Culture blessée
Par Louis-Philippe Forest-Gaudet (Initiative de journalisme local)
Une lettre ouverte de la comédienne Monique Richard relance le débat sur la place de la culture à Saint-Sauveur, alors que plusieurs organismes écopent de compressions importantes dans le budget municipal.
Une phrase qui a fait réagir
Une phrase peut parfois suffire à déclencher une réflexion plus large. Dans une lettre adressée au maire de Saint-Sauveur, Luc Martel, la comédienne Monique Richard explique avoir été blessée par l’idée que les gens viennent dans la région, surtout pour le sport et le plein air, et que celles et ceux qui souhaitent une offre culturelle plus « significative » peuvent la trouver à Montréal. « Il peut y avoir une montagne de ski et une bibliothèque en même temps », résume-t-elle en entrevue.

Des compressions qui inquiètent
La discussion survient dans un contexte budgétaire délicat à Saint-Sauveur. Pour équilibrer son budget 2026, la Ville devait retrancher environ 750 000 dollars dans ses dépenses. Dans ce contexte, plusieurs organismes ont vu leur soutien municipal diminuer.
La subvention au Festival des Arts de Saint-Sauveur passe d’environ 73 500 dollars à 36 700 dollars, soit une réduction d’environ 36 800 dollars, ou près de 50 %.
Du côté du Musée du ski des Laurentides, plusieurs sources rapportent que l’aide municipale passe de 75 000 dollars en 2025 à 10 000 dollars en 2026, une baisse d’environ 65 000 dollars, soit près de 87 %. La Ville soutient toutefois qu’une aide exceptionnelle de 70 000 dollars avait été versée l’an dernier et affirme maintenir une contribution totale de 80 000 dollars cette année, une interprétation contestée par l’organisme.
La contribution municipale à la Chambre de commerce et de tourisme de la Vallée de Saint-Sauveur/Piedmont diminue également, passant d’environ 525 000 dollars à 325 000 dollars, une réduction d’environ 200 000 dollars, soit près de 38 %.
Pour Monique Richard, ces décisions illustrent une tendance qu’elle observe depuis longtemps. « Souvent, quand il faut couper quelque part, on coupe d’abord dans la culture », dit-elle.
L’âme d’une communauté
Au-delà des chiffres, la comédienne parle surtout de ce que la culture représente pour une communauté. « On minimise souvent l’impact de la culture dans notre société, et on ne devrait pas faire ça », affirme-t-elle. Selon elle, la culture ne doit pas être perçue comme un luxe ou une simple dépense. Elle contribue à l’identité d’un lieu, à son dynamisme et à son sentiment d’appartenance.
Dans sa lettre, elle rappelle que la région possède déjà plusieurs institutions et événements culturels importants, dont le Festival des Arts, le Musée du ski et différentes initiatives artistiques locales.
Elle souligne aussi la présence importante d’artistes dans les Laurentides. « Il y a énormément d’artistes ici. Beaucoup sont venus pour la qualité de vie, mais aussi pour pouvoir créer chez eux. »

Miser sur la culture
Monique Richard croit que les municipalités ont tout intérêt à considérer la culture comme un investissement plutôt que comme une dépense. Elle évoque notamment l’exemple d’un centre culturel à Victoriaville, souvent cité comme moteur de revitalisation urbaine et économique. « La culture peut amener du monde, créer de l’emploi et dynamiser un centre-ville », dit-elle. À ses yeux, la question dépasse le débat budgétaire actuel. Elle touche plutôt à la vision que les élus souhaitent porter pour l’avenir.
Un appel au dialogue
Finalement, la comédienne espère que sa prise de parole mène à une discussion plus large. Elle souhaiterait notamment voir les élus rencontrer davantage les artistes et les acteurs du milieu culturel pour mieux comprendre leurs besoins. « Le but n’est pas de créer des conflits. Le but est d’essayer de trouver des solutions ensemble », insiste-t-elle.
Pour elle, la question reste simple. Quelle place veut-on réellement accorder à la culture dans les Pays-d’en-Haut? Parce que, rappelle-t-elle, « la culture, ce n’est pas seulement un spectacle ou une exposition. C’est aussi ce qui fait l’âme d’un village ».