Herby : une course vers la rédemption
Par Jean-Simon Guay
Présenté au Cinéma Pine de Sainte-Adèle, le documentaire Herby dépasse largement le cadre du sport automobile. Il raconte le parcours d’un homme qui tente de se reconstruire.
À 53 ans, peu de gens se lancent dans une première saison de NASCAR. Pour Herby Drescher, c’était pourtant un rêve d’enfance. Un rêve longtemps mis de côté, rattrapé par la vie, les erreurs et les détours.
Le documentaire Herby, produit par Vital Productions, réalisé par Antoine Bergevin Richer, suit cette tentative improbable. Mais très vite, la course passe au second plan.
« La course, c’est un prétexte », résume le réalisateur. Un prétexte pour raconter une autre histoire : la rédemption.
Un projet sans filet
Au départ, rien n’était garanti. Le producteur Serge Desrosiers voyait en Herby un personnage fort, mais sans connaître toute l’ampleur de son passé. Le tournage s’est amorcé sans savoir si le principal intéressé réussirait même à prendre le départ d’une course.
Pendant près de cinq ans, l’équipe a accumulé plus de 200 heures d’images. Au fil du temps, la confiance s’installe. Les confidences aussi. « On a découvert qu’il y avait plusieurs portes derrière l’histoire », explique Antoine Bergevin Richer. Certaines ont été ouvertes à l’écran. D’autres sont restées fermées.
Une vie à réparer
Né d’une mère haïtienne et d’un père allemand, Herby Dresher a grandi à Laval, dans le quartier Pont-Viau et a fréquenté l’école anglaise au primaire.
Derrière le pilote, il y a un homme marqué par un parcours difficile. Dépendance, pertes, liens familiaux fragilisés : des réalités bien illustrées dans le film. À un moment du documentaire, Herby évoque avoir survécu à de nombreuses surdoses.

« Quand tu fais 16 overdoses dans une vie, tu n’es pas supposé être ici », lance-t-il. Le rêve de la course devient alors un levier.
Une façon de se raccrocher, de rester en vie. Mais surtout, de réparer.
Dans ce parcours, une personne joue un rôle déterminant : sa conjointe Anna. Présente malgré les rechutes, les doutes et les périodes plus sombres, elle devient un point d’ancrage. Sans elle, la trajectoire aurait pu être bien différente.
La relation avec sa fille, notamment, occupe aussi une place centrale. Lors d’une discussion avec l’équipe après un visionnement, celle-ci a témoigné de l’impact réel du projet. « J’ai la meilleure version de mon père aujourd’hui », a-t-elle confié.
Le prix du rêve
Sur la piste, rien n’est simple. Le NASCAR demeure un sport exigeant, où les ressources font souvent la différence. Le documentaire met en lumière cet écart frappant entre les équipes.
Pour Herby Drescher, une course représente un investissement d’environ 40 000 à 50 000 dollars, incluant la préparation de la voiture, les pièces et la logistique. À titre de comparaison, certaines équipes mieux financées peuvent dépenser 200 000 dollars et plus par course.
Herby, lui, avance autrement. Sans gros budget, entouré d’amis plutôt que de professionnels, avec un équipement parfois inférieur. Et pourtant, il tient le coup.

Le film illustre bien cette tension, notamment en opposant les moyens limités de Herby aux infrastructures des autres pilotes.
Course après course, il termine. Souvent au milieu du peloton. « Finir la course, c’est déjà une victoire », dit-il.
Un message d’espoir
Au-delà de la performance, le documentaire porte un message clair : rien n’est complètement joué. « Tant que tu respires, il y a encore de l’espoir », a lancé le protagoniste lors de la période de questions.
Pour lui, la course n’est pas une finalité. C’est un passage. Un moyen d’avancer, de se pardonner, et de continuer.