Ciné-rencontre au Pine : Un renversement donne la parole aux femmes de pouvoir
Par Jean-Simon Guay
Des visages cadrés de près, un décor brut, des images en noir et blanc. Dans Un Renversement, les femmes qui ont occupé l’espace politique québécois racontent ce que le pouvoir leur a permis de changer, mais aussi ce qu’il leur a coûté. Au Cinéma Pine, à Sainte-Adèle, la projection du 13 septembre a prolongé cette réflexion jusque dans la salle.
L’ancienne ministre Monique Jérôme-Forget et des membres de l’équipe du documentaire d’Amélie Hardy ont échangé avec le public sur la solidarité entre femmes et les obstacles à l’égalité.
Le film rassemble douze participantes, dont Pauline Marois, Louise Harel, Françoise David, Manon Massé et Véronique Hivon. Leurs entrevues alternent avec des scènes tournées notamment au Parlement.
Écouter plutôt que regarder
Comme l’a expliqué la productrice au contenu Sandrine Béchade, le noir et blanc vise à éviter que l’apparence des participantes détourne l’attention de leurs témoignages. Une esthétique sobre pour donner toute sa force à la parole de femmes dont les vêtements, les cheveux ou les bijoux ont souvent été commentés.
Une spectatrice a d’ailleurs questionné la représentation d’une politicienne « idéale » en complet-cravate, présentée à la fin du film. Pourquoi reprendre les codes masculins après avoir montré les contraintes qu’ils imposent?
« On est encore là et je pense qu’à ce jour, on n’a pas trouvé encore comment en sortir », lui a vite répondu l’ancienne ministre des Finances.
L’échange a fait ressortir l’écart entre la liberté souhaitée et les attentes auxquelles les politiciennes doivent encore répondre pour être prises au sérieux. Dans le film comme dans la discussion, leur apparence devient ainsi une question politique.
Mme Jérôme-Forget a souligné le prestige inégal des fonctions politiques. Si on continue de l’inviter, estime-t-elle, c’est parce qu’elle a été ministre des Finances. Elle doute qu’un passage au ministère de la Condition féminine lui aurait valu la même reconnaissance.
Au-delà des partis
Dans le documentaire, Manon Massé évoque la disposition du Parlement, où gouvernement et opposition se font face. Des images de batailles de l’Antiquité se succèdent alors à l’écran, rapprochant l’affrontement parlementaire de la guerre.
À cette logique, le film oppose les alliances entre femmes de formations adverses. Le producteur Serge Desrosiers a raconté que ses conversations avec Louise Harel sur ces solidarités avaient nourri la naissance du projet.
Mme Jérôme-Forget a insisté sur l’apport de Claudette Carbonneau dans le règlement du dossier de l’équité salariale, rappelant l’importance des liens entre élues et syndicats.
Des modèles pour la relève
Le témoignage de l’ancienne mairesse de Gatineau, France Bélisle, illustre ce que ces parcours peuvent transmettre. Dans le film, elle raconte avoir croisé un père et sa fille à l’épicerie. L’homme l’a présentée comme la première femme à diriger la Ville, faisant comprendre à l’enfant qu’elle pourrait, elle aussi, occuper cette fonction.
Cette rencontre rappelle que la présence des femmes au pouvoir peut élargir l’horizon de celles qui les regardent.
Dans la salle, une spectatrice a souhaité que le documentaire soit présenté dans les écoles secondaires. D’autres interventions ont porté sur l’éducation et l’espoir de voir progresser l’égalité.
Mme Jérôme-Forget a toutefois exprimé son inquiétude devant la montée du masculinisme et les reculs qu’elle observe, notamment aux États-Unis. « Je suis très inquiète », a-t-elle affirmé, tout en insistant sur la persévérance des femmes.
La campagne en toile de fond
Interrogée sur Christine Fréchette, l’ancienne ministre a salué son efficacité, la qualifiant de « remarquable ». Elle a surtout évoqué le poids de l’héritage gouvernemental que celle-ci doit porter.
« En politique, les gouvernements s’usent », a-t-elle rappelé. Au-delà des obstacles liés à leur sexe, les femmes de pouvoir doivent aussi défendre des décisions et un bilan devant l’électorat.