(Photo : Courtoisie)
Anna Louise Fontaine, présidente, et Stéphanie Debien Dubé, vice-présidente, de la coopérative d’habitation La Grande Ourse.

Coopérative d’habitation : Nulle part où s’installer

Par Simon Cordeau (initiative de journalisme local)

La coopérative d’habitation La Grande Ourse, à Val-David, recevra une subvention de 2,4 M$ du gouvernement provincial pour construire 20 logements abordables. Cependant, le projet cherche depuis des mois un endroit où s’installer, sans succès. Sans terrain disponible, difficile de prévoir quand la construction des logements pourra commencer.

« C’est notre principal enjeu. […] Il nous manque juste ça », explique Stéphanie Debien Dubé, vice-présidente de la coopérative. Initié en 2019, le projet a obtenu en janvier 2021 des subventions de la Société d’habitation du Québec (SHQ) pour bâtir ses unités de logement. Mais depuis, impossible de trouver un terrain disponible à Val-David.

Aucun terrain disponible

« Honnêtement, on n’a plus vraiment de pistes », déplore Mme Debien Dubé. Elle précise que la SHQ impose tout de même des critères, ce qui limite les possibilités. Par exemple, le terrain doit être desservi par les services d’aqueduc et d’égouts, et ne doit pas être à plus de 2 km du cœur du village.

« On a même exploré le marché caché : les terrains qui sont vacants mais pas à vendre. On partait la fin de semaine, on faisait le tour en voiture. On trouvait un terrain, puis on cherchait les coordonnées des propriétaires pour communiquer avec eux. De notre côté, on a vraiment tout fait ce qu’on pouvait », raconte la vice-présidente. Malgré ses efforts, elle n’a toujours rien trouvé pour le projet. « Présentement, il n’y a pas de terrain disponible à Val-David », regrette-elle.

Comme le projet est monté, accepté et financé en fonction des besoins de Val-David, il ne serait pas possible de s’installer dans une municipalité voisine. « Mais on a regardé pour le fun. C’est la même chose autour. Il y a des projets à Sainte-Adèle qui ne trouvent pas de terrain non plus », déplore Mme Debien Dubé.

La subvention de 2,4 M$ annoncée par Québec récemment vient « sécuriser le projet », se réjouit la vice-présidente, avant d’ajouter un bémol. « C’est super, mais ça ne fait pas en sorte qu’on a un terrain. […] À partir du moment où on aura un terrain, ça peut prendre, quoi, 2 ou 3 ans avant que les logements soient construits? »

L’âme du village en exil

En attendant qu’une occasion se présente, la coopérative travaille sur d’autres projets, comme la campagne Unissons nos voix. « On demande aux gens de faire une capsule vidéo, pour mettre un visage sur la problématique de la recherche de logements », explique la Val-Davidoise.

« Il y a énormément de gens qui doivent quitter Val-David. Il y a même une membre de notre CA qui a dû s’expatrier à Trois-Rivières. Elle a été expropriée de son logement, parce que son propriétaire le reprenait. […] Les gens quittent la région, carrément, parce qu’ils n’arrivent plus à se loger. »

C’était justement pour lutter contre la gentrification de Val-David que Mme Debien Dubé et d’autres citoyennes ont monté ce projet de coopérative d’habitation.

« Ce qui fait l’âme de Val-David, la raison pour laquelle les gens viennent ici, c’est que c’est un village un peu bohème, où il y a beaucoup d’artistes. Là, les gens qui sont l’âme du village doivent quitter. Val-David va devenir un village de touristes, où les gens viennent juste pour la fin de semaine », craint Mme Debien Dubé.

Créer un lien d’appartenance

« L’idée derrière La Grande Ourse, oui c’est d’offrir du logement abordable et de combattre la gentrification, mais c’est aussi de créer un lien d’appartenance, où il y a de l’entraide, où on se partage des tâches et où on peut briser l’isolement. Il y a beaucoup de valeurs derrière ça », soutient la vice-présidente.

« On veut des personnes de tout âge et avoir une belle mixité sociale. Il y a l’idée d’un projet intergénérationnel, ça c’est sûr. On aimerait que ça devienne une belle grande famille, sans entrer dans une commune des années 1970 [rires], mais juste de connaître son voisin, de jaser, de faire des soupers communautaires, et de s’impliquer selon les forces et les intérêts de chacun », rêve la citoyenne de Val-David.

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