Sainte-Adèle : Louis Morissette ouvre le dialogue avec François.e
Par Jean-Simon Guay
En présence de Louis Morissette et de la comédienne originaire de Sainte-Adèle Pascale Drevillon, la projection spéciale de François.e a suscité des échanges francs et chaleureux avec un public composé en grande majorité de septuagénaires. Entre humour, émotion et réflexion, la ciné-rencontre a démontré qu’un sujet sensible peut rassembler plutôt que diviser.
Avant même le début de la projection, plusieurs spectateurs découvraient le sujet avec curiosité. « On a vu quelques extraits. On dirait que le sujet est traité d’une façon plus douce, avec de l’humour », confiait Jocelyne, venue assister à la ciné-rencontre.
Au fil du film, les rires ont progressivement laissé place à des moments plus émotifs. Puis, pendant près d’une heure, les questions du public se sont succédé dans un climat respectueux, où le désir de comprendre semblait prendre le dessus sur les préjugés.
Un retour chargé d’émotion
Avant la projection, la prévostoise Pascale Drevillon a livré un témoignage très personnel sur son retour au Cinéma Pine, où elle a grandi comme cinéphile.
Visiblement émue, elle a raconté y avoir vu plusieurs films durant son enfance, évoquant notamment le souvenir de Karmina 2, regardé avec sa meilleure amie lors de la dernière représentation, alors qu’elles n’étaient que deux dans la salle. Elle a aussi rappelé que son premier film vu au Pine remontait à 1994.
Cette projection revêtait également une dimension familiale. Pour la première fois, les trois branches de sa famille étaient réunies dans la même salle pour assister à la présentation d’un film dans lequel elle tient l’un des rôles principaux.
« On boucle la boucle avec ce film qui nous fait nous questionner, mais qui, en même temps, nous réconforte et parle de vivre ensemble et d’accepter les différences », a-t-elle déclaré avant de souhaiter un bon visionnement aux spectateurs.
Faire réfléchir sans faire la morale

Au cœur de la période de questions, plusieurs interventions ont porté sur le choix de traiter la transidentité par l’humour plutôt que par le drame.
Louis Morissette a expliqué que cette approche était présente dès les premières étapes du projet.
« On voulait faire un film vraiment grand public, rassembleur, très inclusif, qui utilise l’humour pour amener les gens », a-t-il expliqué.
Selon lui, plusieurs hésitent encore à voir le film par crainte qu’il cherche à faire la morale.
« Il y a des gens qui ont peur qu’on vienne leur faire la morale. Mais c’est une comédie. Tu prends ce que tu as à apprendre, puis c’est un divertissement. »
L’acteur et coproducteur de l’œuvre a également raconté que le projet lui avait permis de mieux comprendre certaines réalités qu’il connaissait peu. Au fil de l’écriture et de ses échanges avec des personnes trans, sa perception a évolué.
« Tu sors de là, tu es une meilleure personne », a-t-il résumé.
Interrogée sur l’évolution de l’ouverture de la société québécoise, Pascale Drevillon a offert une réponse nuancée.
« On est très bons pour dire que tout le monde est bienvenu, mais il faut aussi le mettre en action concrètement », a-t-elle affirmé.
Elle a également insisté sur le rôle des arts dans ces conversations.
« Les arts, ça rassemble. Il ne faut jamais sous-estimer leur importance. »
Un bouche-à-oreille essentiel
Au-delà du sujet du film, la rencontre a aussi permis d’aborder un autre enjeu : celui de la fréquentation des salles de cinéma québécoises en pleine saison estivale.
D’entrée de jeu, Louis Morissette a reconnu qu’il demeure difficile d’attirer le public lorsqu’il fait beau et que les superproductions américaines occupent une grande place sur les écrans.
« Le défi, c’est d’amener les gens en salle quand il fait beau », a-t-il lancé en ouverture de la discussion.
Le copropriétaire du Cinéma Pine, Tom Fermanian, a repris le même message en fin de rencontre. Selon lui, les commentaires recueillis depuis les premières représentations sont excellents, mais le succès d’un film québécois repose encore largement sur le bouche-à-oreille.
« Si vous avez aimé le film, dites-le à vos amis », a-t-il lancé, rappelant que le cinéma d’ici a besoin de l’appui du public.
Présente dans la salle, France Castel a également pris la parole pour saluer la qualité du film bien au-delà du sujet traité.
« C’est un excellent film, une belle comédie », a-t-elle affirmé, félicitant Louis Morissette, Pascale Drevillon ainsi que Geneviève Schmidt et Robin Aubert pour leur interprétation.
Au terme de cette ciné-rencontre, François.e a réussi à faire rire, émouvoir et, surtout, à ouvrir un dialogue. Les échanges ont démontré qu’il est possible d’aborder un sujet sensible avec humour, respect et curiosité.