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L’Histoire d’un coureur des bois et de son estomac

Par Production Accès

Fort Makinac,Lac Huron,Michigan, 6 juin 1822,Alexis Saint-Martin, un jeune Voyageur de 28 ans, de l’American Fur Company vient de se blesser accidentellement d’une balle de fusil à l’estomac.

La blessure aurait dû être mortelle tant la profondeur et l’étendue de la plaie étaient importantes, l’estomac, la poitrine et le diaphragme avaient été touchés.

William Beaumont, un chirurgien de l’armée américaine appelé pour le soigner, appliqua des compresses pour éviter que ne s’échappent par la plaie la nourriture et la boisson remplissant son estomac. Saint-Martin survit à sa blessure à l’étonnement de tous alors qu’il se forma autour de la perforation de son estomac une cicatrice soudant les parois laissant toutefois une petite fistule d’environ un pouce de diamètre par laquelle l’on pouvait alors apercevoir les mouvements de l’intérieur de son estomac. Débute alors pour l’Histoire de la médecine un rapport médecin patient, des plus étonnants. William Beaumont va pendant près de 11 ans faire des expériences sur la personne de notre Voyageur, ou plutôt sur son estomac, en y introduisant périodiquement une petite corde avec de la nourriture, parfois un légume qu’il laisse quelques minutes puis quelques heures et en observe les effets, mesurant la durée de la digestion, le travail des sucs gastriques, le tout au grand déplaisir de notre ami Saint-Martin.

Rappelons pour l’Histoire, que William Beaumont bien qu’affublé du titre de chirurgien avait à peine été l’apprenti d’un médecin,mais pour son mérite et l’avancement de la science médicale, il prit des notes que l’on peut qualifier de scientifique, et en 1833, il publia un livre relatant les 238 expériences qu’il fit sur Alexis Saint Martin «Expriment and Observation on the gastric Juice and the physiology of Digestion». L’année de la publication de ses observations, William Beaumont s’installa en cabinet privé à Saint Louis,ville fondée par Auguste Chouteau, autre québécois, où il y meurt en 1853 à l’âge de 68 ans. La même année, Alexis Saint-Martin s’en retourna au Bas-Canada où il meurt le 24 juin 1880, à l’âge vénérable de 86 ans, à Saint-Thomas-de-Joliette.

Sa famille révoltée du traitement que l’on lui avait infligé, laissa son corps pourrir au soleil,ce qui était pourtant beaucoup plus indigne, puis l’enterra sans aucun signe extérieur pouvant indiquer sa présence, afin que l’on ne fut plus jamais capable de le retrouver et d’effectuer des expériences sur son corps. Cette histoire serait terminée si je n’avais entendu dans un restaurant de Saint-Sauveur, une conversation où l’une et l’autre se plaignait de la difficulté d’obtenir un rendez-vous à la clinique médicale de Saint-Sauveur et comment il était pénible d’attendre pendant une heure, le matin très tôt, même dans son automobile… Peut-être que ces personnes comprendront, que malgré les inconvénients de notre système de santé, nous sommes des privilégiés de vivre à cette époque-ci; je me demande si elles avaient un problème d’estomac…

Pour en savoir plus : Messier Alain, Dictionnaire encyclopédique et historique des coureurs des bois, Guérin éditeur, Montréal, 2006.

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