Une seconde chance pour les chiens délaissés
Par Jean-Simon Guay
Un refuge discret des Pays-d’en-Haut transforme des chiens traumatisés en compagnons prêts à l’adoption.
En arrivant devant la résidence de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, rien ne laisse croire qu’il s’agit d’un refuge animalier. Pas de grande enseigne. Pas de longues rangées de cages. Seulement une maison nichée dans un secteur résidentiel des Pays-d’en-Haut, où des dizaines de chiens abandonnés, anxieux ou traumatisés retrouvent peu à peu confiance envers l’humain.
Depuis près de deux ans, le refuge sanctuaire Dream Home Rescue accueille principalement des chiens provenant du Grand Nord canadien, mais aussi certains animaux abandonnés ailleurs au Québec. Le propriétaire affirme avoir permis l’adoption d’environ 270 chiens depuis l’ouverture.
Lors d’une visite sur place, une chienne nommée Ava, née au refuge, accompagne le journaliste lors d’une marche autour de la propriété. Bien que craintive au moindre bruit, elle demeure d’une douceur remarquable.
La saisie qui a tout changé
L’un des éléments déclencheurs ayant mené à la création du refuge, par le couple propriétaire, a été une saisie majeure survenue en Gaspésie au printemps 2023. Le 2 mai 2023, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) avait procédé à une importante intervention dans la MRC d’Avignon, à Pointe-à-la-Croix et à Escuminac. Environ une centaine de chiens et chiots, principalement des Golden Doodles, avaient été saisis dans des conditions jugées insalubres. Les animaux étaient décrits comme mal en point et encrassés. L’intervention faisait suite à des plaintes citoyennes et à des inspections.
En 2024, deux éleveurs de Pointe-à-la-Croix ont notamment été condamnés à rembourser plus de 147 000 $ en frais de garde au MAPAQ, en plus d’amendes liées à l’exploitation illégale de chenils.
Les responsables du refuge racontent avoir accueilli une cinquantaine de chiens provenant de cette intervention.
Des chiens marqués par la négligence
« Il y en a qui sont arrivés ici complètement démolis […], quand ils arrivent, les chiens sont vides. À un moment donné, les yeux reviennent », raconte le propriétaire. Il évoque notamment une chienne, Elsa, retrouvée dans un état de négligence avancée. Selon lui, elle était couverte d’excréments collés à son poil et n’avait pratiquement jamais marché. « Quand on l’a rasée, elle s’est mise à courir partout dans la cour. C’était comme si elle découvrait la liberté. » Elsa a été adoptée par la propriétaire du refuge et elle y vit maintenant en parfaite santé.
Au fil des sauvetages, le couple dit avoir été témoin de nombreux cas de négligence animale. Certains chiens arrivent avec des problèmes de santé importants ou des traumatismes sévères. « Il y a des histoires qu’on ne peut même pas imaginer », déplore-t-il.
Un manque de communication qui coûte cher
Selon lui, plusieurs propriétaires abandonnent aussi leurs chiens sans toujours divulguer les problèmes de santé ou de comportement de l’animal. « Souvent, les gens nous racontent une version incomplète. Après ça, on découvre des chirurgies à faire ou des problèmes médicaux importants. »
Les coûts vétérinaires représentent d’ailleurs l’un des plus grands défis du refuge. « La première année, ça nous a coûté autour de 140 000 $ en soins vétérinaires », affirme-t-il. Une chienne sauvée lors de la saisie en Gaspésie a nécessité une opération évaluée à près de 12 000 $. Aujourd’hui, cette même chienne visite des résidences pour personnes âgées.
Un refuge différent

Contrairement à plusieurs refuges traditionnels, Dream Home Rescue fonctionne dans un environnement qui ressemble davantage à une maison familiale. Les chiens circulent librement dans certains espaces extérieurs aménagés pour eux.
L’organisme mise beaucoup sur la socialisation, les promenades et le contact humain afin d’aider les animaux à retrouver confiance. Des bénévoles vont également offrir du temps pour promener certains chiens ou travailler certains comportements. « Le plus beau, c’est quand tu les vois recommencer à vivre », explique le propriétaire.
Des défis bien réels
Il admet toutefois que gérer autant de chiens comporte aussi son lot de défis. À une occasion, un husky aurait réussi à creuser un passage sous une clôture, permettant à une quarantaine de chiens de sortir simultanément dans le secteur avant d’être rapidement retrouvés.
L’équipe assure prendre plusieurs précautions pour assurer la sécurité des animaux et du voisinage. Elle privilégie les adoptions réfléchies plutôt que rapides. « On veut trouver les bonnes familles. » Plusieurs chiens nécessitent des mois de travail avant d’être prêts à intégrer un nouveau foyer.
Les animaux sont vaccinés, stérilisés et suivis avant leur adoption. « On ne fait pas ça pour l’argent. On le fait par passion », affirme le propriétaire.
Un nouveau départ
Après ces quelques années consacrées au refuge, le couple prévoit maintenant quitter le Québec et partir avec certains animaux afin de poursuivre un nouveau projet au Costa Rica. Il souhaite y développer un sanctuaire animalier tout en participant à des initiatives liées à la protection d’animaux exotiques, notamment certains perroquets.
« Les gens voient souvent juste un chien. Nous, on voit ce qu’il pourrait devenir avec un peu de temps et d’amour. »