Des perles québécoises aux Oscars
Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)
À Hollywood, la grande soirée du cinéma a pris une couleur montréalaise lorsque le court métrage La jeune fille qui pleurait des perles a remporté l’Oscar du meilleur court métrage d’animation.

Quand les réalisateurs Chris Lavis et Maciek Szczerbowski sont montés sur scène au Dolby Theatre de Los Angeles, le moment avait quelque chose d’irréel. Leur court métrage La jeune fille qui pleurait des perles, produit par l’Office national du film du Canada, venait de remporter l’Oscar du meilleur court métrage d’animation lors de la 98e cérémonie des Oscars, le 15 mars.
Dans la salle, Hollywood applaudissait. À Montréal, le milieu du cinéma savourait.
Le film raconte l’histoire d’un garçon pauvre qui tombe amoureux d’une jeune fille dont les larmes se transforment en perles, dans un Montréal imaginaire du début du XXe siècle. Confronté à la pauvreté, le garçon vend ces perles à un prêteur sur gages et se retrouve pris entre amour et cupidité.
Sur scène, Chris Lavis a lancé une blague qui a rapidement fait le tour des médias. « Les gens pensent que ça prend beaucoup de patience pour faire un film de marionnettes pendant cinq ans. Mais ça prend encore plus de patience pour vivre avec quelqu’un qui fait un film de marionnettes pendant cinq ans », a-t-il dit en remerciant sa famille.
Son complice Maciek Szczerbowski a ensuite tourné son regard vers leur ville et leur communauté artistique. « Nous voulons aussi remercier notre incroyable quartier, le Mile-Ex, et la fantastique ville de Montréal. Et merci aussi au Canada », a-t-il déclaré.
Un film façonné patiemment
Ce court métrage d’environ 17 minutes a été réalisé en animation image par image, une technique qui consiste à déplacer les marionnettes millimètre par millimètre pour créer l’illusion du mouvement. Le projet a demandé près de cinq ans de travail à l’équipe.
La musique est signée Patrick Watson, tandis que les voix sont assurées notamment par les acteurs Colm Feore et James Hyndman.
Avant même les Oscars, le film avait déjà fait sa marque sur le circuit international, notamment au Festival international du film d’animation d’Annecy et au Festival international du film de Toronto, où il a remporté le prix du meilleur court métrage canadien.
Pour l’Office national du film, cette victoire est aussi un symbole. « Créé et campé à Montréal, le film est un petit bijou d’animation image par image », a souligné Suzanne Guèvremont, commissaire du gouvernement à la cinématographie et présidente de l’ONF, saluant le travail du duo montréalais.
Une autre présence québécoise remarquée
La victoire de La jeune fille qui pleurait des perles n’était pas la seule présence québécoise dans les catégories de courts métrages. Dans la catégorie du meilleur court métrage documentaire, le film Perfectly a Strangeness, réalisé par la cinéaste canadienne Alison McAlpine, figurait parmi les finalistes aux Oscars.
Ce documentaire expérimental d’environ quinze minutes propose une expérience visuelle singulière. Tourné dans le désert d’Atacama, au Chili, le film suit trois ânes qui découvrent un observatoire astronomique abandonné et semblent explorer, à leur manière, l’immensité de l’univers.
Présenté en première mondiale au Festival de Cannes en 2024, le film a ensuite été projeté dans plus de 70 festivals à travers le monde et a remporté de nombreux prix avant d’obtenir sa nomination aux Oscars.
La réalisatrice Alison McAlpine a confié avoir été surprise par cette reconnaissance. « Je me sens très surprise et très honorée », a-t-elle déclaré après l’annonce de la nomination.
Le film se distingue par son approche sensorielle et contemplative, presque sans dialogue, qui laisse place aux sons du désert et à la musique pour raconter l’histoire.
Comme pour La jeune fille qui pleurait des perles, cette nomination rappelle la vitalité du cinéma québécois et canadien, capable de se démarquer sur la scène internationale avec des œuvres audacieuses et très personnelles.
Où voir le film
Bonne nouvelle pour le public. La jeune fille qui pleurait des perles peut être visionné en ligne sur le site de l’Office national du film du Canada, qui rend le court métrage accessible au public.
En un peu moins de vingt minutes, ce conte sombre et poétique rappelle que, même dans une industrie dominée par les superproductions, une histoire minutieusement animée dans un studio montréalais peut encore faire briller le cinéma québécois… jusqu’aux Oscars.