Tarifs douaniers : des aides pour traverser l’incertitude
Par Jean-Simon Guay
Les petites et moyennes entreprises touchées par les tarifs douaniers américains peuvent maintenant se tourner vers les services de développement économique des MRC des Pays-d’en-Haut et de La Rivière-du-Nord. Un programme d’urgence récemment élargi offre des liquidités à certaines d’entre elles pour maintenir leurs activités.
Les conséquences des tarifs douaniers américains ne se limitent pas nécessairement aux entreprises qui expédient directement leurs produits de l’autre côté de la frontière. Leurs fournisseurs et sous-traitants peuvent aussi perdre des contrats, tandis que les contre-tarifs canadiens, entrés en vigueur le 8 septembre, risquent d’augmenter le prix de certains matériaux et produits importés.
Dans les Pays-d’en-Haut, le Service de développement économique de la MRC estime que le territoire est moins directement exposé que les régions où le secteur manufacturier occupe une place plus importante. Son équipe demeure néanmoins en contact avec environ une dizaine d’entreprises exportatrices vers les États-Unis.
Pour Shanna Fournier, directrice du Service de développement économique, le principal problème observé jusqu’à maintenant demeure l’incertitude.
« Celle-ci peut notamment amener certaines entreprises à reporter ou à revoir leurs investissements », indiquait-elle à Accès. Il demeure également difficile, selon elle, d’évaluer les effets à plus long terme sur des secteurs importants de l’économie locale, notamment la construction, le commerce et le tourisme.
Un programme rapidement élargi
Le Programme d’aide d’urgence aux petites et moyennes entreprises (PAUPME) — Tarifs douaniers est administré localement par les MRC. Il est maintenant offert dans les Pays-d’en-Haut et dans la MRC de La Rivière-du-Nord.
D’abord réservé aux entreprises réalisant un chiffre d’affaires annuel de 1 à 2 millions de dollars, le programme a rapidement été élargi par Québec aux entreprises générant au moins 200 000 $.
L’admissibilité n’est cependant pas automatique. L’entreprise doit notamment démontrer qu’au moins 25 % de son chiffre d’affaires de 2024 provenait directement ou indirectement d’exportations vers les États-Unis. Elle doit également avoir subi une baisse d’au moins 20 % de son chiffre d’affaires par rapport à 2024 ou prévoir une diminution équivalente en raison des tarifs imposés à compter de 2026.
Les entreprises doivent généralement avoir été rentables pendant au moins un des deux derniers exercices financiers. Les entreprises de l’industrie forestière sont maintenant exemptées de cette condition.
L’aide prend la forme d’un prêt pouvant atteindre 150 000 $, jusqu’à concurrence de 75 % des besoins de liquidités sur 12 mois. Aucun intérêt ni remboursement de capital n’est exigé durant la première année; le taux passe ensuite à 3,86 %.
Le programme demeurera en vigueur jusqu’au 31 mars 2028. L’admissibilité, l’analyse des dossiers et la décision d’accorder un prêt relèvent de chaque MRC.
Tenir jusqu’à un changement politique
Le député libéral fédéral des Pays-d’en-Haut, Tim Watchorn, estime que les mesures offertes doivent avant tout donner suffisamment de temps aux entreprises pour traverser cette période.
Son bureau peut, dit-il, orienter et accompagner celles qui cherchent à obtenir des liquidités. « L’important, c’est de permettre aux entreprises de survivre à cette période », résume-t-il.
Selon lui, les entreprises ne peuvent pas compter sur un retour rapide à la normale. Un premier moment à surveiller sera celui des élections américaines de mi-mandat, prévues le 3 novembre 2026. Le renouvellement de la Chambre des représentants et d’une partie du Sénat pourrait modifier le rapport de force au Congrès et influencer la suite des politiques économiques de l’administration Trump.
Si ce scrutin n’entraîne pas de changement significatif, l’incertitude pourrait toutefois se prolonger jusqu’à la fin du mandat présidentiel actuel, en 2029. « Tout le monde espère qu’éventuellement, on va se retrouver dans un monde normal — ou du moins plus normal que ce qu’on vit actuellement », affirme le député.
Tim Watchorn se dit par ailleurs favorable aux contre-tarifs canadiens, estimant que le pays doit montrer qu’il est prêt à se défendre, même si cette riposte peut augmenter certains coûts au Canada.
D’autres mesures disponibles
Les entreprises qui ne correspondent pas aux critères du PAUPME ne sont pas nécessairement dépourvues de ressources.
Le programme FORCE d’Investissement Québec vise certaines entreprises manufacturières ou du secteur primaire ayant un chiffre d’affaires d’au moins 2 millions de dollars et dont les exportations sont frappées par de nouveaux tarifs américains d’au moins 25 %. Les prêts peuvent atteindre 50 millions de dollars.
D’autres programmes provinciaux et fédéraux peuvent également soutenir la diversification des marchés, la productivité ou la compétitivité des entreprises.
Les entreprises sont invitées à communiquer d’abord avec le service de développement économique de leur MRC. Un conseiller pourra évaluer leur situation et les diriger vers le programme correspondant réellement à leurs besoins.