(Photo : Gracieuseté - Denise Brancho)
Des parents inquiets de laisser leurs adolescents circuler en scooter sur la 117

Dégradation de la route 117 : « Ça ne fonctionne pas »

Par Jean-Simon Guay

Malgré des démarches entreprises depuis le printemps et une rencontre avec le MTMD, les maires de Sainte-Adèle, Piedmont et Saint-Sauveur estiment que l’état de la route 117 demeure inacceptable. Le ministère affirme intervenir régulièrement, mais les élus réclament désormais des actions durables plutôt que du simple colmatage.

Des nids-de-poule, des cônes orange installés depuis des mois et des citoyens inquiets pour leur sécurité. Devant l’état de la route 117, les maires de Sainte-Adèle, Piedmont et Saint-Sauveur ont décidé de faire front commun afin d’obtenir des interventions plus durables du ministère des Transports et de la Mobilité Durable (MTMD).

« On ne demande pas une nouvelle 117. On demande de ne pas avoir de trous », résume le maire de Piedmont, Bernard Bouclin.

Selon lui, les trois municipalités interpellent le ministère depuis le printemps, sans obtenir les résultats espérés.

Les trois élus affirment avoir multiplié les démarches auprès du MTMD et des députées France-Élaine Duranceau et Sonia Bélanger avant de rendre le dossier public, estimant qu’il s’agissait du dernier moyen de faire avancer la situation.

« On s’est dit qu’en parlant d’une seule voix, on aurait peut-être plus de poids. On ne fait pas ça pour faire de la publicité. On veut simplement que les routes soient acceptables et sécuritaires. »

Des inquiétudes pour la sécurité

À Sainte-Adèle, la mairesse Nadine Brière affirme que certains nids-de-poule sont signalés depuis février. Elle dit recevoir régulièrement des plaintes de citoyens, notamment de parents inquiets de laisser leurs adolescents circuler en scooter sur la 117.

« S’il arrive un accident mortel, que ce soit un enfant de 14 ans ou un monsieur de 90 ans, je ne me le pardonnerais pas », affirme-t-elle.

Selon des données compilées par la Ville de Sainte-Adèle, 65 accidents ont été recensés sur la 117 en 2023. Au 30 juin 2026, on en comptait déjà 35. Ces chiffres concernent toutes les collisions recensées sur ce tronçon et ne permettent pas d’établir un lien direct avec l’état de la chaussée.

Pour Bernard Bouclin, la situation parle d’elle-même.

« Ils peuvent bien nous dire qu’ils interviennent. Moi, je les invite simplement à aller se promener sur la 117. Le résultat est là. »

Le ministère défend son bilan

Dans une réponse transmise à Accès, le MTMD affirme que ses équipes patrouillent régulièrement le territoire et procèdent au colmatage lorsqu’elles constatent des nids-de-poule.

Québec soutient maintenir des communications régulières avec les municipalités. Il rappelle que les élus de la MRC ont été rencontrés le 12 mai afin de présenter différents mécanismes de collaboration et affirme que les interventions sont priorisées selon l’état du réseau et les urgences observées sur le territoire. Ces explications ne convainquent toutefois pas les élus.

« Est-ce que c’est la collaboration, les ententes ou la communication? Chose certaine, ça ne fonctionne pas », tranche Bernard Bouclin.

Le maire affirme qu’au printemps, Piedmont a proposé au MTMD d’effectuer une intervention urgente sur une portion de route déjà couverte par une entente avec le ministère. Malgré une estimation des coûts transmise au gouvernement, la municipalité dit n’avoir obtenu aucun retour.

Des ententes qui soulèvent des questions

Le MTMD mise notamment sur des ententes permettant aux municipalités d’effectuer certains travaux sur le réseau provincial.

La préfète de la MRC des Pays-d’en-Haut, Catherine Hamé, rappelle que le MTMD a présenté aux municipalités la possibilité de conclure des ententes afin qu’elles réalisent certains travaux sur le réseau provincial. Elle souligne toutefois que la capacité des villes à conclure ces ententes varie selon leurs ressources humaines et matérielles.

Nadine Brière affirme de son côté que, dans les faits, ces ententes demeurent difficiles à appliquer. Elles exigeraient notamment de l’équipement spécialisé, du personnel supplémentaire et immobiliseraient des employés municipaux qui ne pourraient alors intervenir sur le réseau local.

« Les ententes, on veut les faire. Ce n’est pas ça le problème. Une fois qu’on est prêts à les conclure, c’est là que ça accroche. »

Un transfert de responsabilités ?

À la lecture de la réponse du MTMD, la mairesse de Sainte-Adèle estime que cette approche s’inscrit dans une tendance plus large où Québec transfère progressivement certaines responsabilités aux municipalités.

« Les villes veulent collaborer et faire partie des solutions, mais cette collaboration ne peut pas signifier un transfert illimité de responsabilités financées presque exclusivement par les contribuables municipaux », écrit-elle.

Bernard Bouclin partage cette analyse. « On ne demande pas l’impossible, conclut Bernard Bouclin. On demande simplement une route sécuritaire. »

Malgré leurs divergences sur les moyens d’y parvenir, le MTMD et les municipalités affirment vouloir améliorer l’état du réseau routier. Sur le terrain, toutefois, les maires soutiennent que les citoyens jugeront les résultats non pas à la lumière des rencontres ou des échanges administratifs, mais bien de l’état de la chaussée.

« À un moment donné, on a l’impression de quêter un service au ministère. Nous, on veut collaborer, mais ce qu’on demande d’abord, c’est une route sécuritaire. »

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