c’était la possibilité de tout recommencer : ailleurs, autrement, dans un autre lieu avec d’autres paysages. »

Il dit avoir reçu beaucoup de commentaires de lecteurs qui, avec la pandémie, avaient aussi soif de changement et y ont vu l’occasion de recommencer. « Il faut que chaque jour soit quelque chose de neuf. L’incendie m’a débarrassé de mes vieilles habitudes, en même temps que tout le reste. »

Certes, il peut être difficile de faire le deuil de ce qu’on laisse derrière, mais l’auteur rappelle que ces choses continuent de nous habiter. « Moi, j’ai 73 ans. Tout ce qui est arrivé, tout ce qu’on a construit demeure, reste là. Le pire qu’on a à vivre, c’est la nostalgie dans l’atmosphère. […] Même ceux qui sont morts ne disparaissent pas. Qu’on le veuille ou non, d’ailleurs. »

D’un côté, il a perdu la maison qu’il a habitée pendant 40 ans. Mais de l’autre : « Nous avions plein de désagréments à vivre. Il y avait beaucoup de bruit, la pollution, l’odeur des porcheries, les vendeurs de chars commençaient à se rapprocher. C’était le bon moment pour partir. »

« Le mensonge de l’idéal est une malédiction. »

Ce désir de recommencer habite aussi le processus d’écriture de Robert Lalonde. « Le livre, c’est sa 4e ou sa 5e version. J’enlève, je coupe, je me trouve trop bavard au début. J’adore réécrire, ce n’est pas un fardeau. Ce n’est pas bon du premier coup. Alors il faut sortir le gros morceau et, après, travailler dessus. »

C’est ce qu’il tente d’enseigner aux jeunes écrivains avec qui il travaille. « Au début, c’est très compliqué, on essaie de tout mettre dans le même panier. Avec les années, on se fait confiance et on arrive à simplifier les choses. »

Il rappelle que l’écriture peut être un long processus, qui demande beaucoup d’humilité. « On ne sait jamais qu’on va écrire un livre. On écrit une page à la fois. » C’est vrai, j’imagine, pour la vie aussi.

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