(Photo : gracieuseté)
L’établissement accueillait des voyageurs et des personnes traversant différentes épreuves, notamment liées à la dépendance ou à une santé mentale fragilisée.

Sainte-Adèle : Éliane Gagnon veut rouvrir son auberge et « ramener le banc »

Par Jean-Simon Guay

Alors qu’elle cherche à relancer l’hébergement touristique à l’Auberge de la Gare, Éliane Gagnon lance un appel pour ouvrir davantage de lieux aux personnes vulnérables dans les Laurentides. Sa démarche se poursuit sur fond de désaccord réglementaire avec Sainte-Adèle, qui exige une exploitation conforme au zonage.

Elle désire « ramener le banc ». Autrefois, le banc du quêteux offrait une place au chaud à celui qui n’avait rien. Éliane Gagnon, propriétaire de l’Auberge de la Gare à Sainte-Adèle et fondatrice de Station Soberlab, reprend aujourd’hui cette image d’hospitalité dans une lettre ouverte pour lancer un appel à l’entraide dans les Laurentides. Alors que son auberge attend de pouvoir rouvrir, elle souhaite que davantage de bâtiments accueillent les personnes qui cherchent un toit.

Sobre depuis dix ans, elle souhaite aider d’autres personnes à se reconstruire après des épreuves liées à la dépendance.

« On a toujours été une auberge avec une mission sociale et on veut rester une auberge », affirme la propriétaire.

L’établissement accueillait des voyageurs et des personnes traversant différentes épreuves, notamment liées à la dépendance ou à une santé mentale fragilisée. Dans les derniers mois, explique-t-elle, l’accueil concernait principalement des femmes, dont certaines avec leurs enfants.

Aujourd’hui, elle souhaite récupérer son permis pour reprendre l’hébergement touristique, tout en poursuivant son projet d’entraide ailleurs.

Un permis toujours attendu

Selon Mme Gagnon, un avis de révocation du permis lui a été transmis le 13 août. La Ville considérait alors que les activités relevaient de l’hébergement collectif plutôt que touristique.

Une résolution adoptée à l’unanimité le 20 juillet confirme que le conseil avait mandaté PFD Avocats pour accompagner le service d’urbanisme dans les démarches visant à faire cesser un « usage dérogatoire » à cette adresse. La résolution ne précise pas la nature de cet usage.

La propriétaire affirme avoir déposé une nouvelle demande de permis d’affaires pour l’hébergement touristique le 30 septembre. Selon son récit, la Ville exigeait d’abord le départ des femmes hébergées. Elle indique que leur relocalisation était terminée le 15 octobre.

Deux femmes et leurs enfants vivent désormais comme locataires dans deux logements de la propriété, précise-t-elle. Une autre femme est demeurée sur place comme hôtesse pour le volet touristique.

Éliane Gagnon soutient devoir maintenant démontrer l’usage résidentiel des deux logements, un dossier qu’elle prépare avec sa notaire. Elle dit également avoir demandé des précisions sur les inspections et attestations requises concernant le bâtiment et la sécurité incendie.

Elle n’a pas souhaité transmettre sa correspondance avec la Ville, invoquant les échanges entre avocats.

La Ville exige la conformité

Questionnée sur la situation, la mairesse Nadine Brière maintient que l’immeuble doit être exploité comme une auberge et non comme une maison de chambres.

« Elle doit se conformer aux règlements municipaux en vigueur », répond-elle.

Pour les détails du dossier, la mairesse renvoie aux avocats. Ses réponses ne précisent pas les conditions restant à remplir pour délivrer le permis demandé.

Éliane Gagnon affirme, pour sa part, vouloir poursuivre ses démarches dans cet objectif. « Ma position est la même, on se conforme et on collabore depuis le début », soutient-elle.

Un appel au-delà de l’auberge

Dans sa lettre ouverte intitulée Ramenons le banc… et la dignité dans les Laurentides, elle invite les municipalités, les MRC et Québec à travailler avec les organismes et les propriétaires pour utiliser des bâtiments vacants, même temporairement pendant l’hiver.

« Avoir un toit ne devrait pas être un luxe : c’est la base de la dignité humaine », écrit-elle.

Son projet de réseau de Maisons de la dignité est désormais envisagé dans d’autres lieux des Laurentides. À l’auberge, elle souhaite reprendre l’accueil touristique et discuter des possibilités d’entraide compatibles avec les règles.

« Je travaille à ce qu’elle rouvre bientôt ses portes aux voyageurs, pour des séjours de repos et de ressourcement », précise-t-elle dans sa lettre.

Elle lance également un appel aux personnes disposant d’une maison vide, d’un bâtiment ou d’une piste d’emplacement. Son ambition demeure de multiplier les portes auxquelles les personnes vulnérables pourraient frapper.

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