Les multiples chapeaux d’Anne Nguyen
Par Jean-Simon Guay
Une campagne électorale de 39 jours, une assermentation comme députée, puis, quelques heures plus tard, une nomination comme ministre. Pour Anne Nguyen, les dernières semaines se sont déroulées à toute vitesse. La nouvelle élue de la circonscription de Prévost assure toutefois garder le cap sur ceux qui l’ont portée au pouvoir : ses citoyens.
Une eau chaude pour accompagner l’entretien, une parole posée : Anne Nguyen affiche un calme qui tranche avec le rythme des dernières semaines. Rencontrée le 26 octobre par Accès et la nouvelle députée du comté de Prévost prend le temps de raconter les étapes qui l’ont menée jusqu’au Conseil des ministres.
« Ça s’est fait très, très, très rapidement. »
Elle qui partageait son temps entre les conférences et l’enseignement est devenue candidate, députée, puis ministre. Malgré cet enchaînement, elle dit rester « toujours dans le moment présent ».
Il lui restait cependant à découvrir les étapes entre l’élection et l’exercice de ses fonctions, dont l’assermentation et le transfert des dossiers de la députée sortante, Sonia Bélanger.
Puis est venu l’appel : elle siégerait au Conseil des ministres. Elle affirme l’avoir appris seulement 12 heures avant sa nomination.
Recrutée par le Parti québécois pour son expertise en intelligence artificielle, elle assure qu’aucun ministère ne lui avait été promis.
Désormais ministre déléguée à l’Intelligence artificielle et au Numérique et ministre responsable des Laurentides, elle devra conjuguer ces responsabilités avec celles de députée.
« Pour moi, ce sera toujours les citoyens de Prévost qui vont être ma grande priorité. »
Mesurer les besoins derrière les apparences
Pour amorcer son travail régional, Anne Nguyen souhaite rencontrer les préfets et les élus municipaux. Une question l’intéresse particulièrement : les critères qui déterminent les enveloppes de financement reflètent-ils correctement les besoins des Laurentides?
Elle rapporte avoir discuté avec Catherine Hamé, pendant la campagne, d’un indicateur lié à la scolarité. Selon l’hypothèse qu’elle souhaite examiner, le profil des populations associées à la villégiature pourrait donner une image du territoire qui masque certaines difficultés.
« Il y a quand même un indice qui dit : non, on a un bien-être ici dans les Laurentides, mais finalement, lorsqu’on est sur le terrain, il y a quand même plus de vulnérabilité qu’on le pense. »
L’indicateur et les programmes concernés restent à préciser. La députée veut vérifier si les outils utilisés rendent compte de la réalité locale.
Elle entend mener ce travail avec les autres députés de la région. Un contexte particulier : les dix circonscriptions des Laurentides sont désormais représentées par des élus du Parti québécois. Anne Nguyen compte travailler avec ses collègues en tenant compte des réalités différentes des secteurs agricoles, des municipalités plus urbanisées et des milieux touristiques.
« Très rapidement, j’écris à mes collègues en disant : moi, je veux être à votre service et je veux vous faire rayonner selon vos expertises. »
La première étape, c’est de passer l’hiver »
Sur l’itinérance, les questions ramènent rapidement la nouvelle ministre aux besoins de Sainte-Adèle et de Saint-Jérôme. À l’approche du froid, elle insiste sur l’urgence de protéger les personnes sans toit.
« La première étape, c’est de passer l’hiver », affirme-t-elle.
Au moment de l’entrevue, elle ne connaissait pas encore la part destinée aux Laurentides dans l’aide d’urgence de 28 millions de dollars annoncée par son gouvernement. Elle s’est engagée à transmettre cette information aux deux journaux.
Elle reconnaît cependant que les mesures hivernales ne suffisent pas. Son objectif demeure l’accès à un toit abordable, accompagné d’une structure qui puisse durer au-delà des urgences saisonnières.
« Parce que lorsque t’arrives à offrir un toit abordable, c’est là en fait que tu peux te remettre sur tes pieds beaucoup plus facilement. »
Elle souhaite aussi renforcer les liens entre les organismes communautaires, les municipalités et les MRC.
« Dans les organismes communautaires, il y a déjà une très bonne concertation. Je pense qu’il faut juste la solidifier un petit peu plus puis la renforcer, puis la rendre officielle. »
Aucun nouveau projet d’hébergement ni échéancier propre aux Pays-d’en-Haut n’a toutefois été annoncé pendant l’entretien.
Une transition en famille
Cette entrée rapide en politique transforme aussi le quotidien de sa famille. Avant de se lancer, Anne Nguyen en avait discuté avec son mari et leurs deux enfants, âgés de 14 et de sept ans.
« Ce n’était pas juste faire campagne pour faire campagne, c’était faire campagne pour changer notre vie aussi. »
Quelques semaines plus tard, elle se retrouve avec une circonscription à représenter, une région à défendre et des responsabilités ministérielles à apprivoiser.