Personnalité marquante des Pays-d’en-Haut : Riopelle, entre l’Estérel et l’immensité
Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)
Jean-Paul Riopelle a parcouru Paris, New York et les grands musées. Pourtant, une partie de son imaginaire demeure liée à l’Estérel, au lac Masson et à cette lumière noire qui a nourri ses célèbres Icebergs.
Il y a des artistes dont le nom dépasse les cadres. Jean-Paul Riopelle est de ceux-là. L’Institut de l’art canadien le présente comme « l’un des artistes canadiens les plus marquants du vingtième siècle ».
Né à Montréal le 7 octobre 1923, il se tourne tôt vers la peinture. Puis, à l’École du meuble, il rencontre Paul-Émile Borduas. Cette rencontre change tout.
Avec les Automatistes, Riopelle participe à une rupture majeure. En 1948, il signe le Refus global, manifeste qui conteste les valeurs traditionnelles du Québec de l’époque. L’Encyclopédie canadienne rappelle que le texte est publié par 16 membres de la communauté artistique. Ainsi, Riopelle entre dans l’histoire par la porte du refus.
Mais il ne reste pas figé dans ce geste. Très vite, il part. Il voyage. Il expose. Il construit une carrière internationale. Paris devient l’un de ses grands lieux d’ancrage. Toutefois, le Québec ne disparaît jamais complètement.
L’appel des Laurentides

Dans les années 1960 et 1970, Riopelle revient régulièrement au pays. Il retrouve alors le Dr Champlain Charest, résidant d’Estérel rencontré en France en 1968.
En 1974, les deux achètent l’ancien magasin général de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson. Le lieu deviendra le restaurant Le Va-nu-pieds.
Puis, Riopelle fait construire une résidence-atelier à Estérel. Le bâtiment, qu’il dessine lui-même, prend l’allure d’une grange. Surtout, il offre un vaste atelier baigné de lumière. Ce détail compte. Chez Riopelle, la matière a besoin d’espace.
Le Musée national des beaux-arts du Québec conserve d’ailleurs une photographie de cet atelier, prise vers 1975 par Maurice Perron. Le titre de l’archive, Atelier de Jean Paul Riopelle à l’Estérel, rappelle que ce lieu appartient aussi à la géographie artistique des Laurentides.
La lumière noire
C’est là, près du lac Masson, que Riopelle peint une grande partie des Icebergs. La Fondation Jean Paul Riopelle situe ce tournant en 1977, après un séjour dans l’Arctique. À Sainte-Marguerite, il amorce cette série en noir et blanc. Il la complétera ensuite en France. La série compte environ une trentaine de pièces, inspirées d’un voyage à la Terre de Baffin.
Riopelle, pourtant connu comme le maître de la couleur, y utilise presque seulement le noir et le blanc. « Tout n’est pas noir et blanc. Le ciel en revanche semble noir, vraiment noir », décrit Jean-Paul Riopelle, dans une citation rapportée par le Musée des beaux-arts de Montréal
Ainsi, l’Estérel devient plus qu’un refuge. C’est un poste d’observation. C’est aussi un endroit où le Nord, la mémoire et la matière se rencontrent.

Une présence durable
Riopelle meurt le 12 mars 2002 à Saint-Antoine-de-l’Isle-aux-Grues. Pourtant, son œuvre continue de circuler. Le Musée national des beaux-arts du Québec prépare notamment l’Espace Riopelle, un pavillon consacré à son héritage et à une collection majeure de ses œuvres.
Dans les Pays-d’en-Haut, son passage demeure plus discret. Il se cache dans une adresse, un atelier, un lac et le souvenir d’un restaurant. Cependant, cette trace reste précieuse.
Pour découvrir les Laurentides, il faut parfois suivre les pistes de ski, les sentiers ou les vieilles routes. Avec Riopelle, il faut aussi suivre la lumière. Celle qui frappe un atelier. Celle qui noircit le ciel. Celle qui fait tenir un paysage entier dans un geste de peinture.