Le plein de diesel, s’il-vous-plaît

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Des nouvelles de Félix

Ma victoire la fin de semaine  du 1er juillet au raid Vélomag au mont Ste-Anne a inspiré un journaliste du Journal de Québec, qui en a fait l’objet d’une chronique imaginaire. Après m’avoir honoré de son interview, un conte plutôt fictif jaillit de sa plume. Bien que son histoire fût divertissante, je tiens à raconter l’histoire réelle, afin de remettre les pendules à l’heure.

 

Voici donc les choses telles que je les ai vécues

Nous étions trois compatriotes séniors

d’Espresso Sports à prendre le départ. Mes vieux compagnons d’arme Sébastien et Jérémi m’accompagnaient dans cette aventure.

N’étant pas un habitué de ce type d’épreuve, j’avais bien hâte de voir comment la balade se déroulerait. Une chose que je savais, c’est que nous allions carburer au diesel. J’ai par conséquent prévu de quoi tenir. Je me suis mandaté de grignoter sans cesse: 2 bananes, 2 powerbars, 2 gels, un paquet de jujubes et un bon bidon de Gatorade (en plus de quelques hectolitres d’eau). C’est tout juste si je n’avais pas prévu une savoureuse paire de hot dogs michigan.

 

Le départ, plutôt matinal, me convenait parfaitement. Après une légère mise en jambe, nous partions à 9h30. J’étais plutôt en recul de la tête, faute d’avoir participé au cumulatif des épreuves de la fin de semaine, mais je n’ai pas tardé à prendre position parmi les meneurs dès les premiers coups de pédale.

 

Après une trentaine de minutes, nous étions quatre en tête: moi-même et Sébastien (mon coéquipier) rivalisions avec Aroussen Laflamme (coureur d’Exprezo) et Jamie Lamb (coureur de la Nouvelle-Écosse). Dès les premières minutes, le rythme assez élevé me surprit, mais je me prêtai tout de même au jeu.

 

Le coureur d’Exprezo ne ménageait pas les

relances dans les bosses, si bien que je me demandais comment il tiendrait le rythme jusqu’à la ligne d’arrivée.

 

Trois bonnes montées nous attendaient, d’une longueur respective de huit, quatre et six kilomètres. Vint la première, lente, humide,

rocailleuse, à pic. Ces quelques kilomètres s’attardaient un peu trop à mon goût sur l’écran de mon GPS. Tout près d’une heure de grimpe. Au début, nous étions quatre, à la fin, plus que trois. Le fougueux Aroussen ne put s’accrocher au train.

 

Pour le reste de la course, du moins jusqu’à l’ascension finale, nous nous alternions la tête, moi et mon coéquipier.  Je peux compter sur les doigts d’une main les minutes pendant lesquelles notre concurrent de la Nouvelle-Écosse prit les devants. C’est plutôt normal, puisque Sébastien et moi avions l’avantage d’être unis par nos couleurs d’équipe (et notre camaraderie, bien sûr). À plusieurs reprises, afin d’affaiblir notre adversaire, Sébastien me laissait partir, moteur diesel à plein régime, restant en retrait avec l’autre, pour ensuite décoller telle une fusée pour me rejoindre, minant d’acide lactique les gros jambons du Néo-Écossais. Une vraie locomotive, notre duo d’Espressosports.

 

Malgré cette épique chevauchée d’équipe, je tenais tout de même à franchir le premier l’arche d’arrivée. Je savais très bien que les vingt derniers kilomètres, majoritairement descendants, convenaient davantage aux pilotes compétents dans la limite de la perte de contrôle, compétences que Sébastien maîtrise tel un dieu. Par conséquent, j’ai joué le tout pour le tout dans l’ascension finale, la plus ardue. J’ai mis toute la gomme, décrochant mes adversaires. Au sommet du mont Ste-Anne, j’étais seul en tête.

 

La descente avait un petit quelque chose à congeler les yeux, surtout quand on se donne comme objectif de toucher le moins possible aux freins. Jamais de toute ma vie je crois n’avoir atteint de vitesse aussi élevée sur mon vélo de montagne. Quand j’y repense, je suis reconnaissant à l’égard de mes pneus qui ont eu l’amabilité de ne pas exploser.

Bref, après les cinq premiers kilomètres dans des pistes de downhill, les quinze dernières bornes furent quelque peu trompe-l’œil. Certes, cela descendait, mais juste pas assez pour ne pas relâcher les gaz. En prime, quelques petites grimpettes n’attendaient que le moment d’achever les vestiges de toutes réserves énergétiques. Toujours en tête, seul, je n’avais aucune idée du temps me séparant de mes hardis poursuivants. Mon derrière, souffrant de quelques sauvages enflures et irritations, me motiva à attaquer debout sur les pédales les dernières bornes.

 

Enfin, j’aperçois les pentes et le chalet de ski, la ligne d’arrivée, et surtout, les chips et les melons d’eau. Mon chrono affiche 3h48. Pas mal.

 

C’est rare que je dévore des chips et des peanuts aussi savoureuses.  

 

Aussi, en attendant que mes compères franchissent à leur tour le fil d’arrivée, je revins sur une pensée qui me trottinait en tête :

Après avoir constaté que nous déambulions à un rythme plutôt hâtif, que les minutes et les kilomètres s’attardaient sur l’écran de mon GPS, que mon corps m’envoyait des signaux de détresse, j’ai pensé à tout le reste du peloton qui passerait derrière nous. Puisque j’avais un peu de temps devant moi, je me permis le luxe, tout en pédalant, d’émettre quelques hypothèses. Si je franchis la ligne d’arrivée le premier, non sans un certain supplice corporel, qu’en sera-t-il de tous ces valeureux qui me suivent ?  Vont-ils devenir fous ? Avoir des hallucinations ?

 

Gagner un raid de 80 kilomètres en 3h48 minutes c’est une belle performance. Compléter un raid de 80 kilomètres en 6 heures et des poussières, sans camps d’entraînement ni 700 heures annuelles dans les pattes, c’est héroïque.

 

Ces gens-là sont des braves au moral d’acier. Nous, coureurs dits d’élite, n’avons pas le même mérite. Nous passons notre temps à entraîner nos jambes pour qu’elles tournent vite et poussent fort. Nous avons tout aussi mal, simplement moins longtemps.

 

Bref, à tous les coureurs du dimanche, à tous les sportifs maîtres, à tous les papas et les grands-mamans à vélo, vous avez mon admiration. Je vous envie, et je l’espère, j’aurai un jour le même mode de vie que vous et surtout la même ténacité.

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