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Les Liaisons dangereuses

Par Éric-Olivier Dallard

Outrés, vraiment vous l’êtes, de la mal nommée téléréalité?

Et pourtant, le noir minimaliste, de mise, dans les 6 à 8… et pourtant, la typographie «sans serif» (sans empattement), de rigueur, des nouvelles maquettes de journaux… et pourtant l’ineptie des propos de Stéphane Laporte dans La Presse (sauf ses jolis aphorismes, en première page, qui sont plutôt bien foutus)… et pourtant la popularité de Céliiiiine… tout cela auraient dû vous y préparer. «Minimaliste», de la même étymologie que «minimum»; sans serif, comme sans relief… Le style minimaliste a, paradoxalement, sa grandeur, exploitée formidablement par certains designers d’objets (Philippe Starck), comme de mode (Philippe Dubuc), comme dans certaines maquettes de journaux. Mais il a aussi sa vacuité. Loft Story et Occupation double en ont à revendre, de la vacuité minimaliste (et du pléonasme, allons-z’y gaiement). Oui, je n’en parle qu’aujourd’hui de ces deux émissions dont tous ont parlé et reparlé. Vous avez le choix: je suis particulièrement lent, ou bien j’ai décalé indéfiniment (jusqu’à aujourd’hui) la parution de cette chronique, pour la faire tomber alors que tombent les «finales» de ces deux machins télévisuels, qui ont fait cet automne la fortune des télédiffuseurs. Alors donc on a palabré, on a digressé; on a psychanalysé la chose. Je l’ai regardée, la chose. Je l’ai même – exploit suprême – écoutée (oui, oui, elle a des trucs à dire, la chose… l’absence de discours est un discours, l’ignoriez-vous?) Bref, ce qui est frappant, c’est l’immobilisme. Pas cet immobilisme propre au théâtre classique (avec ses unités de lieu, de temps et d’action); pas même cet immobilisme des situations (qui évoluent moins vite encore que celles d’un mauvais téléroman, ce qui n’est pas peu dire)… plutôt l’immobilisme de nos sociétés, criant dans le néant de cette tristounette télévision. Tout ça pour ça? Quarante ans de féminisme pour en arriver là? Une solidarité masculine exacerbée et mal placée, qui n’a sans doute rien à envier à celle des draveurs d’une autre époque; une rivalité entre les femmes si sommaire qu’elle rappelle celle des jardins d’enfants; des armes de séduction de la subtilité d’un dix tonnes. Et que j’te’joue une tite toune pendant que t’embrasses à pleine bouche une autre fille… ahhh le lesbianisme, rien d’mieux j’vous jure… ahhh un mec capable de mettre son poing sur la table (et, accessoirement, dans une porte), ça c’est l’jackpot… Que tu me mitonnes un tit plat, que tu m’fasses la popote en remuant le popotin… Bienvenue dans une infopub des stéréotypes! Les ressorts de la séduction n’ont pas bougé d’un iota. Dans Occupation Double, un mec se fait éjecter; les filles s’étaient rendu compte qu’il jouait triple ou quadruple jeu alors qu’il fut «pris» en délicieuse posture avec l’une d’entre elle. La défense du type? C’est la faute de la fille, bien entendu! Ahhh, la femme tentatrice… (cette excuse est un classique… il date de… quarante, cinquante ans?) Dans son roman Le Temps des amours lucides, Brigitte Caron constate: «Le féminisme est passé et il y a deux mortes: l’innocence et l’abnégation. Après ça, les psycho- logues sont arrivés pour rachever les illusions et la pensée magique. Heureusement, pendant tout ce temps-là, Janette était là pour nous dire qu’au delà de tout, l’amour était encore possible.»

Oui, on en est là, semble-t-il. «L’Off Story» et «Copulation Double»: une inquiétante caricature de l’immobilisme des relations hom-mes/femmes. Et du vide.

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