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Par jacqueline-brodie

Le noir et le rouge

Noir comme le film de Michael Haneke DAS WEISSE BAND (LE RUBAN BLANC), tourné en noir et blanc, lauréat de la Palme d’Or. L’œuvre – sur la tyrannie forcenée de la pureté – admirable, austère, glaciale et terrifiante – est une éloquente préfiguration du nazisme. Située dans un village protestant de la campagne allemande, l’action se déroule à l’aube de la première grande guerre mondiale. Impossible de sortir indemne de cette analyse clinique dans laquelle le réalisateur autrichien décrit avec minutie la recette du bouillon de culture de la haine. Une palme méritée pour un film aussi accompli que sinistre.

Noir aussi le film français de Jacques Audiard, UN PROPHÈTE, lauréat du Grand Prix. Prison, école de la vie… C’est en effet le lieu où un jeune détenu fera avec succès l’apprentissage du pouvoir. Une redoutable métaphore de nos sociétés, parfaitement maîtrisée par un réalisateur de grand talent et interprétée par de merveilleux comédiens dont le débutant Tahar Rahim. Il resta favori pour la palme jusqu’à la fin.

Huées, sifflets, stupéfaction côté presse à la soirée de clôture, quand le noir et saignant KINATAY du réalisateur philippin Brillante Mendoza, reçut le Prix de la mise en scène. Sur l’air de «crime et corruption», le film présente en détail l’enlèvement, le viol, la torture suivie du découpage en morceaux d’une prostituée par une bande de tueurs, sous l’œil d’un étudiant en criminologie . Leçon à l’intention du festivalier: ne jamais préjuger des goûts d’un jury, surtout présidé par Maîtresse Isabelle Huppert dont on dit – rumeur cannoise! – qu’elle mena ses membres à la trique.

Quant au Prix du jury, deux films aux antipodes l’un de l’autre se le partage. Que l’émouvant FISH TANK de la Britannique Andrea Arnold soit récompensé, le festivalier optimiste l’espérait. Oeuvre à fort contenu social, dans la lignée d’un Ken Loach, elle apportait la note d’espoir, objet rare dans l’ensemble de cette compétition. Pour le second, surprise, surprise! … C’est en effet à la grand-guignolesque saga du prêtre saint homme et vampire lubrique, BAK-JWI (THIRST, CECI EST MON SANG) création du Coréen Park Chan-Wook qu’échut cette récompense. Déjanté, pour sûr. Hémoglobine à la pompe. Curieuse concoction. On rit rouge.

Unanimité quand au Prix d’interprétation féminine. La performance magistrale de Charlotte Gainsbourg dans ANTICHRIST, œuvre d’une cauchemardesque beauté et d’une violence rarement égalée – produit d’une dépression de Lars Von Trier – est totalement bouleversante .

Flottement quand au Prix d’interprétation masculine. L’acteur Christoph Waltz est à ce point irrésistible dans la fable galopante INGLOURIOUS BASTERDS, qu’on se surprend à presque aimer son personnage de nazi multilingue, futé et séduisant. L’acteur autrichien polyglotte y joue gagnant sur tous les tableaux et dans trois langues . Une branche de laurier pour Monsieur Tarentino. Regrets: le jeune acteur de Jacques Audiard Tahar Rahim, UN PROPHÈTE, méritait aussi ce prix.

Troisième film asiatique au palmarès, c’est le Prix du scénario qu’a remporté NUITS D’IVRESSE PRINTANIÈRE du Chinois Lou Ye. La puissance poétique, la beauté de cette tragédie de la confusion des êtres déchirés entre amour et désir, son originalité aussi, méritaient récompense. Peu de protestations.

Ovation enfin pour l’attribution d’un Prix spécial au doyen de cette compétition Alain Resnais, 87 ans dans quelques jours «pour l’ensemble de sa carrière et sa contribution exceptionnelle à l’histoire du cinéma».

L’auteur de l’inoubliable Hiroshima mon amour a renouvelé l’enchantement avec LES HERBES FOLLES, souffle de légèreté dans une compétition qui en fut avare. Le bonheur était dans la salle.

Exit le vide…

Soulagement en fin d’énoncé du palmarès au constat que la dernière élucubration de Gaspar Noé SOUDAIN LE VIDE en était absente. Sait-on jamais, nous disions-nous? Programmé en fin de Festival, cette horreur de film où s’agitent des drogués, sortes de zombies prétextes à une spiritualité absente – à Tokyo exhibé en orgies de contre plongées – est confondante de vacuité. Impuissant à dépasser le stade des F…K you! en guise de dialogue, l’auteur nous gratifie de surcroît d’un impromptu gynécologique. On copule ici et là… Entrée dans l’Intra- muros utérin. À nous le petit monde des spermatozoides. Voyez comme ils dansent… Trajectoire du vainqueur. Cordon ombilical. Ciseaux, crac, le cri. Suite et fin. La drogue, c’est la vie. Diantre! Monsieur Victor Hugo le disait: «Ces choses-là sont rudes…» , constate le pauvre festivalier 2h30 plus tard.

Côté parallèle, bonheur dans le pré de…prédilection du cinéma québécois – la Quinzaine des réalisateurs – où notre Xavier Dolan, 20 ans, «jeune surdoué» selon la critique française, a remporté 3 des 4 prix disponibles avec J’AI TUÉ MA MÈRE qu’il a scénarisé, réalisé et produit en plus d’en être le brillant protagoniste masculin . Le quatrième prix étant réservé à un film européen lui a forcément échappé. Patience. Cette œuvre tour de force sera sur nos écrans québécois dès le 5 juin.

Succès aussi à la Semaine de la Critique où le film de Cordell Barker RUNAWAY, produit par l’Office national du film, a remporté le Prix du meilleur court métrage.

Et après…?

Pénurie de vraies grandes stars, soit – il aura fallu attendre le 7e jour pour qu’elles arrivent avec Brad Pitt, Angelina Jolie et Sharon Stone dans le sillage de Quentin Tarentino – mais abondance de vrais beaux films avec le retour en force du cinéma d’auteur. Toutes sections confondues cette 62e édition, par sa qua-

lité et sa diversité aura été magnifique. À ses

auteurs, merci.

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