Accessibilité : les parcs à l’épreuve du quotidien
Par Jean-Simon Guay
Une table de pique-nique adaptée peut accueillir une personne en fauteuil roulant avec sa famille. Encore faut-il savoir où elle se trouve et pouvoir s’y rendre. À Sainte-Adèle, un projet pilote fait appel à des personnes en situation de handicap pour examiner les parcs à partir de leur expérience.
Amorcée cet été, la démarche est menée par l’Association régionale de loisirs pour personnes handicapées des Laurentides, en collaboration avec la Ville. L’objectif : repérer les obstacles et proposer des améliorations qui permettront aux citoyens de profiter davantage des lieux.
Pour Marie-Ève Lépine, directrice générale de l’Association, la présence d’une rampe, de toilettes adaptées ou de mobilier accessible ne règle pas tout. L’information disponible, la signalisation, l’entretien et les déplacements entre les installations comptent également.
« L’accessibilité, c’est beaucoup de choses », résume-t-elle.
Tester les lieux avec les personnes concernées
Avant les visites, l’équipe examine notamment les renseignements qu’un citoyen peut trouver en ligne pour préparer sa sortie. Elle se rend ensuite sur place avec de petits groupes de personnes ayant des besoins différents : déficience visuelle, limitations physiques, troubles cognitifs ou fatigue à la marche.
Ces participants parcourent les lieux, utilisent les installations et racontent leur expérience. Peuvent-ils circuler de façon autonome? Trouvent-ils facilement les équipements? Peuvent-ils participer aux activités avec les autres?
La démarche permet de relever des difficultés qui peuvent échapper à une personne sans limitation. Une branche qui empiète sur un passage, un changement de surface ou une indication difficile à lire peuvent compliquer une sortie.
Le sentiment d’inclusion occupe aussi une place centrale. Pouvoir entrer dans un parc ne signifie pas nécessairement pouvoir en profiter pleinement.
Des acquis et des obstacles
Au parc Claude-Henri-Grignon, Marie-Ève Lépine souligne plusieurs aménagements favorables, dont les jeux d’eau accessibles de plain-pied et les chemins pavés qui facilitent les déplacements.
Le mobilier adapté constitue un autre acquis. Certaines tables permettent à une personne en fauteuil roulant de prendre place avec ses proches. Toutefois, explique-t-elle, leur emplacement n’est pas toujours évident pour quelqu’un qui découvre le parc.
« Une personne qui est à mobilité réduite, elle ne va pas se mettre à parcourir des centaines de mètres pour peut-être trouver quelque chose ou pas. »
Mieux indiquer où se trouvent ces équipements pourrait donc améliorer l’expérience, sans nécessairement entreprendre de grands travaux.
Les observations recueillies doivent alimenter un rapport destiné à la Ville. Les recommandations toucheront autant les aménagements physiques que l’information et les pratiques municipales. Selon Marie-Ève Lépine, Sainte-Adèle souhaite s’appuyer sur ces constats pour orienter ses interventions.
Une mobilisation qui s’élargit
Le projet s’ajoute au sondage lancé par Sainte-Adèle auprès des personnes en situation de handicap et de leurs proches. Le Regroupement pour la concertation des personnes handicapées des Laurentides (RCPHL), qui rassemble 40 organismes communautaires, défend collectivement leurs droits et travaille avec les institutions publiques pour améliorer leur participation à la vie en société.
Pour sa directrice générale, Caroline Denis, consulter les citoyens est une démarche à encourager. « C’est vraiment une excellente pratique », affirme-t-elle, en soulignant que les personnes concernées peuvent elles-mêmes nommer les obstacles qu’elles rencontrent.
À l’échelle régionale, elle relève notamment les difficultés liées aux déplacements et à l’accès aux services, dans un territoire où les côtes peuvent compliquer les trajets.
Les besoins sont importants : selon une compilation de l’Office des personnes handicapées du Québec, environ 114 450 personnes de 15 ans et plus vivant en ménage privé avaient une incapacité dans les Laurentides en 2022, soit 21 % de cette population.
Depuis juin 2024, l’obligation municipale d’adopter un plan d’action annuel à l’égard des personnes handicapées s’applique dès 10 000 habitants, contre 15 000 auparavant. Marie-Ève Lépine constate une hausse des demandes d’accompagnement auprès de son organisme.
Le défi consiste maintenant à traduire cette mobilisation en changements perceptibles au quotidien, avec les personnes qui utiliseront les lieux.