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Nous sommes de souche…

Par Production Accès

Fin d’après-midi après le dévoilement du rapport Bouchard-Taylor, le premier mi-nistre Jean Charest visiblement fatigué de sa journée à la Chambre d’As-semblée, en réponse à un journaliste lui demandant ce qu’il pensait du rapport Bouchard-Taylor, répondit: «le report… constatant son lapsus, il enchaîna avec, le rapport… sera considéré etc etc.» Alors lecteur vous avez bien compris la vraie pensée politique du premier ministre, c’est pourquoi je vous propose un jeu, que les subtilités de l’histoire nous permettent. Une des bouffonneries du rapport est une nouvelle définition de notre identité, nous ne sommes plus des québécois, mais des québécois de descendance canadienne-française, Elvis Gratton rôde… comme tournure alambiquée bravo.

Je choisis plutôt un mélange de poésie et d’histoire pour alléger le débat avec pour conclusion une affirmation claire… en ce 400e anniversaire de la présence française en Amérique. Ainsi nous serions de souche! Voilà qui est joliment dit. Les québécois ont cette particularité, d’être issus d’un faible bassin de familles venues de diverses régions de France alors désignées sous le qualificatif de pays. Non sans raison ,puisque certaines, tels que dans le pays de Normandie on y parlait Normand, la Bretagne le Breton, la Picardie, le Picard. Le Français pour sa part, issu de l’Île-de-France devint langue nationale sous l’impulsion des rois de France, ce qui l‘unifia. De ces gens venus en Nouvelle-France et qui firent souche, s’éleva un arbre dont nous sommes les branches et les feuilles. Mais des gens de vils manières, nous reprochent la fierté d’être ainsi gens de souche nous accusant à mots couverts et découverts, de racisme, confondant fierté et histoire, en voulant imposer l’oubli comme pensée. Allons plutôt voir de plus près cette fierté, que des manants cherchent à nous subtiliser. C’est dans la poésie des noms de familles de souche que nous pouvons aisément retrouver un sens à notre histoire, sinon à une identité propre. C’est au Moyen Âge européen, que se dessina notre identité, alors qu’il n’y avait que de petits hameaux, parfois des villages et que la ville telle que nous la concevons de nos jours, est embryonnaire. Les échanges sont alors peu nombreux, on pratique le troc, ancêtre des échanges commerciaux, paradoxalement l’étranger est parfois à proximité, il est alors désigné sous sa provenance géographique. Les gens disaient alors, tiens voilà Pierre du bois, soulignant qu’il venait de cette forêt que l’on voyait au loin près de la montagne.

Puis un Gilles, de la vallée, accompagné de Claude, du ruisseau. Peu à peu les hameaux se transformèrent en villages, en villes, les échanges étant plus nombreux et plus complexes, l’étranger perdit alors sa connotation géographique et les Dubois, Duval, Duruisseau, Lamontagne et Lavallée devinrent noms en propre. D’autres noms liés à l’apparence physique des individus de par le passage du temps, subirent la même transformation tels Legros, Leblond, Lenoir, Lebeau. Les métiers contribuèrent aussi à l’identité, tels Boucher, Couturier, Brodeur, Lussier (Huissier) Cloutier, Taillefer (forgeron), Écuyer (maréchal ferrant), Leclerc (notaire). D’autres noms soulignaient l’humeur des individus: La joie, L’heureux, L’espérance, la tendresse devenus Lajoie, L’heureux, Latendresse. C’est ainsi que les noms se formèrent, mais l’histoire du Québec nous réservait encore des surprises, car ceux qui firent souches, avaient aussi un surnom, issu de la guerre: Paul Leblanc dit Tranchemontagne, Gilles Allard dit Sanfaçon, Régent Tremblay dit Laterreur, Nicolas Roy dit Lapensée. L’utilisation de ces surnoms perdura, mais vint un jour où le gouvernement contemporain, pour simplifier l’établissement d’un ordre civique légal et précis, demanda par texte de loi, que les gens se départissent de ces surnoms et n’utilisent plus qu’un seul nom. L’identité québécoise se complexifia alors puisqu’un monsieur Bergevin dit Langevin choisissant de n’utiliser que Bergevin, alors qu’un autre Bergevin dit Langevin choisit de n’utiliser que Langevin, les Langevin et les Bergevin étant, dans les faits, tous des Bergevin dit Langevin, et que règle presque générale que la majorité des familles sou-ches n’avaient qu’un seul ancêtre commun, alors vit-on quelques générations plus tard une jeune demoiselle Langevin marier un Bergevin, ignorant qu’il lui était apparenté et même consanguin parfois, établissant une singularité étonnante.

Peu de familles souches, apparentées pour la plupart, fractionnées dans leurs surnoms, mais soudées dans le passage du temps alors que la parenté du sang s’immisce tranquillement… un peuple de tricoté serré… Maintenant que nous avons parlé de souche, si nous parlions de forêt, car nous sommes le peuple de la forêt par excellence si l’on se fie à la prédominance des noms reliés à la nature présents dans l’espace identitaire québécois. L’exercice est fascinant. Dans ce pays de lacs et de forêts, il y a des Racine. Laforêt, Deschênes, Boisjoli, Brisebois, Delorme, Dufresne, Dessaulles, Boisvert, Poirier, Noiseux, Dessureaux. Côté jardin, il y a les Larose, Lapensée, Debel-lefeuille, Latulipe, Lafleur, Lavigne, Laviolette. Et qu’avons-nous pour souligner les lieux dans cette identité par les mots? Delisle, Ducap, Beaupré, Longpré, DeCaen (Nor-mandie), Larochelle (Breta-gne), Potvin (Poitevin), Lafrance, Derome, Parisien, Turcot qui nous vient du Turc, eh oui les Turcot étaient à l’origine des Turcs), Marcil (qui vient du Maure…).

De ces jeux de mots, de cette identité par les mots, de ce peuple que nous qualifions de forêt, de ces familles dites de souche, il ne reste plus qu’à cette souche devenu arbre avec branches et feuilles qu’à fabriquer son écorce…

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