Comment vit-on avec l’anxiété?

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Ève Ménard

L’anxiété chez les jeunes connaît une hausse importante depuis quelques années. Selon Diane Marcotte, professeure de psychologie à l’UQAM, un impressionnant total de 15 à 20 % des jeunes présentent des symptômes d’anxiété. Or, au-delà des statistiques, que savons-nous réellement sur ces jeunes? Pour ceux qui ne souffrent pas de ce trouble, l’anxiété peut s’avérer nébuleuse et incomprise. Pour tenter de remédier à cette situation, j’ai posé quelques questions à mon amie, Frédérique St-Hilaire, 17 ans, qui a été diagnostiquée depuis peu.

Comment a évolué ton anxiété, des premiers signes jusqu’à ton diagnostic?

On a commencé à remarquer que j’avais des réactions exagérées quand j’avais six ans. Mes émotions étaient constamment amplifiées. On pensait que cela allait passer et que ce n’était que l’âge.

En cinquième année, le tout a commencé à être plus intense. J’avais beau essayer de me contrôler, cela ne fonctionnait jamais. Au cours de cette même année, il y avait eu une histoire au sujet d’un voleur qui rodait près de chez moi.

Pendant six mois, j’ai fait des cauchemars qui me réveillaient presque chaque nuit. C’est pour cette raison que j’ai été voir un psychologue pour la première fois alors que j’avais 10 ou 11 ans. Après quelques mois, quand les cauchemars ont cessé, j’ai arrêté la consultation. Puis, en secondaire deux, mon stress est redevenu trop intense. Je suis retournée consulter des professionnels. J’ai finalement été diagnostiquée avec le trouble d’anxiété à 16 ans, il y a 7 mois environ.

Comment ce trouble affecte-t-il ton quotidien?

Cela dépend du niveau d’anxiété. C’est en secondaire deux que mon stress m’a le plus affectée. J’avais des crises presque chaque jour et je vomissais souvent. Dans la plupart des cas, ces crises avaient lieu tout juste avant de prendre mon autobus.

Qu’entends-tu par crise?

Une crise, c’est lorsqu’on perd le contrôle de soi-même. Elle peut durer 10 à 20 minutes seulement. J’ai alors de la difficulté à respirer. Il m’est arrivé une fois de perdre la vue.

Pour revenir à la question précédente, quand ce ne sont pas des crises, je suis tout simplement stressée sans arrêt. C’est comme si, à l’intérieur, je ne suis jamais calme. Le quotidien devient désagréable. Je dirais que c’est juste épuisant. C’est comme si tu faisais de l’activité physique sans en faire.

Qu’est-ce qui provoque ton stress?

L’école bien entendu est la source principale de mon stress, que ce soit par la charge de travail, les travaux à remettre ou les examens. En fait, tout type de performance me donne beaucoup d’anxiété. Surtout à l’école, mais aussi dans le sport par exemple.

Les dangers aussi génèrent du stress chez moi. C’est normal d’avoir peur suite à une catastrophe. Or, dans mon cas, je n’arrive pas à décrocher pour me dire que moi, je suis en sécurité.

Qu’est-ce que tu entends par danger? Peux-tu me donner un exemple?

La tuerie à Québec tout récemment. Je m’imagine que je suis une des victimes ou que les criminels vont se rendre jusqu’à moi. En fait, jusqu’à ce qu’ils soient en prison, je m’imagine qu’ils vont venir faire du mal à ceux que j’aime.

Je m’éloigne de la réalité, je pars dans l’imaginaire, la peur. C’est le même principe avec les films. Il y a deux semaines, en art dramatique, nous écoutions le film Incendies.

À un moment, il y a eu un coup de fusil. J’ai alors commencé à entendre des coups de feu dans ma tête, comme s’ils étaient près de moi. J’ai fait une crise et je n’ai pas pu terminer le visionnement. Cette peur a persisté pendant quelques semaines jusqu’à ce que je réussisse à me convaincre que j’étais en sécurité. Vous allez vous dire que c’est exagéré. Ben oui! C’est ça l’anxiété, c’est exagéré.

Comment travailles-tu avec l’anxiété? Quelles sont les stratégies afin de réduire ce stress?

Avant tout, il est important de comprendre que l’anxiété et le trouble d’anxiété sont deux choses distinctes.

L’anxiété, tout le monde en vit. Pour y remédier, il y a des astuces simples.

À titre d’exemple, on prend de grandes respirations ou on fait un peu de sport pour se détendre. Dans le cas du trouble d’anxiété, ces moyens habituels sont inefficaces, car le stress est trop intense. Dans mon cas, ce qui m’a permis de prendre le contrôle de moi-même, c’est la médication. Cela m’aide aussi d’avoir quelqu’un à qui parler.

Chaque deux semaines, je vois mon psychologue. Il m’aide à appliquer les stratégies et à les rendre efficaces.

Comment ton entourage peut-il t’aider à surmonter cette anxiété? Comment peut-on venir en aide à un proche qui souffre de ce trouble?

À mon avis, c’est difficile d’aider quelqu’un quand tu ne le vis pas. Le meilleur moyen, c’est surtout de lui démontrer que tu es là pour cette personne et que tu ne la juges pas. Au contraire, tu essaies de comprendre ce qu’elle vit et fais preuve d’empathie. Si jamais les résultats ne sont pas concluants, c’est une bonne idée d’encourager la personne à aller chercher de l’aide professionnelle. Au début, ça peut paraître honteux de consulter et alors elle ne prendra pas l’initiative. Il faut la rassurer!

Quel message voudrais-tu transmettre aux autres jeunes souffrant du trouble d’anxiété?

Ne restez pas seuls avec ce problème, car je le sais, c’est désagréable. Je vous assure que cela vous fera du bien d’en parler. Contrairement à ce que vous pensez, il y a de nombreuses personnes qui vivent la même chose et elles sont là pour vous aider. Je suis certaine qu’à certains moments, vous avez cru que cela n’allait jamais se régler. Je vous garantis qu’il y a vraiment des moyens pour que la situation s’améliore.

Cela va fonctionner un jour ou l’autre, il faut juste continuer à persévérer. Vous n’arriverez jamais à éliminer ce trouble de l’anxiété. Vous allez plutôt apprendre à vivre avec celui-ci.

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