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L’inlassable sculpteur de territoire se raconte

Par Éric-Olivier Dallard

Bien vert malgré ses 72 ans, René Derouin continue patiemment de sculpter le paysage qui l’entoure. À l’été 2009, cette terre de 50 acres sera le théâtre du 10e symposium international d’art in situ. En attendant, «Chemins et tracés» sont ouverts au public impatient de retrouver ces sentiers invitants.

Il faudrait encore plusieurs décennies à René Derouin avant de venir à bout des projets qui l’habitent. Cet ouvrier minutieux poursuit patiemment son œuvre, dans l’espoir de laisser un héritage vivant et autonome à sa communauté.

L’artiste maintes fois primé élabore quelques pistes pour expliquer ce travail de moine. «J’adopte mes projets en fonction de ce que je découvre et de ce que le public découvre, dit-il. Tout est pensé de façon organique.»

Cet amoureux de la nature admet avoir imaginé depuis longtemps les nouveaux sentiers qu’il s’apprête à faire découvrir aux visiteurs. Après 35 ans à circuler en forêt à pied, en raquettes ou en skis de fond, on finit par apprendre comment l’exploiter à son meilleur. «J’ai absorbé le territoire», confesse René Derouin.

Le nouveau Sentier du chevreuil forme d’agréables méandres où il fait bon circuler. Comme si le corps retrouvait un peu de son essence. L’animal est passé avant nous. Plusieurs empreintes en témoignent.

Art et nature liés

L’été prochain, l’animation aura lieu en plein air. Les travaux de céramique seront évacués pour faire place à une œuvre collective du public inspirée du Sentier des sonorités, élaboré par le compositeur Yves Daoust. On pourra se repaître dans l’un ou l’autre des agoras aménagés aux abords des œuvres implantées par les 10 artistes invités à participer au symposium. Leur processus de création y sera bien en vue. Des boîtes postales y ont été installées pour permettre la communication entre ceux-ci et les visiteurs. Dans les premières, des dossiers et croquis d’artistes, dans l’autre, les commentaires du public.

Cette année, le journaliste Louis-Gilles

Francoeur, porte-parole pour l’édition 2009, sera invité à débattre sur le thème de l’environnement, sa spécialité. Une façon de ramener la démocratie de discussion sur la place publique, de dire Derouin. En outre, écrivains et poètes coucheront sur papier des réflexions sur l’art. Le géographe Henri Dorion enrichira les lieux de quelques indications de nature géologique et géographique.

Pour Derouin, la nature mérite le plus grand respect. Dès septembre, plus de 1 000 pins blancs seront plantés ici et là pour minimiser les travaux entrepris au cours de l’été. Et la multiplication des pistes en forêt permettra de laisser alternativement certaines sections en jachère. Pas question de faire ici un immense parc touristique. La commissaire Pascale Beaudet choisit les artistes et René Derouin s’occupe de l’aspect environnemental du symposium. Celui-ci se garde aussi l’élaboration du Sentier de la poésie, un site permanent qui soulignera le passage de tous les poètes invités ces 13 dernières années.

Malgré l’envergure de ce work in progress, la Fondation Derouin est à toutes fins pratiques autonome, financièrement parlant. La billetterie, les commanditaires et la vente de produits dérivés permettent de financer les activités du site à 80%. Encore récemment, René Derouin offrait de ses œuvres en échange de publicité ou autres services. «Le partenariat avec la municipalité a déclenché beaucoup de choses», confesse le sculpteur. Cette reconnaissance du milieu était rendue vitale. Le 6 septembre, un événement bénéfice comprenant une exposition exclusive aidera à boucler le budget. La moitié des recettes de la journée ira directement à la Fondation. «Le mécénat est à faire, affirme René Derouin. Les Québécois francophones n’ont pas encore développé cette culture.» Selon lui, les Lucien Bouchard, Thierry Vanda, Bernard Lamarre et autres Jean Turmel de ce monde font donc partie d’une première génération de mécènes au Québec. L’an dernier, environ 15 000 personnes ont visité le symposium. Et dire que cet imposant territoire aurait pu abriter 300 condos pour les baby-boomers…

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