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CLSC: un médecin se vide le cœur

Par nathalie-deraspe

Notre récent article sur la mésaventure d’une octogénaire au CLSC des Pays-d’en-Haut a fait bondir un médecin de la région. «Le CLSC a déjà gagné des prix, les gens qui travaillaient là étaient géniaux, confie Barry Breger. Mais aujourd’hui, l’organisme ne remplit plus ses fonctions.»

Le Dr Barry Breger a œuvré à Montréal avant de poursuivre sa profession à Saint-Sauveur durant 15 ans, le tout entrecoupé d’escales à Sainte-Agathe-des-Monts et Morin-Heights, sa ville d’adoption. Il connaît donc suffisamment le milieu. Il a évolué au sein de la communauté. «L’histoire de diagnostic, c’est politique, lance le médecin. Les mamans en font tous les jours, des diagnostics. Mais le Collège des médecins refuse qu’une infirmière se prononce sur quoi que ce soit. C’est ridicule! On prétend vouloir protéger le public et la qualité des soins, mais en fait, ce sont les médecins qu’on veut protéger. C’est une chasse gardée.

Barry Breger considère que le manque de services auquel on assiste relève davantage d’une mauvaise gestion que de la pénurie de médecins. Le généraliste soutient que le Québec ne pouvait se permettre de mettre à la retraite autant de médecins. Cette «erreur monumentale» prive les finissants en médecine de l’expérience accumulée des chirurgiens de 60 ou 70 ans qui auraient très bien pu œuvrer dans des cliniques sans rendez-vous ou des CLSC.

Un mandat galvaudé

Depuis leur création en 1971, les CLSC ont eu du mal à arrimer les services sociaux et de santé. Mais de tout temps, le travail des organisateurs communautaires a davantage fait de bruit. La question était politique avant tout. Le rapport Brunet de 1987 proposait de centrer le travail sur les services courants (médicaux et psychosociaux), le maintien à domicile et les clientèles défavorisées. La réforme Côté, venue quelques années plus tard, admettait que les médecins eux-mêmes menaçaient l’existence des CLSC.

Dans CLSC et communautés locales (1993), de Louis Favreau et Yves Hurtubise, un directeur-général lance: «Fini le 9 à 5 pépère. Finie la prévention primaire, finie la clientèle petite-bourgeoise de cours prénataux. L’avenir est aux services accessibles 24 heures sur 24…» Il y a toujours moyen de maintenir un équilibre entre le préventif et le curatif, rétorquait un de ses collègues.

Encore en 2001, la commission Clair proposait que les services suivants soient inclus dans l’ensemble des services offerts par les CLSC: Des services courants en santé physique et en santé mentale et des services sociaux courants. Des programmes d’intervention clinique et de soutien pour les services ambulatoires, les personnes âgées en perte d’autonomie et les soins palliatifs. Des programmes d’activités intégrées pour des clientèles vulnérables ou particulières. Des activités d’intervention communautaire dans une perspective de prise en charge des collectivités par elles-mêmes. Des programmes de soutien aux personnes dans leur milieu de vie: maintien à domicile et intervention dans les écoles et les garderies. «On ne peut pas forcer les médecins à aller travailler dans les CLSC, réplique le directeur général de l’Agence de santé des Laurentides, Marc Fortin. Mais on a des GMF!»

Un cas patent

Barry Breger est un anglophone de la région de Montréal. Celui-ci a quitté le pays pour étudier la médecine en France et du coup, parfaire son français. Mais de l’autre côté de l’Atlantique, le diplôme est décerné après l’internat et non avant, comme c’est le cas ici. Il lui a donc fallu retourner en Europe faire une thèse à toute vitesse et un internat pour revenir avec son fameux papier. Malgré tout, il lui a fallu faire 3 ans de médecine à Terre-Neuve avant de pouvoir pratiquer sa profession dans la belle province. «On m’a traité comme un gradué d’un pays du tiers-monde.»

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